1979 —
Le Pays lorrain
François Matenet.- François Matenet, décédé à Fontenoy-le-Château le 23 février 1979, est né le 25 mars 1925. Il fait ses études à La Malgrange à Nancy, puis au lycée de Luxeuil-les-Bains. Replié en zone libre avec sa famille, il fréquente les lycées de Tulle et de Limoges, puis il passe avec succès son baccalauréat philosophie à Belfort.
En 1944, il s’engage dans l’armée commandée par le général de Lattre de Tassigny. Il est versé au 1er Cuirassiers. Il prend part à diverses campagnes : Libération de l’Alsace, Héricourt, Allemagne ; il termine cette épopée à Bregenz, sur le lac de Constance. Il reçoit successivement la Croix de guerre avec trois citations et la croix de la Libération. Il est également titulaire de la croix d’engagé volontaire. Il prépare ensuite l’école d’officiers (Coëtquidan), mais il démissionne de l’armée en 1946.
Le 10 septembre 1947, il épouse Mlle Pierrette Clerc, de Fontenoy-le-Château. Fixé dans sa demeure des Champs-Maupin, à l’écart de cette petite ville, il s’adonne dès lors à la littérature et plus spécialement à la poésie, suivant en cela le poète Gilbert né il y a deux cents ans dans la même localité.
Ses oeuvres sont remarquées, et il obtient le Grand prix de la Société des poètes et artistes de France, délégation de Lorraine. Il fait bientôt partie de cette société, dont il est le délégué pour les Vosges, et du jury qui décerne chaque année des récompenses aux écrivains de la région.
Cette activité ne lui suffit pas. Il conçoit bientôt le projet de rassembler les littérateurs, poètes, historiens, conteurs du département en une société distincte, l’Union des Ecrivains vosgiens, qui voit le jour en avril 1968.
Sa première manifestation qui a pour cadre la Foire forestière d’Epinal, le 1er mai suivant, connaît le succès. Il y a là les oeuvres rassemblées d’Yvette Souvay, François Matenet, Georges Poull, René Untereiner, Mme Baudoin-Cunq, etc. Quelques semaines plus tard, la première assemblée de tous ses membres se tient à la mairie d’Epinal ; enfin le premier numéro des Cahiers paraît à Noël 1969. L’éditorial est signé François Matenet. Il contient entre autres les passages suivants : En vous proposant ce cahier, l’Union des Ecrivains vosgiens se fixe deux buts : d’abord donner à ceux qui le désirent une possibilité de s’exprimer et d’être lus, quels que soient le domaine et la forme qu’ils choisiront ; ensuite compter nos amis. Dès lors, la parution régulière des Cahiers s’est poursuivie, jusqu’au dernier publié récemment et qui porte le N° 43.
Le 6 février 1970, lors de la première réunion du comité directeur de Terre lorraine qui se tient à Nancy sous la présidence de M. André Leclère, François Matenet est entre autres chargé de la direction de la revue qui voit le jour en janvier 1971. Il s’en occupe bientôt seul, jusqu’à sa disparition. Le dernier numéro paru (12) contient la relation de l’importante manifestation qui a réuni 120 personnes à Fontenoy-le-Château le 13 mai 1978.
François Matenet était père de trois filles, dont deux enseignent à Epinal et Remiremont.
Outre des éditoriaux, des nouvelles, des poésies parues tant dans les Cahiers que dans Terre lorraine de 1968 à 1979, il a publié :
- Suite des pionniers, 1965,
- Le Vieux pays dont tu reviendras, 1966,
- Les péchés capiteux, 1966,
- Les Masques et les signes, 1967, poèmes,
- Légende du caporal cassé, 1972, recueil de nouvelles qui a obtenu le Prix littéraire de la Nouvelle et du Récit 1972.
Il est également à l’origine de Brandons et kyriolés, supplément des Cahiers, réunissant les oeuvres des écrivains vosgiens.
