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Jean-Baptiste Joseph RACLOT

[ Montigny-le-Roi (52) , 10/07/1741 Mirecourt (88) , 9 février/1794 (53 ans) ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

Notices documentaires

1881 — La Semaine religieuse de Saint-Dié

L’Abbé Jean-Baptiste-Joseph Raclot, curé de Thivet, diocèse de Langres ; Charles Carron et Mme Carron, née Louise Bonnin, de Neufchâteau.

Après l’exécution des abbés Rosselange et Mangin, la guillotine de Mirecourt se reposa trois mois. Dans cet espace de temps, le tribunal avait dû se renouveler, avec l’année, et la présidence avait passé du citoyen Lepaige au citoyen Christophe Dieudonné. Celui-ci, originaire du Ménil, près de Senones, n’était pas né français. Il joignait à la demi-capacité du parvenu tous les instincts qui ont fait la révolution. Membre du Directoire départemental dès sa création, il a signé les déclamations politico-théologiques que ce corps administratif opposait aux mandements publiés par Mgr de Chaumont contre le schisme constitutionnel. Nous l’avons entendu, harangueur méchant et ridicule, à l’installation du citoyen évêque des Vosges, où il représentait ses collègues du Directoire. Constitué assassin public et assermenté, il sera à la hauteur de cette horrible fonction. En moins de quatre mois, il fera couper la tête à cinq prêtres et à trois servantes, dont l’une était coupable du crime de pèlerinage à Notre-Dame-des-Ermites, et d’importation de quelques souvenirs religieux, tels que petites vierges à un sou la douzaine, sur le territoire de la république. Christophe Dieudonné a disputé à Nicolas Fournier la palme de l’atrocité révolutionnaire dans notre département ; ce qui ne l’empêcha pas d’être accepté au service de Bonaparte, et de devenir préfet du Nord, tandis que Fournier devenait procureur général à la Cour impériale de Bruxelles. Pour ses autres satellites au tribunal criminel, ils ne sont guère connus que par leurs signatures sur le registre sanglant.

La première condamnation à mort prononcée par le tribunal criminel ne lui avait pris que vingt-quatre heures. La seconde lui coûta deux mois de recherches laborieuses, pour établir l’identité du prévenu, et sauver à son égard les vaines apparences de légalité, encore prescrites dans l’extermination du clergé catholique.

Le peu qu’on a écrit jusqu’alors sur l’abbé Raclot, fourmille d’incertitudes, de confusions et d’erreurs.

L’abbé Guillon (Martyrs de la Foi) dans une notice de quelques lignes, dit qu’il était sorti de France, puis revenu à Montigny, son pays natal ; que dans une course pour porter secours à des catholiques, il s’était avancé sur le territoire des Vosges où il fut arrêté.

L’Almanach lorrain de 1854, dit qu’il n’avait pas fait le serment constitutionnel ; qu’il reçut l’hospitalité à Neufchâteau, chez un employé des Ponts-et-Chaussées ; qu’il y fut reconnu et saisi, etc.

La Semaine de Langres (18 février 1878) dit qu’une lettre à lui imprudemment écrite et adressée, ayant été ouverte par la police, le fit reconnaître comme prêtre ; qu’il fut immédiatement saisi et conduit à Mirecourt ; que bientôt il entendit son arrêt de mort.

Enfin, l’abbé Chatrian, dans ses Éphémérides manuscrites, le fait découvrir et arrêter chez un imprimeur d’Épinal.

Les pièces de son procès mettent à néant toutes ces fantaisies, et nous restituent la vérité pleine et entière sur les principaux faits de sa vie, puis sur sa fuite de Thivet, son séjour à Neufchâteau, son arrestation à Saint-Louis, la longue procédure instruite contre lui, et l’arrêt de mort qui la termina. L’étendue et la multiplicité de ces pièces ne nous permettent pas d’en faire une reproduction intégrale ; nous devrons nous borner à les analyser.

L’abbé Raclot a écrit de sa main, sur le registre paroissial de Thivet, de l’année 1767 (1) :

Jean-Baptiste-Joseph Raclot, né à Montigny-le-Roy, en Bassigny, fils de Pierre Raclot, marchand audit Montigny, et de Claudine Bonnin, née à Rivière-sur-Armançon, baptisé sur les fonds de Sainte-Marie-Madeleine le dix juillet mil sept cent quarante-un, tonsuré le six janvier 1761, promu aux ordres mineurs le vingt-un décembre 1765, au Sous-Diaconat le vingt-deux febvrier 1766, au diaconat le quinze mars 1766, à la Prestrise le quatre avril 1767, entré à Thivet en qualité de desservant le premier août 1767, a reçu la résignation de la cure de Thivet de Maistre Jean-Baptiste Royer, curé de Nogent-le-Roy, neveu de Me Claude Royer, tous deux natifs de Montigny-le-Roy ainsi que le soussigné, le 10 juin 1768, et en a pris possession le vingt novembre 1768.

Dans un de ses interrogatoires, il nous fournit un supplément à ces données sur les principaux événements de sa carrière sacerdotale.

Il commença ses études de latin à Clefmont, et après six mois, il alla les continuer à Coiffy, où il resta une année. Il les interrompit ensuite pour s’exercer à la composition typographique chez un imprimeur-libraire de Langres, nommé Étienne Bonnin, qui lui était assez proche parent, mais il les reprit au bout de neuf mois, dans cette même ville ; et quand elles furent terminées, il reçut la prêtrise à l’ordination de la Passion, en 1767, étant âgé de près de 26 ans.

Après son ordination sacerdotale, en attendant sa nomination à un poste fixe, il alla faire ses débuts dans le saint ministère chez son oncle, M. Jean-Baptiste Royer, curé de Nogent-le-Roy. Celui-ci était le neveu d’un autre abbé Royer (Claude), curé de Thivet, âgé de 80 ans. Il se fit entre ces trois prêtres un arrangement par lequel M. Claude Royer résignait sa cure de Thivet en faveur de M. Jean-Baptiste Royer, qui devenait ainsi titulaire de Thivet sans quitter Nogent ; et la desserte de Thivet fut confiée au jeune abbé Raclot, qui eut le titre de vicaire desservant, et prit possession le 1er août 1767.

Six jours après, l’ancien curé démissionnaire mourait. L’année suivante, M. Jean-Baptiste Royer, curé de Nogent et de Thivet, résignait à son tour cette dernière cure en faveur de son neveu ; et on voit par le registre paroissial que dès le 20 septembre 1768, l’abbé Raclot avait changé son titre primitif de desservant pour celui de curé. Thivet fut ainsi l’unique théâtre de son ministère sacerdotal. Il y travailla en bon et saint pasteur pendant près de 23 ans, jusqu’au schisme constitutionnel.

Il était d’un caractère doux et pusillanime. La fermeté lui manqua au jour du serment sacrilège, et il le prêta sans restriction suffisante ; ce qui lui valut de rester curé de Thivet jusqu’en septembre 1792.

Soit ignorance, soit dissimulation de la vérité, ceux qui ont parlé de lui ont tous répété les uns après les autres qu’il n’avait pas commis cette faute ; on ne songeait pas que le refus du serment était de toute incompatibilité avec la conservation de sa cure pendant 18 mois au milieu du schisme triomphant.

Comment ouvrit-il les yeux à la lumière ? Comment sa conscience céda-t-elle enfin au remords ? Le voile du silence étendu sur sa chute couvre tout naturellement la rétractation qui la répara. Toujours est-il que le 8 juin 1792, il prenait, dans un acte de baptême, le titre nouveau de curé canonique, croyant, par cette désignation vague, rendre suffisamment hommage à la vérité sans trop se compromettre.

