1878 —
La Semaine religieuse de Saint-Dié
HISTOIRE DE NOS MARTYRS DU TEMPS DE LA RÉVOLUTION. — Nos lecteurs attendent peut-être avec impatience les récits que nous leur avons annoncés sur nos martyrs du temps de la Révolution, et dont nous leur avons déjà donné les prémices. Le retard que nous apportons à l’accomplissement de nos promesses tient à une cause trop légitime pour ne pas obtenir leur entière approbation. Désirant faire cette histoire aussi complète et aussi vraie que possible, nous devons nous livrer à des recherches dont la difficulté et la lenteur dépassent nos prévisions ; et avant d’aller plus loin, nous voudrions épuiser tous les moyens d’information dont nous pouvons disposer. C’est pourquoi nous faisons aujourd’hui appel à toute la science et à toute la bonne volonté de nos vénérés confrères pour venir à notre aide dans une œuvre d’un si haut intérêt diocésain et catholique, et pour nous communiquer leurs connaissances personnelles et toutes les traditions locales encore subsistantes dans les paroisses où ces martyrs et confesseurs sont nés, ont exercé le saint ministère, sont tombés entre les mains des persécuteurs, et ont souffert la prison, les tourments et le dernier supplice.
Suivent 44 noms, dont :
4° Barthélemy (Nicolas-François) né à Longchamp près de Châtenois, curé de Senonges, jugé et guillotiné à Paris le 13 octobre 1793, âgé de 41 ans.
1880 —
Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris / H. Wallon
Le 21 (12 octobre), un autre prêtre assermenté, Nicolas-François BARTHÉLEMY, curé de Senonge (Vosges) déféré par le directoire de son département (1). Il était accusé d’avoir prêté le serment avec des restrictions fanatiques : de l’avoir prêté et rétracté trois fois ; refusé de lire los mandements de l’évêque constitutionnel ; haussé les épaules en lisant en chaire les décrets de la Convention ; témoigné les regrets les plus vifs de la mort du roi ; etc. Le jour de la fête du patron de la commune il avait abandonné la procession au milieu d’une rue et s’en était allé avec le Saint-Sacrement, au grand scandale des paroissiens.— « Pour ce fait, il l’avoua ; mais il dit que ceux des hommes armés qui suivaient et accompagnaient la procession étaient morts-ivres (2). »
Déclaré coupable de propos tendant à l’avilissement et à la dissolution de la représentation nationale et au rétablissement de la royauté, il fut condamné à mort et exécuté le lendemain (3).
« Barthélemi, dit Du Lac, a refusé le ministère d’un confesseur [c’est-à-dire d’un prêtre assermenté], il a prié qu’on mît un crucifix sur ses genoux ; il le regardait avec componction et paroissoit fort occupé de l’autre vie : consolant espoir, délicieuse pensée, si tous les billets étoient gagnants à la loterie de l’éternité (4). »
1. Archives, ibid., dossier 178. Bulletin, n° 21.
2. Archives, ibid., pièce 22.
3. Bulletin, n° 20 et 21, p. 80-84.
4. Le Glaive vengeur, p. 11 .
Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris, avec le journal de ses actes, Paris : Hachette, 1880, tome 2, chapitre 18, p. 194.