[
Le Pays Lorrain , 1979, N° 4, p. 228, signé Georges Poull ]
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
MATENET (François), homme de lettres
Fontenoy-le-Château, 25 mars 1925 - Nancy, 23 février 1979

Fils d’Albert Matenet, avocat, et de Marie Jeanvoine, il effectue ses études à la Malgrange à Nancy, puis au lycée de Luxeuil-les-Bains. Replié en zone libre après 1940, il fréquente les lycées de Tulle et de Limoges. Il passe avec succès son baccalauréat de philosophie à Belfort.
En 1944, il s’engage dans l’armée commandée par le général de Lattre de Tassigny et prend part à plusieurs campagnes : Libération de l’Alsace, Héricourt, Allemagne. Il termine cette épopée à Bregenz sur le lac de Constance. Après avoir préparé l’école d’officiers de Coëtquidan, il démissionne de l’armée en 1946.
Le 10 septembre 1947, il épouse Pierrette Clerc, de Fontenoy-le-Château. Fixé aux Champs-Maupins, dans cette localité, il s’adonne dès lors à la littérature et plus spécialement à la poésie. Ses oeuvres sont remarquées et il obtient le Grand Prix de la Société des Poètes et Artistes de France, délégation de Lorraine. Il fait bientôt partie de cette société dont il est le délégué pour les Vosges, ainsi que du jury qui décerne chaque année des récompenses aux écrivains de la région. Cette activité ne lui suffit pas.
Il conçoit bientôt le projet de rassembler les littérateurs, poètes, historiens et conteurs de notre département en une société. C’est ainsi que naît l’
Union des Ecrivains vosgiens qui voit le jour en avril 1968. Sa première manifestation a pour cadre la Foire forestière d’Epinal, le 1er mai suivant. Quelques semaines plus tard, la première assemblée de ses membres se tient à la mairie d’Epinal ; le premier numéro des
Cahiers vosgiens rédigés par ces derniers paraît à Noël 1969. L’éditorial, qui a pour titre
Argument, est signé François Matenet. La parution de cette revue se poursuit actuellement.
Le 6 février 1970, lors de la première réunion du comité directeur de
Terre lorraine, qui se tient à Nancy sous la présidence d’André Leclère, François Matenet est, entre autre, chargé de la direction de la revue qui voit le jour en janvier 1971. Il s’en occupe seul jusqu’à sa disparition. Le dernier numéro paru sous sa signature contient la relation de l’importante manifestation qui a réuni 120 personnes à Fontenoy-le-Château le 13 mai 1978. Outre
Terre lorraine qui s’était déplacée à cette occasion, il y avait là les principaux représentants de l’
Union des Ecrivains vosgiens et les dirigeants de la
Société des Amis du vieux Fontenoy. Parmi les orateurs, François Matenet se fait remarquer par son talent de biographe lorsqu’il retrace l’existence du poète Gilbert et de Julie Victoire Daubié, la première bachelière de France.
Outre ses éditoriaux, des nouvelles et des poésies parues dans les
Cahiers Vosgiens et dans
Terre lorraine de 1968 à 1979, François Matenet a publié :
-
Suite des Pionniers (Le Porteur d’eau), 1965
-
Le Vieux Pays d’où tu reviendras, 1966
-
Les Péchés capiteux, 1966
-
Les Masques et les signes, poèmes, 1967
-
Légende du caporal cassé, 1972, Prix de la Nouvelle et récit 1972.
Il est également à l’origine de
Brandons et Kyriolés, supplément des
Cahiers qui réunit les oeuvres des principaux écrivains vosgiens.
François Matenet a reçu la Croix de Guerre avec trois citations, la Croix de la Libération et la Croix d’engagé volontaire. Il a été promu membre sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France, à Paris, en automne 1977.
[
Georges Poull
]
2005 —
Les Cahiers vosgiens, N° 10-11
Biographie de François MATENET
François Matenet est né à Alençon le 25 mars 1925. Il a cinq ans lorsqu’il arrive à Fontenoy-le-Château chez ses parents adoptifs, Albert Matenet son père : officier en retraite, avocat, juge de paix ; Marie sa maman, cultivée, musicienne, peintre amateur. Ils surent non seulement l’aimer, mais l’éduquer, le diriger dans ses études.