Vaine précaution. N’étant plus là que par intrusion, y rester, c’était continuer à professer et à pratiquer le schisme, à moins de faire une rétractation publique et solennelle. Il le comprit ; et Dieu lui donna le courage de se retirer.

Son dernier acte paroissial est ainsi formulé : L’an mil sept cent quatre-vingt-douze, le treize septembre, veille de mon exil, a été baptisée par moi, curé canonique soussigné, etc.

En effet, le lendemain, 14 septembre, il célébrait une dernière messe dans sa chère paroisse ; et Toussaint Girardot, qui la lui avait servie, se rappelait encore sur ses vieux jours, avec émotion, les larmes abondantes que le futur exilé versait en déposant ses ornements sacerdotaux à la sacristie.

Le seize septembre, le maire de Thivet, nommé Jean Michelin, priait le curé intrus de Nogent, un M. Causel, de venir baptiser un enfant, en l’absence de M. Raclot indiquée dans l’acte précédent et au commencement d’octobre, le curé canonique était remplacé par un M. Simon, qui prit d’abord le titre de vicaire desservant, et plus tard celui d’officier public.

Si l’abbé Raclot avait cru d’abord pouvoir rester en simple particulier à Thivet, il revint bientôt de cette illusion. Le vingt septembre, il prenait au district de Chaumont cet arrêté de déportation :

Ce jourd’huy vingt septembre mil sept cent quatre-vingt-douze, est comparu Jean-Baptiste Raclot, citoyen domicilié à la municipalité de Thivet, âgé de cinquante-deux ans, taille de cinq pieds deux pouces, cheveux et sourcils châtains clairs et mêlés, les yeux gris, visage plein un peu long, le nez gros et long, menton rond ; lequel a déclaré que pour se conformer aux dispositions de la loi du 26 août dernier, il sortait du royaume et se rendait à Luxembourg en passant par Joinville, Vaucouleurs, Commercy, Saint-Mihiel, Verdun et Longwy ; il sera sorti du royaume le trente septembre présent mois ; et a signé. Raclot.

L’idée d’un exil prolongé en pays étranger inspirait à sa timidité une répugnance insurmontable. Il chercha donc le moyen de rester en France et de s’y tenir caché ; et pour cela il tourna ses vues du côté de Neufchâteau. Une de ses cousines, Marie-Louise Bonnin, y tenait une petite imprimerie. Il pensa qu’il pourrait aller reprendre chez elle le métier de compositeur qu’il avait un peu appris dans sa jeunesse, et sous ce déguisement, se dérober à toutes les recherches et à tous les soupçons.

Marie-Louise Bonnin, fille d’Étienne Bonnin, l’imprimeur de Langres dont il a été fait mention précédemment, s’était, en effet, mariée à un imprimeur de Neufchâteau, nommé Monnoyer ; et puis, devenue veuve, avait épousé en secondes noces Charles Carron, entrepreneur de bâtiments ; et elle continuait l’imprimerie, tandis que son nouveau mari vaquait aux travaux de sa profession.

Ils étaient l’un et l’autre bons catholiques, aristocrates, et par conséquent suspects et déjà un peu hors la loi. Leur cousin reçut chez eux bon accueil. Déguisé en ouvrier, sous le nom emprunté de François Guenerot, il fut mis à la case, et y travailla de son mieux, assez tranquillement, depuis la fin de septembre 1792 jusqu’au milieu de l’année suivante.

Son arrestation.

Cependant les époux Carron se trouvaient de plus en plus compromis. Ils avaient réimprimé et ils vendaient clandestinement le Testament de Louis XVI, et une touchante Complainte sur la mort de ce roi martyr. C’étaient de simples feuilles volantes, dont quelques-unes étaient tombées aux mains de la police. Le péril devenait imminent en la demeure. Dans son intérêt, et dans celui de ses généreux receleurs, l’abbé Raclot n’avait plus qu’à s’éloigner. Il alla chercher à Lyon un refuge du même genre que celui qui commençait à lui manquer à Neufchâteau ; et le typographe réussit à entrer chez les frères Périsse, au faubourg de la Guillotière, vers le milieu de juillet 1793, selon toute probabilité.

Mais Lyon, qui s’était insurgé, au mois de mai précédent, contre le régime effroyable imposé à la France par la Convention, se vit enfin, après une assez longue attente, assiégé par les hordes républicaines ; et le 10 août, le bombardement commençait. L’abbé Raclot voulut naturellement se soustraire à cette bagarre, et il sortit comme il put, muni d’un certificat de résidence que les frères Périsse lui délivrèrent le 20 août 1793. Seulement, pour ne pas se faire suspecter comme ayant porté les armes dans l’insurrection, il prit la précaution maladroite de surcharger le 3 de ce millésime pour le transformer en un 2, et obtenir ainsi la date du 20 août 1792.

Il revint à Neufchâteau ; mais il n’osa plus s’y fixer. Vers la mi-septembre, il partit pour Plombières, dans le dessein d’y faire une saison, et y séjourna cinq semaines, logé chez un perruquier du nom de Lallemand, et recevant les soins du médecin Grosjean.

La saison terminée, le 28 octobre, il prit le chemin de Remiremont, vint coucher à La Roche, commune de Rupt, traversa le col de Bussang, et coucha à Thann la seconde nuit, et la troisième à Mulhouse, où il resta deux jours. De Mulhouse, il prit la voiture publique jusqu’à Saint-Louis, alors débaptisé en Bourg-Libre. Mais il n’avait qu’un passeport de la municipalité de Neufchâteau, pour l’intérieur ; on l’arrêta à la frontière. En vain il tenta de passer par Huningue ; l’adjudant général à qui il s’adressa lui signifia le même interdit. Il revint à Saint-Louis, attendit la nuit close, et se mit en route pour forcer le passage à la faveur de l’obscurité. La sentinelle du dernier poste, à Bougfeld, lui cria qui vive à plusieurs reprises ; il fit la sourde oreille, et se mit à doubler le pas. Mais il fut promptement rattrapé, appréhendé au corps, ramené et interné au poste jusqu’au lendemain. C’était le 4 novembre, à 8 heures du soir.

Dès qu’il fut jour, les 4 militaires qui l’avaient saisi sur le chemin et consigné au corps de garde, savoir, deux chasseurs du 4ᵉ régiment à cheval, et deux volontaires du 7ᵉ bataillon de la Drôme, le conduisirent à Bartenheim et le remirent aux mains de l’officier de police militaire, nommé François-Xavier Mathieu, chargé par intérim des fonctions d’accusateur militaire au second arrondissement de l’armée du Rhin à Saint-Louis. En livrant leur prisonnier, ils racontèrent comment ils l’avaient arrêté la veille, 4 novembre, à 8 heures du soir, et renfermé au poste après l’avoir fouillé et lui avoir pris une somme de 80 francs environ, trois couverts et un cachet en argent, et une certaine quantité de papiers imprimés et manuscrits. Ils firent la remise de tous ces objets sur le bureau de la police, et ajoutèrent que pendant la nuit, le prisonnier s’était relevé deux fois et avait détruit beaucoup d’autres papiers, qui sans doute, auraient pu le trahir.

