Issu d'une famille modeste de commerçants non sédentaires, Roger Ulrich peut être donné comme exemple de l'autodidacte, d'un homme qui, parti de rien, prend une place marquante dans la société. Né à Saint-Dié en 1905, il fait ses études à l'institution Sainte-Marie, rue de la Bole ; scolarité sanctionnée par le certificat d'études, passé à onze ans, grâce à une dispense accordée par l'inspecteur d'académie. Et, d'emblée, c'est pour lui l'entrée dans le monde du travail, comme saute-ruisseau ou petit clerc, de 1916 à 1919, chez maître Albin Mourot. Après cette courte carrière dans le droit, il se tourne vers la mécanique.
Apprenti à la société Beyer, puis aux établissements Witz et Feltz et, en 1957, chez Martin à Saint-Léonard, il devient chef d'ateliers. En 1960, il entre à la C.I.M. (compagnie industrielle de mécanisme) pour être attaché de direction, puis chef du personnel, responsabilité qu'il exerce lorsque sonne pour lui l'heure de la retraite en juillet 1971. Cette carrière professionnelle n'empêche nullement Roger Ulrich de s'engager dans d'autres domaines. En 1939, engagé volontaire au 8e régiment d'artillerie de Nancy, il participe à la drôle de guerre. Après une affectation à l'école des élèves officiers d'artillerie à Issoire dans le Puy-de-Dôme, c'est le retour à Saint-Dié. Les Allemands l'arrêtent lors de la terrible journée du 8 novembre 1944, quand plus de neuf cents Déodatiens sont déportés à Rheinau. Roger Ulrich est libéré le 8 mars 1945 par la 1re armée française.
Engagé, l'ancien militaire l'est également au service de ses concitoyens. Il est nommé par le préfet des Vosges conseiller municipal sous l'administration de Gaston Colnat. À la Libération, Roger Ulrich rejoint la formation du nouveau maire, Jean Mansuy, et ses pairs l'élisent adjoint au maire durant trois mandats consécutifs de 1947 à 1965. Son implication de plus en plus forte dans la vie publique l'incite à se positionner candidat aux élections cantonales du 17 avril 1955. Figurant parmi les cinq challengers de l'édile sortant, Joseph Schaefer, Roger Ulrich réunit autour de son nom de nombreux suffrages, lui permettant d'envisager sereinement un succès au second tour de scrutin. Mais il lui est demandé amicalement de se retirer de la compétition. Mettant à profit sa première expérience cantonale, Roger Ulrich est de nouveau présent au renouvellement triennal de juin 1961, face à six candidats (notamment Marcel Hestin et Georges Marande). Cette fois, la victoire est au rendez-vous, mais six ans plus tard il laisse son fauteuil à Pierre Noël.
Ses nombreux combats politiques, Roger Ulrich les effectue auprès de son épouse Augustine Vermelin, qui lui donne deux fils, Daniel et Bernard. Victime d'une maladie implacable, Roger Ulrich décède le lundi 22 août 1983 à Saint-Dié. Ses obsèques ont lieu en l'église Saint-Martin où toute une population vient rendre un dernier hommage à celui qui a marqué durant plus de cinquante ans la vie déodatienne. Son épouse s'éteint huit mois après et tous deux reposent au cimetière de Saint-Dié. Son fils Daniel tentera également de conquérir le poste de conseiller général, mais il échouera. Par contre, son nom reste associé aux fêtes de la Saint-Nicolas où il endossera longtemps l'habit de l'évêque de Myre, ainsi qu'à la confrérie du Bonhomme dont il est grand-maître.