Soumis par le commissaire à un interrogatoire juridique, il inaugura, pour le suivre beaucoup trop longtemps, un malheureux système de défense qu’on ne peut pas ne pas condamner, à quelque point de vue qu’on l’envisage. Il s’était peut-être persuadé que, si les représentants de la tyrannie révolutionnaire n’avaient aucun droit de l’interroger et de lui faire avouer ce qui était, il avait, lui, par là même, le droit de leur dire et de leur soutenir tout ce qui n’était pas. Il soutint donc nettement qu’il s’appelait de son vrai nom François Guenerot ; qu’il était natif de Chaumont-en-Bassigny ; qu’il avait toujours exercé l’état de compositeur typographe, tantôt dans une ville, tantôt dans une autre, et en dernier lieu, chez le citoyen Carron à Mouzon-Meuse ; qu’il voulait enfin s’établir à son compte, et monter une petite imprimerie à Plombières où il n’y en avait pas ; qu’il se rendait à Bâle, non pour émigrer, mais pour acheter des caractères neufs et pareils, autant que possible, à ceux du Testament de Louis XVI, saisi sur lui, et dont la netteté lui plaisait et devait lui servir de type de comparaison ; qu’il ne s’occupait pas de politique ; qu’il ne cherchait qu’à vivre tranquille en travaillant, etc., etc.

En cela, il manquait autant d’habileté véritable que de cette droiture et de cette dignité morales dont un prêtre doit encore moins se départir que tout autre, surtout dans une si sainte et si noble cause. Au milieu de l’obscurité de la nuit, il n’avait pas réussi à se débarrasser, entr’autres, de deux pièces extrêmement compromettantes, 1° un testament, daté des 30 septembre 1792, 6 octobre même année et 20 mai 1793, signé du nom de Joseph Raclot, curé de Thivet, avec désignation de Charles Carron pour exécuteur testamentaire ; 2° une obligation de 2 400 livres, souscrite en faveur de l’abbé Raclot, curé de Thivet, par les deux frères François et Jean-Baptiste Guenerot, de Chaumont.

L’officier de police militaire, ne pouvant débrouiller tous ces mystères sur-le-champ, terminait ainsi son rapport :

Attendu que ledit François Guenerot nous a paru violemment soupçonné de projet d’émigration et de sentiments anti-civiques et royalistes, avons ordonné aux citoyens chasseurs volontaires qui l’ont arrêté de le traduire provisoirement en la maison d’arrêt du tribunal de Blotzeim, ordonnant au gardien de cette maison de l’y recevoir et traiter conformément à la loi et de le surveiller de près.

Cette première incarcération de l’abbé Raclot dura quinze jours.

Le 19 novembre, nouvel interrogatoire, nouvelle inquisition sur les différentes pièces et sur les différents objets trouvés en sa possession. L’officier de police avait fait des efforts inutiles, depuis le premier interrogatoire, pour éclaircir cette affaire ; après le deuxième, elle demeurait toujours au même point. Il s’arrêta enfin à cette décision :

Considérant que François Guenerot ne peut être soumis à notre juridiction ; qu’il serait cependant dangereux de laisser exister aux frontières un homme imbu des principes anti-civiques qu’il paraît professer ; que la municipalité de Mouzon-Meuse, ci-devant Neufchâteau, qu’il réclame comme son domicile actuel, peut avoir sur cet individu des renseignements qui la détermineront à prendre à son égard le parti et les soins que la sûreté publique dicteront ; le regardant comme très-suspect, nous, officier de police militaire, avons ordonné que ledit François Guenerot serait transféré de brigade en brigade par devant les officiers municipaux de Mouzon-Meuse, ci-devant Neufchâteau, au département des Vosges, à laquelle les présentes pièces et le paquet contenant les papiers trouvés sur Guenerot, ainsi que trois couverts d’argent, et le restant du numéraire sur lui saisi, seraient adressés pour être par ce conseil administratif statué à l’égard dudit Guenerot, ce qu’au cas appartiendra.

De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal à Blotzheim-sous-Huningue, quartier général de l’armée du Haut-Rhin, les jour, mois, et an sus-dits
. (29 brumaire, an 2 de la république, 19 novembre 1793) Signé : Mathieu.

Puis il écrivit une lettre qui devait être remise au maire de Neufchâteau en même temps que le prisonnier, avec le susdit paquet soigneusement ficelé et cacheté. La lettre renfermait ce post-scriptum :

Je rouvre ce paquet pour vous dire que j’apprends à l’instant que Guenerot a dit au gardien de la maison d’arrêt militaire qu’il était prêtre.

On peut croire que ce gardien, qui avait reçu la recommandation de surveiller de près son prisonnier, gagna sa confiance par des témoignages plus ou moins sincères de compassion et d’humanité. Mais cette confidence d’un cœur surchargé d’émotions, n’était plus qu’une faiblesse et une imprudence. Mieux eût valu une déclaration consciencieuse et fière, en face du commissaire et au mépris de l’échafaud, qui tout d’abord aurait dû lui paraître désormais inévitable.

De Saint-Louis à Neufchâteau, c’était 200 kilomètres de route à pied, par la plus mauvaise saison de l’année, entre deux gendarmes, et avec la terrible perspective de l’échafaud qui pouvait en être le terme final.

L’escouade passa nécessairement et fit une étape à Mirecourt.

L’accusateur public Fournier lui remit une lettre pour la municipalité de Neufchâteau, en vue de stimuler son zèle et sa sévérité contre le prévenu et ceux qui se trouveraient impliqués dans son affaire. Cette lettre était du 23 frimaire an 2 (13 décembre 1793.) Le lendemain, par conséquent, le jour même de son arrivée, l’abbé Raclot comparaissait devant le Conseil général de Neufchâteau, transformé en cour judiciaire. Les doctrinaires de la Constituante n’avaient parlé que de la séparation des trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, comme condition essentielle de la liberté ; la révolution, dont l’essence est le mensonge, en faisait au contraire la plus horrible confusion. Déjà nous avons vu le Conseil général de Charmes interroger une pauvre fille, après lui avoir déféré le serment pour l’obliger à déposer contre elle-même ; espèce de torture morale, plus odieuse que la torture physique objet de tant d’éloquentes déclamations sur le passé. Et il est à remarquer que ces républicains purs étaient en général des gens sans foi ni loi, ne croyant pas plus à l’existence de Dieu qu’au droit et à la liberté du prochain. Les conseillers de Neufchâteau exigèrent le même serment de l’abbé Raclot, et l’adjurèrent par le Dieu vivant de leur dire ce qu’il était et ce qu’il avait eu l’intention de faire en allant à Bâle, pourquoi il avait agi de la sorte, etc. L’abbé Raclot déjoua toutes leurs subtilités, et ses réponses ne leur procurèrent aucun éclaircissement, tout en les confirmant dans leurs suspicions.

Le procureur de la commune ajouta cependant au procès-verbal de l’interrogatoire cette apostille, en date du 26 décembre :

Vu l’interrogatoire et les réponses de François Guenerot, j’estime qu’il y a lieu de dire que le dit Guenerot a eu manifestement l’intention d’émigrer, et celle de passer de l’argent et argenterie à l’étranger (2). Pourquoi je liquide que le dit Guenerot soit renvoyé au tribunal criminel du Département, avec les pièces justificatives ; à l’effet de quoi il sera remis entre les mains de la Gendarmerie.

On l’avait envoyé de la chambre de la mairie en prison, en attendant sa translation à Mirecourt. Puis, à la même date du 16 décembre, on fit comparaître le citoyen Charles Caron, son épouse Louise Bonnin, et leur principal ouvrier Antoine Henry, pour déposer sur le prévenu ; mais leurs réponses, d’ailleurs unanimes, n’avancèrent pas la question d’un seul point.

Cependant la détention de l’abbé Raclot se prolongeait, sans qu’il pût se l’expliquer ; et les 30 francs qu’on lui avait remis à Saint-Louis, et avec lesquels il s’était procuré quelques soulagements d’abord dans son voyage de retour, et puis dans sa prison, allaient s’épuiser. Le 2 janvier 1794, il écrivit à l’accusateur public une lettre pour réclamer au tribunal criminel un prompt élargissement. Il y résumait son histoire, telle qu’il l’avait arrangée dans ces deux interrogatoires de Blotzheim et de Neufchâteau, et invoquait la misère où il était réduit, et le besoin qu’il avait de se remettre incessamment au travail pour gagner sa vie.

Le résultat de cette pétition fut qu’on se décida enfin à le faire venir en prison à Mirecourt, pour y être soumis à une inquisition radicale et décisive sur ses faits et gestes et sur sa véritable identité. La municipalité de Neufchâteau envoyait au tribunal criminel, avec le prisonnier, les procès-verbaux des interrogatoires qui le concernaient, tout ce qui pouvait servir à l’instruction de sa cause. Tout cela arrivait à Mirecourt le 10 janvier 1794.

L’instruction commença ce jour même, et fut confiée au citoyen juge Bougel. L’accusateur public Fournier avait été mandé à Nancy par le fameux représentant commissaire Balthazard Faure, qui menait rondement la Terreur dans nos contrées de l’Est ; il fut suppléé par le citoyen Nicolas Gaillard, homme de loi résidant à Mirecourt ; et le greffier Pottier tenait la plume.

L’abbé Raclot s’en tint à son thème primitif, et le juge instructeur ne put lui arracher autre chose.

Revenu à son poste, l’accusateur Fournier écrivit le 17 janvier à l’accusateur public de la Haute-Marne pour avoir des renseignements sur ce François Guenerot arrêté à Saint-Louis, et maintenant détenu à Mirecourt, qui se disait natif de Chaumont, et qu’on soupçonnait fort être l’abbé Raclot, ex-curé de Thivet. La municipalité fut chargée de l’enquête, et le 23 janvier, elle mandait en sa présence, le seul individu connu à Chaumont sous le nom de François Guenerot, qui y exerçait l’état de charpentier.

François Guenerot déclara qu’il avait trois frères, l’un résidant à Vieville, l’autre à Paris, le troisième en ce moment à Strasbourg où il avait conduit des vivres pour l’armée du Rhin ; que le signalement de l’abbé Raclot, conservé à la mairie de Chaumont, ne convenait d’aucune façon à aucun de ses trois frères ; que d’ailleurs il connaissait parfaitement l’abbé Raclot ; qu’il lui avait acheté une partie de son bien avant sa déportation ; qu’il lui avait souscrit en payement, avec Jean-Baptiste Guenerot, un billet de 2 400 livres payable à diverses échéances ; et comme ce titre lui fut remis sous les yeux et entre les mains, il le reconnut pour celui-là même qu’il avait signé le 1er juillet 1792, à Chaumont.

Dès que le résultat de cette enquête désastreuse parvint à Mirecourt, le 31 janvier, une nouvelle tentative fut faite par le président Dieudonné lui-même, pour arracher la vérité au prévenu et éviter au tribunal des démarches ultérieures.

L’abbé Raclot ne se doutait de rien. Il persista dans ses dénégations ; et quand, à la fin de l’interrogatoire, on lui communiqua le procès-verbal de la municipalité de Chaumont sur son compte et les réponses du véritable François Guenerot, sans se laisser ébranler, il répéta qu’il s’en tenait à ses premières déclarations. De plus, il adressait le même jour une requête au tribunal pour se plaindre douloureusement de la prolongation imméritée de sa détention et des cruelles souffrances qui l’accompagnaient. Déjà depuis plusieurs mois, il gémit de la privation de la liberté ; il éprouve toutes les angoisses d’une dure détention, et manque des choses les plus nécessaires à la vie, sans pouvoir se procurer le moindre soulagement. Il passe une partie des jours et les nuits entières étendu dans un cachot, sans la moindre couverture, en proie à toute la rigueur de la saison. Tous ces tourments, surtout en raison de leur durée, sont plus cruels que la mort.

On lui a séquestré le peu qu’il avait sur lui en fait d’argent ; il demande que par humanité cela lui soit rendu, afin qu’il puisse se procurer une couverture et quelques autres adoucissements aux maux dont il est accablé.

Le tribunal fit un effort héroïque d’humanité, et remit au malheureux captif, sur son avoir mis en réserve pour la République, la somme de… 15 livres. En même temps, il envoyait un mandat d’amener comme témoins Charles Caron, Louise Bonnin et Antoine Henry, qui furent interrogés le 2 février par l’accusateur public, avec l’assistance de Nicolas Chrétien, citoyen de Mirecourt, greffier intérimaire.

Charles Caron dit qu’il avait reçu, fin septembre 1792, François Guenerot comme ouvrier typographe et l’avait employé à la composition pendant un an ; qu’il ne comprenait rien à ce testament signé Raclot dont il était désigné pour l’exécuteur ; qu’il ne comprenait pas davantage comment une lettre envoyée à sa femme Louise Bonnin, par un ex-curé Royer, avec des valeurs pour différentes destinations et des recommandations pour différentes personnes, avait pu se trouver dans les papiers de François Guenerot, et y être saisie lors de son arrestation ; qu’il ne connaissait ni les personnes qui y étaient mentionnées, ni le curé qui en était le signataire (3).

Marie-Louise Bonnin, questionnée sur les mêmes articles que son mari, fit à peu près les mêmes réponses. En glissant l’un et l’autre à côté de la vérité sur un certain nombre de points, ils eurent l’adresse de ne pas se contredire.

Les réponses d’Antoine Henry, bon et honnête ouvrier typographe, marquées au coin du bon sens et de la simplicité, n’eurent rien de contradictoire avec celles des autres témoins, ni rien de compromettant.

Cependant on n’avait pas arraché l’aveu, ni obtenu la preuve d’identité nécessaires à une condamnation. Il fallut recourir aux grands moyens.

Le lendemain, 3 février, l’huissier Joly exécutait la citation des témoins ordonnée par le président du tribunal, le 31 janvier précédent. Ces témoins étaient trois individus de Thivet, connus par leur civisme éprouvé, et François Guenerot de Chaumont, dont il a déjà été question précédemment.

Quand l’abbé Raclot eut connaissance de cette mesure, il comprit qu’il était perdu sans ressource, et fit alors, un peu tardivement, mais d’une manière complète et admirable, son acte de soumission à la sainte volonté de Dieu, et le sacrifice de sa vie par la mort la plus affreuse, mais aussi la plus glorieuse.

Interrogatoire des époux Caron.

Le tribunal a fait amener Charles Caron et Marie-Louise Bonnin, prévenus d’avoir recelé en leur domicile ledit Jean-Baptiste-Joseph Raclot.

Le président a demandé à Jean-Baptiste-Joseph Raclot où il avait commencé ses études. A répondu qu’il les avait commencées à Clefmont, où il a été environ six mois ; qu’il est allé les continuer à Coiffy, où il est resté un an ; que, sortant de là, il est allé à Langres chez Étienne Bonnin, pour apprendre l’art d’imprimeur ; qu’il y est resté neuf mois ; qu’il a ensuite continué (ses études) à Langres, où il les a finies.

Interrogé où il est allé après avoir été fait prêtre ? A répondu qu’il est allé exercer les fonctions pastorales à Nogent, département de la Haute-Marne, district de Chaumont, pendant six semaines ; et que de là il est entré dans la paroisse de Thivet, où il est resté jusqu’au 20 septembre 1792.

L’interrogatoire roule ensuite sur les rapports qui ont existé entre l’accusé et les époux Caron. Pour ne pas aggraver leur situation, il fait les réponses les plus discrètes que la prudence puisse lui suggérer. Ceux-ci furent interrogés à leur tour.

Le président a ensuite demandé à Caron ses nom, âge, profession et demeure. Il a répondu se nommer Charles Caron ; être âgé de 52 ans, être imprimeur et demeurer à Mouzon-Meuse.

Interrogé s’il connaît Jean-Baptiste-Joseph Raclot présent ? A répondu qu’il le connaît sous le nom de Guenerot et non autrement.

Interrogé depuis quand il le connaît, et comment il a fait sa connaissance ? A répondu qu’il le connaît depuis la fin de septembre 1792, époque à laquelle il est entré chez lui comme garçon imprimeur.

Interrogé si, lorsque ce particulier, qui s’est nommé Guenerot, est entré chez lui comme ouvrier, il a déclaré à la municipalité de Mouzon-Meuse que ce particulier résidait chez lui ? A répondu qu’il a fait cette déclaration lorsque la municipalité a demandé le nom des personnes qui composent chaque ménage, et qu’il a fait ensuite inscrire son nom sur l’affiche que chaque chef de famille doit tenir à l’extérieur de sa maison (4).

Le président a demandé à l’épouse dudit Charles Caron ses nom, âge, profession et demeure. Elle a répondu se nommer Marie-Louise Bonnin, être âgée de 45 ans, et être épouse de Charles Caron, imprimeur à Mouzon-Meuse.

Interrogée si elle a connu Jean-Baptiste-Joseph Raclot lorsque celui-ci apprenait le métier d’imprimeur chez son père ? A répondu que non.

Interrogée si elle a reconnu ledit Raclot lorsqu’il est entré chez son mari au mois de septembre 1792 ? A répondu que non ; qu’elle ne l’avait jamais connu.

Interrogée pourquoi elle a remis à Raclot des enveloppes de lettres timbrées de Chaumont à son adresse ? A répondu qu’elle ne les lui a jamais remises.

Le tribunal a ensuite fait reconduire les prévenus (5) en la maison de justice, et les juges se sont retirés dans la chambre du conseil pour former leur délibération.

Le jugement.

Le jugement ne fut prononcé que le lendemain, 8 février. En voici la teneur :

Au nom de la République française :
Vu par le tribunal criminel du département des Vosges séant à Mirecourt les procès-verbaux et inventaires dressés les quinze et vingt-neuf brumaire dernier (5 et 19 novembre 1793) par François-Xavier Mathieu faisant les fonctions d’accusateur public militaire près le tribunal du deuxième arrondissement de l’armée du Rhin, desquels il résulte qu’un individu qui a dit se nommer François Guenerot natif de Chaumont, district dudit lieu, département de la Haute-Marne, compositeur imprimeur, célibataire, domicilié à Mouzon-Meuse, département des Vosges, a été arrêté au dernier poste de Bourg-Libre, lorsqu’il était prêt à entrer sur le territoire de Basle ; que cet individu était porteur d’une médaille en cuivre représentant d’un côté l’effigie de Louis XV, et de l’autre celle de Louis XVI avec une inscription mensongère, du testament imprimé de Louis XVI, d’une romance aussi imprimée sur l’air
Pauvre Jacques, avec cette épigraphe : Popule meus, quid tibi feci ; d’un discours de Louis XVI à sa fille lors de sa première communion ; de plusieurs écrits contre-révolutionnaires dont il ne reste que des lambeaux, et d’autres pièces relatives à ses affaires personnelles ;

(Vu) Le jugement militaire du 29 brumaire (19 novembre) qui le renvoie par devant la municipalité de Mouzon-Meuse ; l’interrogatoire prêté par devant cette municipalité par le même individu et par Charles Caron imprimeur à Mouzon-Meuse, l’épouse de ce dernier, et le citoyen Henry son ouvrier ;

Le procès-verbal de la remise de la personne du prévenu en la maison de justice du tribunal criminel du département des Vosges ; les interrogatoires par lui prêtés les vingt-un nivôse (10 janvier) et douze de ce mois (31 janvier) dans lesquels il a persisté à se nommer François Guenerot, et à se dire ouvrier imprimeur ;

L’expédition en forme délivrée à l’accusateur public par le président et le secrétaire de l’administration du district de Chaumont contenant la déportation de Jean-Baptiste-Joseph Raclot ex-curé de Thivet, en date du vingt septembre 1792, portant son signalement et qu’il devait se rendre pour le trente du même mois à Luxembourg, lieu qu’il avait choisi pour sa déportation ;

Le procès-verbal dressé hier de la déclaration faite en présence des citoyens Valère Morizot et Jean-François Demay, membres du Conseil général de la commune de Mirecourt, par Pierre Ferrand, Pierre Garnier et François Bournot, tous trois citoyens de la commune de Thivet, dont le civisme a été attesté par le conseil général de la dite commune, témoins administrés par l’accusateur public, que l’individu se disant Guenerot, et qui leur a été affronté, est identiquement le même que celui désigné dans l’acte de déportation, et qu’ils reconnaissent pour le ci-devant curé de Thivet ; ainsi que de l’aveu fait par ce dernier qu’il s’appelle véritablement Jean-Baptiste-Joseph Raclot, qu’il était curé de Thivet, né à Montigny-le-Roy, département de la Haute-Marne, et que c’est à lui que s’applique le même acte de déportation ;

Le tribunal, après avoir entendu l’accusateur public sur l’application de la loi, ordonne que ledit Jean-Baptiste-Joseph Raclot sera dans les vingt-quatre heures livré à l’exécuteur des jugements criminels et mis à mort, conformément au 5e art. de la loi des 29 et 30 vendémiaire relative aux ecclésiastiques sujets à la déportation ou à des peines corporelles.

Déclare les biens dudit Jean-Baptiste-Joseph Raclot acquis et confisqués au profit de la République en exécution de l’article 16 de ladite loi des 29 et 30 vendémiaire.

Ordonne que le présent jugement sera imprimé et placardé au nombre de six cents exemplaires.

Fait, jugé et prononcé en l’audience publique du tribunal criminel à Mirecourt, le 20 pluviôse an 2 de la République Française une et indivisible (8 février 1794), sur les huit heures du matin, où étaient présents Christophe Dieudonné président, Charles-François Petitmengin, François Bougel, et Antoine Philippe, juges qui ont signé.
Suivent les signatures. L’exécution.

Le condamné n’eut pas à attendre les vingt-quatre heures. C’est à peine si on lui laissa le temps de faire sa préparation dernière et immédiate à la mort.

Pendant sa longue et dure captivité, il priait beaucoup, et souvent il versait des larmes. Il se recommandait instamment aux prières des bonnes personnes qui avaient le courage de venir le visiter et le consoler dans son cachot. Prévoyant sa condamnation prochaine, il manda le bourreau pour le conjurer de bien préparer son instrument ; la crainte de ne pas être achevé d’un seul coup était presqu’aussi vive chez lui que la crainte même de mourir ; ce vœu fut loin d’être exaucé.

Nous ignorons s’il put se confesser à un prêtre légitime, et recevoir le saint Viatique. Mais les quatre ou cinq heures qui lui furent accordées avant de monter à l’échafaud, il les passa dans une continuelle et fervente oraison. Après les prières des agonisants, il récita l’Office des morts. Il le terminait à peine, au coup de deux heures après midi, quand on vint le saisir, lui lier les mains derrière le dos, et l’emmener entre deux haies compactes de spectateurs, vers la place de Poussay. On lui avait jeté une redingote verte sur les épaules.

Tout à coup, le silence de cette foule émue est rompu par les clameurs injurieuses d’une certaine femme Blaise, qui aurait voulu, hurlait-elle, boire le sang des prêtres et s’en saouler. L’humble patient ne lui répond que par un regard de compassion ; puis il lève les yeux sur la croix du clocher, la seule dont la vue lui fût offerte pour réconforter son âme agonisante. De plus en plus exaspérée par ce silence et cette attitude, si capables de toucher le cœur même d’un sauvage, la mégère redouble ses injures à la face du condamné, pour le forcer à répondre, pour lui arracher au moins une parole de plainte ou de reproche. Sans s’émouvoir, l’abbé Raclot lui demande avec douceur de dire pour lui un Ave Maria. Frappée de je ne sais quelle soudaine vertu d’en haut, elle se mit à dire sincèrement son Ave Maria, et aussitôt transformée dans tous ses sentiments, elle demanda pardon au martyr en versant des larmes, et le suivit en gémissant jusqu’à l’échafaud ; et, comme l’exécuteur, ayant mal préparé son instrument malgré la recommandation du supplicié, le manqua une première et une seconde fois, et dut à la fin achever de séparer la tête d’avec le tronc avec son coutelas, elle poussa des cris de douleur qui couvrirent tous ceux de la foule.

Depuis, elle a fait chaque année, tant que ses forces le lui ont permis, le pèlerinage de Notre-Dame des Ermites, à pied et en mendiant son pain, pour expier une faute si énorme.

Les juges, eux, pendant la scène d’horreur qui révoltait même le peuple abruti, prenaient le café dans une auberge en face de la guillotine, et se repaissaient philosophiquement du supplice de leur victime.

Le corps et la tête du supplicié restèrent jusqu’à 10 heures du soir sous l’échafaud qu’on avait enveloppé de toiles.

Épilogue.

M. l’abbé Ferrand, curé actuel de Thivet, a fait retirer de la fosse, où ils étaient enfouis sans honneur, les ossements de son vénéré prédécesseur, et les a rapportés dans sa paroisse, à la vive satisfaction des petits-fils de ceux qui l’avaient connu, aimé et écouté pendant un bon ministère de vingt années. L’exhumation se fit à Mirecourt le 1er août 1853. A Thivet, il y eut une cérémonie solennelle le 13 octobre suivant. Un grand nombre de prêtres y assistaient. Beaucoup d’habitants de Montigny, et de Vesaignes, annexe de Thivet, s’étaient joints à ceux de la paroisse. Les restes du martyr furent renfermés dans un double cercueil de plomb et de pierre, au-dessous du sol, à côté du maître-autel, avec une pierre tombale sculptée, qui le représente décapité. On voit vis-à-vis, contre le mur, deux anges qui tiennent sur une draperie flottante l’inscription donnée par Mgr l’Évêque de Langres.

Aucun de nos martyrs, hélas ! n’a été aussi honoré.


Il était impossible que les époux Caron ne fussent pas impliqués dans la cause de l’abbé Raclot.

Le Conseil général de Neufchâteau, constitué en tribunal d’inquisition, ayant interrogé le fugitif qu’on lui renvoyait des frontières de la Suisse, manda aussitôt après, à sa barre, M. et Mme Caron, tant pour déposer contre leur hôte, que pour se justifier d’avoir recelé en leur domicile un suspect. Antoine Henry, leur principal ouvrier typographe, eut l’honneur périlleux de leur être associé.

Tous les trois, ils avouèrent les faits matériels qui étaient de toute évidence, mais ils nièrent avoir reçu et reconnu le curé de Thivet comme prêtre et comme parent.

Malgré tout, ils furent prévenus de complicité, et dénoncés à l’accusateur public, Nicolas Fournier. Ils avaient été soumis à l’interrogatoire de la municipalité le 16 décembre. Le 31 janvier suivant, un mandat d’amener était lancé contre eux, et ils furent immédiatement incarcérés à Mirecourt. Le surlendemain deux février, l’accusateur public les faisait venir à la salle des séances du tribunal criminel, et les mettait sur la sellette l’un après l’autre, Antoine Henry le premier, ensuite Louise Bonnin, et Charles Caron le dernier. Les questions et les réponses roulèrent dans le même cercle qu’à Neufchâteau, et n’amenèrent aucun éclaircissement décisif.

Mais enfin la lumière se fit sur le prêtre réfractaire et tout naturellement rejaillit sur ces receleurs. Appelés comme témoins à l’audience du 7 février, qui détermina l’arrêt de mort de l’abbé Raclot, ils n’eurent pas moins à répondre comme accusés, et à défendre leur propre cause. Le sang du martyr fumait encore que Fournier requérait près du tribunal la mise en accusation formelle et la condamnation de ceux qui avaient commis le crime de le cacher pendant un an sous leur toit hospitalier. Il déclarait en même temps que la vengeance de la République devait s’étendre à Antoine Henry, qui étant chez eux depuis plus de vingt ans, devait avoir connu le secret qu’il n’avait pas dénoncé.

Ce fut donc le lendemain de la mort de l’abbé Raclot, le 9 février, que l’accusateur fulmina son réquisitoire. Il y rappelait tous les faits énumérés dans l’arrêt sanglant de la veille, et il appuyait particulièrement sur trois circonstances qui trahissaient avec plus d’évidence la complicité :

1° M. Raclot avait confié l’exécution de son testament à Charles Caron.
2° Parmi les pièces saisies sur lui en Alsace se trouvaient deux carrés de papier, dont le premier portait d’un côté l’adresse de Mme Caron, avec le timbre de Chaumont, et une note de chargement fait à la poste, et de l’autre côté ces mots : Les cent cinquante livres ci-inclus sont pour remettre à la citoyenne Joséphine ; Mme Caron voudra bien en accuser réception à la citoyenne Rose Mathieu ; et le second portait pareillement la même adresse d’un côté, et de l’autre : Les quarante-huit livres dix sols ci-inclus sont pour remettre à la citoyenne Joséphine, et Mme Caron voudra bien en accuser réception à la citoyenne Rose Mathieu. Or on savait par le testament que Rose Mathieu était la propre nièce de l’abbé Raclot ; et on avait tout lieu de penser que la citoyenne Joséphine, qu’aucun des accusés ne voulait connaître, était l’abbé Joseph Raclot lui-même, et tout cela expliquait fort bien comment ces papiers lui avaient été remis, et pourquoi il les emportait en émigration.
3° Enfin une lettre de M. Royer, ancien curé de Nogent, adressée aussi à cette Joséphine, et saisie également sur l’abbé Raclot, contenait un souvenir et des compliments particuliers pour Mme Caron. Il résultait manifestement de tout cela, dit le réquisitoire, que Charles Caron, Marie-Louise Bonnin, et Antoine Henry, principal ouvrier de l’imprimerie Caron, avaient recelé le prêtre conspirateur (6).

Cependant la complicité d’Antoine Henry ne reposait que sur une simple supposition ; l’accusateur public ne put apporter aucune preuve positive à l’appui ; et force fut de lâcher cette troisième victime. L’accusation ne retint que les époux Caron, dont le crime de recel se doublait du crime d’avoir réimprimé et vendu clandestinement le Testament de Louis XVI, et d’autres ouvrages dont la circulation avait pour objet de tourner les sentiments du peuple vers la cause du traître Capet, le dernier tyran de la France.

Cet acte d’accusation fut signifié aux prévenus dans leur prison, par l’huissier Joseph Remy, parlant à leurs personnes entre les deux guichets, le lendemain du jour où il avait été admis par le tribunal, c’est-à-dire, le 10 février 1794.

Toutefois les lois de la République ne faisaient pas du cas des époux Caron un cas de guillotine, mais seulement de réclusion et de galères, et par conséquent, de la compétence du jury. Une session devait s’ouvrir dans le courant de mars ; mais l’accusateur public, craignant que l’affaire ne fût pas suffisamment instruite pour emporter sans conteste l’assentiment des jurés, demanda une remise à la session du mois d’avril, afin de faire dans l’intervalle toutes les recherches nécessaires pour assurer la condamnation. Il s’adressait donc, le 2 ventôse (20 février), au tribunal en ces termes :

La preuve des faits portés dans l’acte d’accusation que j’ai dressé contre Ch. Caron et M.-L. Bonnin sa femme, exige pour être complète, quelques éclaircissements que l’on ne peut se procurer qu’en les prenant sur les lieux. Il sera nécessaire qu’une personne intelligente soit envoyée à Mouzon-Meuse, à Chaumont, à Langres, à Thivet, que (sic) l’on pourra découvrir le fil des faits à la conviction du délit sur Caron et sa femme tous accusés (sic) (7).

Il serait impossible de faire toutes les recherches indispensables et de produire les pièces nécessaires pour la prochaine assemblée du juré du Jugement. Fournier
.

Il fut fait droit à sa requête ; et la personne intelligente chargée de ces vastes recherches patriotiques, rassembla toute une nuée de 16 témoins qui furent entendus par le jury, sous la présidence de Christophe Dieudonné, le 14 germinal (3 avril) 1794.

Les seize témoins

Le premier, Nicolas Petit, âgé de 57 ans, ex-avoué, qui demeurait à Chaumont, et les six autres, savoir : François-Xavier-Nicolas Léonard, 46 ans, libraire ; Jean Carteret, 52 ans, marchand ; Georges Guenerot, 46 ans, épicier ; Denys Poinsot, 59 ans ; Joseph Mougin, 56 ans, boulanger ; Didier Clerc, 68 ans, cultivateur, marié avec Marie-Anne Raclot, sœur du curé de Thivet, lesquels étaient tous citoyens de Langres, déposèrent unanimement que Marie-Louise Bonnin et M. Jean-Baptiste-Joseph Raclot étaient cousins germains. Jean Carteret, patriote qui avait été jugé digne par la Société populaire de Langres de rechercher cette parenté et de désigner les personnes capables d’en témoigner, ajouta qu’il avait eu à Langres dans le courant de l’année précédente un exemplaire du testament du traître Capet, de la Romance sur l’air de Pauvre Jacques, qui est à la suite, absolument semblable pour l’impression à l’exemplaire qui se trouvait dans les pièces et lui avait été représenté.

L’épicier Georges Guenerot déclara que chose semblable lui était arrivée ; et de plus, qu’on assurait que ces feuilles provenaient de l’imprimerie Caron ; et enfin qu’en passant à Mouzon-Meuse, il avait appris que Caron et sa femme étaient ennemis de la Révolution.

Le 8e témoin, François Robert, 50 ans, tissier demeurant à Montigny, attesta la parenté de l’abbé Raclot avec l’abbé Royer, curé de Nogent, de qui le premier avait tenu sa cure de Thivet.

Le 9e témoin, François Gegout, de Neufchâteau, 37 ans, ouvrier relieur au service de Charles Caron, déclara ne rien savoir, et n’avoir rien à dire sur tout ce qui était contenu dans l’acte d’accusation.

Le 10e témoin, Jean-Charles-Nicolas Chénin, 44 ans, receveur d’enregistrement à Mouzon-Meuse, montra plus de patriotisme. Il raconta qu’en février 1793 (vieux style), le citoyen Morice, écrivain à Mouzon-Meuse, entra dans le bureau de la recette ayant sous son bras plusieurs imprimés qu’il montra en disant les avoir achetés chez Charles Caron ; que lui, Chénin, fut surpris de voir dans ces imprimés le testament du traître Capet (8), ainsi qu’une Romance sur l’air Pauvre Jacques dont la circulation lui parut dangereuse ; que pour s’assurer que Caron débitait ces ouvrages, il envoya le citoyen Jeanrard, surnuméraire travaillant chez lui, pour acheter un de ces exemplaires ; que le citoyen Jeanrard rapporta en effet un exemplaire semblable à ceux qui avaient été montrés par ledit Morice ; que sur la dénonciation que le déclarant, alors membre du conseil général de la commune, fit à la municipalité sur les dangers du débit des dits ouvrages, « la municipalité manda Caron et se fit remettre les exemplaires qui restaient, et qu’il croit qu’ils ont été brûlés.

Le 11e témoin fut le Morice (Jean-Baptiste) dont il vient d’être parlé, 32 ans. En février 1793, il avait été envoyé par un nommé Husson-le-Jeune, faire la même commission chez Charles Caron, que Jeanrard par le receveur Chénin, et avait acheté cinq exemplaires de ces maudits ouvrages pour un assignat de dix sols.

Le 12e témoin fut le surnuméraire Jeanrard, 23 ans, appelé de Xertigny où il venait d’être placé comme receveur d’enregistrement. Il confirma la déposition du citoyen Chénin, sauf qu’à l’imprimerie on avait eu vent de ses intentions et on lui avait refusé ce qu’il demandait.

Antoine Henry reparaît encore comme 13e témoin. Il se tient toujours sur la même réserve. Il avoue qu’on a vendu chez Caron quelques exemplaires du Testament de Louis XVI, mais non qu’on les y ait imprimés.

Nicolas Chaffaut, entrepreneur de bâtiments, 35 ans, membre du Comité de surveillance de Neufchâteau, n’eut rien à dire, sinon que Charles Caron avait été mis sur la liste des suspects, surtout pour avoir vendu quelques exemplaires du Testament de Louis XVI.

Un cordonnier de Neufchâteau, nommé Antoine-François Bouchy, âgé de 45 ans, fit la même déclaration que le précédent.

Le 16e et dernier, Sébastien Bourdeloy, fondeur en cuivre, âgé de 36 ans, n’avait non plus que la même chose à répéter pour la troisième fois.

Tel fut le résultat de toutes ces informations laborieuses. Il était plus que suffisant pour motiver une condamnation, arrêtée d’avance dans l’esprit des juges, et trop longtemps retardée à leur gré. Il nous reste à l’entendre.


Charles Caron et M.-Louise Bonnin. — Condamnation à 6 ans de réclusion et de galères.

Le tribunal prononça son arrêt, le lendemain, 4 avril, en ces termes :

« Vu par le tribunal criminel du département des Vosges séant à Mirecourt, les mandats d’amener et d’arrêter décernés les douze et quatorze pluviôse dernier (31 janvier et 2 février) par l’accusateur public près le même tribunal contre Charles Caron imprimeur, demeurant à Mouzon-Meuse, et Marie-Louise Bonnin son épouse, en exécution de la loi du trente frimaire précédent (20 décembre 1793) relative à la manière de procéder sur les délits de complicité d’émigration, et de celle du 17 septembre 1793 (vieux style) qui porte que les lois relatives aux émigrés sont en tout point applicables aux déportés, (vu) l’acte d’accusation dressé par l’accusateur public le 21 pluviôse (9 février) contre les dits Charles Caron et Marie-Louise Bonnin, dont la teneur suit : » — Nous l’avons analysé précédemment.

« (Vu) le procès-verbal de signification de cet acte d’accusation et de la remise des personnes des prévenus en la maison de justice du Département du 22 pluviôse (10 février) et de toutes les autres pièces de la procédure ;

« Après que les citoyens Vauthier et Boucirot, deux des jurés placés sur le tableau, empêchés pour maladie de se rendre à leurs fonctions, ont été remplacés par la voie du sort par les citoyens Grégoire et Duchêne placés sur la liste des jurés ; que le décret de la Convention nationale du cinq pluviôse (24 janvier) relatif aux faux témoins a été lu publiquement et à haute voix aux témoins assignés, que les témoins à charge et décharge ont eu fait leurs déclarations au juré de jugement en présence des accusés ; que l’accusateur public a été de nouveau entendu, ainsi que les accusés et leurs différents officieux ; que chacun des jurés de jugement a eu exprimé publiquement et à haute voix son opinion, conformément aux dispositions de la loi du 30 frimaire (20 décembre), sur les questions qui lui ont été soumises,

« et qu’à la majorité de dix suffrages contre un, ils ont eu déclaré qu’il est constant que depuis la fin du mois de septembre 1792 jusqu’à la fin du mois de septembre 1793 (vieux style), on a recelé sous le nom de François Guenerot dans une maison de la commune de Mouzon-Meuse (ci-devant Neufchâteau) le nommé Jean-Baptiste-Joseph Raclot ci-devant curé de Thivet, sujet à la déportation par acte du 20 septembre 1792, qui depuis a été condamné à mort en exécution de la loi du 30 vendémiaire (21 octobre 1793) ; qu’à la majorité de six suffrages contre cinq, les jurés ont eu déclaré aussi que Charles Caron et Marie-Louise Bonnin accusés, sont convaincus d’être les auteurs de ce recelé, et qu’ils n’ignoraient pas que l’individu retiré chez eux sous le nom de François Guenerot fût Jean-Baptiste-Joseph Raclot ;

« qu’à l’unanimité des suffrages, les jurés ont eu déclaré qu’il est constant que dans la commune de Mouzon-Meuse on a débité sur la fin du mois de janvier ou au commencement de février 1793 (vieux style) le testament de Louis Capet, dernier tyran de la France (ignoble style) et une romance sur l’air Pauvre Jacques ayant pour épigraphe Popule meus, quid tibi feci ; qu’à la majorité de six suffrages contre cinq, les jurés ont eu déclaré aussi que Charles Caron, l’un des accusés, est convaincu d’être auteur du délit de ces ouvrages (1), que leur circulation avait pour objet de tourner les sentiments du peuple vers la cause du tyran et de sa famille, mais non de provoquer le rétablissement de la royauté en France, et que Marie-Louise Bonnin co-accusée n’est pas convaincue d’être auteur du délit de ces mêmes ouvrages ; »

« Le tribunal après avoir entendu l’accusateur public sur l’application de la loi, et le défenseur officieux des accusés dans ses observations, condamne Charles Caron, l’un des accusés, à être puni de Six années de fers conformément à l’article 12 de la loi du 26 février 1793 (vieux style), dont il a été donné lecture, et qui est ainsi conçu : »

« Toute personne qui aura recelé ou caché, etc. ; »

« Condamne Marie-Louise Bonnin co-accusée à être punie de Six années de réclusion dans la maison de force, conformément audit article de la loi ci-dessus cité, et à l’art. 9 du titre 1er de la 1re partie du code pénal dont il a été donné aussi lecture ; »

« Ordonne que le présent jugement sera mis à exécution à la diligence de l’accusateur public qui se conformera à l’art. XXVIII du titre 1er de la 1re partie du code pénal dont il a été également donné lecture ; »

« Ordonne aussi que conformément à l’art. IX de la loi du 30 frimaire sur la manière de procéder dans les tribunaux criminels de département sur les délits d’embauchage de complicité et d’émigration, le présent jugement sera exécuté sans aucun recours au tribunal de cassation.

« Fait à Mirecourt le quinze germinal an second de la République française une et indivisible (4 avril 1794) en l’audience du tribunal où étaient présents Christophe Dieudonné président, Joseph Floriot, Joseph Corbion, et Jean-François Thiéry, juges au tribunal, qui ont signé la présente minute. » Suivent les susdites signatures.

La tradition constante est que la condamnation des époux Caron fut aggravée de deux heures de pilori sur la place de Poussay. Les vrais tyranscroyaient ainsi flétrir leurs victimes en les exposant aux huées et aux vive la république ! de la vile populace. Mais depuis longtemps saint Pierre avait coupé court à cette grossière illusion :

« Que personne d’entre vous ne soit supplicié comme homicide, ou voleur, ou calomniateur, etc. Si c’est, au contraire, comme chrétien, qu’il n’en rougisse pas, et qu’il rende gloire à Dieu en ce nom. »

Charles Caron mourut en se rendant au bagne. Sa veuve fut amnistiée après la Terreur.

Toute cette cause se termina par la confiscation du peu que l’abbé Raclot avait laissé entre les mains de ses meurtriers, et qui fut remis, le 30 germinal (19 avril), par le greffier Pottier, au citoyen Jean-Baptiste Roufort, receveur des domaines nationaux à Mirecourt. Le mensonge, le meurtre et le vol, telle est l’essence pure de la révolution et de sa parfaite incarnation, la vraie république.

(1) Nous devons à l’obligeance de M. l’abbé Ferrand, curé actuel de Thivet, diverses communications qui ont achevé d’éclaircir tout ce qui pouvait rester obscur et douteux sur l’abbé Raclot jusqu’à sa sortie de cette paroisse en 1792.
(2) 80 fr. de monnaie, et trois couverts d’argent ; il y avait de quoi enrichir l’étranger, après en avoir vécu un temps indéfini !
(3) On a dit et répété que l’abbé Raclot avait dû son arrestation à cette lettre, qui lui aurait été écrite à lui-même par son ancienne domestique.
(4) Encore une belle obligation républicaine.
(5) L’accusateur Fournier avait décerné contre eux mandat d’amener le 1er janvier 1794. Il demandera au tribunal leur mise en accusation le 9 février.
(6) Ce prêtre si timide, cet agneau tremblant blotti dans une profonde cachette où il tâche de se dérober à la férocité des loups qui rôdent en hurlant aux alentours, Nicolas Fournier le poursuit encore de cette calomnie au-delà de l’échafaud ! Est-ce pour s’applaudir, ou pour se justifier de l’avoir fait assassiner ?
(7) Quel langage parlaient ces grands républicains !
(8) Quels odieux perroquets !
(6) Vous aviez tant déclamé contre l’Index et l’inquisition ! Vous aviez tant réclamé la liberté de penser, de parler, d’écrire et d’imprimer ! Cruels comédiens !

Sources structurées

  1. La Semaine religieuse de Saint-Dié 1881
 

Référence suggérée : ecriVOSGES, « Jean-Baptiste Joseph RACLOT », fiche bio-bibliographique, https://www.ecrivosges.com/fiche.php?id=5123 (consultée le 27 août 2026).

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