C’était un joyeux garçonnet, un étudiant sérieux dans les divers lycées, conséquence de la guerre. C’est en 1943 à Belfort, où mon beau-père après Limoges et Tulle était en poste, que François fut bachelier et champion d’athlétisme de Franche-Comté.
Il aimait les sports, s’étant même essayé à la boxe.
Durant son enfance, il écrivit son journal illustré de photographies de la chienne fidèle Diane. La nature, le jardinage l’attiraient.
Fils d’officier, il se devait, à 19 ans de participer à la Libération de la France. Engagé volontaire à l’Armée De Lattre, Premier Cuirassiers en dépôt à Fontenoy, François reçut le baptême du feu à Aillevillers, puis ce fut la Libération d’Héricourt, Belfort, Colmar, durant l’hiver terrible de 1944. Deux de ses camarades venus me voir après son décès m’ont raconté que malgré la mitraille, la faim, la soif, il écrivait... Fait officier, il fit un bref passage à Coëtquidan. Dans l’impossibilité d’être muté aux Chasseurs d’Afrique à cause de sa vue, il rentra au foyer familial.
Il n’aimait que le droit romain, en fac de droit de Nancy dont il suivait les cours. Mais il écrivait sur des cahiers d’écoliers des poésies classiques, des nouvelles, souvenirs de ses campagnes, parues dans la Revue du 1er Cuirassiers.
Il avait 22 ans, moi 21. Pour mon plus grand bonheur, notre union eut lieu en septembre 1947. Fiancée, je recevais d’adorables poèmes.
"J’ai fermé mon chez moi, ses auvents et ses portes,
J’ai mis mon âme dans un bouquet de fleurs,
Sourire épanoui, de la joie plein le cœur,
Pétales et amour, voilà ce que j’apporte."
En 1948 naissait Madame Martischang. En 1950, Mmes Poull et Coulin. C’était le bonheur qui ne devait durer, hélas, que 32 ans.
Mon mari géra un portefeuille d’assurances qui prospéra et nous permit de redonner vie au commerce de tissus et confection créé par mon arrière-grand-mère, colporteur pyrénéen. Avec ma mère au magasin, moi-même et François visitions notre clientèle. Malgré toutes ses occupations, jardinage, bûcheronnage, il écrivait. Poésies riches, vocabulaire, imagination, valse des mots.
La rencontre avec Pierre Mory, poète franc-comtois, fut le déclic pour l’aventure qui devait durer jusqu’à sa mort, le 23 février 1979. Il avait 54 ans à peine. Après échange de leurs textes, Pierre lui conseilla les concours. Il remporta le Grand Prix des Poètes Lorrains, puis le Prix international derrière Paul Géraldy, qu’il reçut à dîner. Arrivant en tête des Prix François-Villon, Max-Jacob, il fut édité à Paris pour trois recueils de poésie libre où il excellait, chez l’éditeur José Millas-Martin. En 1972, il remporta le Prix de la nouvelle et fut édité.
Il écrivit de nombreuses nouvelles qui parurent dans des revues nationales, Les Cahiers Vosgiens, Terre Lorraine, livres de poésies lorraines, vosgiennes, etc.
Ce besoin d’écrire, il voulut le partager avec les "gens de plume", comme il appelait les écrivains régionaux inconnus, méconnus. Aidé par le maire d’Épinal, une réunion eut lieu dans la salle des mariages. Tous ensembles, ils décidèrent de s’unir et de créer une revue, Les Cahiers vosgiens, qui vit le jour en 1970. Sans beaucoup d’argent, la revue connut des hauts et des bas. Au fil des années, elle s’améliora, mieux imprimée, c’est encore aujourd’hui, grâce à une équipe dévouée, une belle revue qui ouvre ses pages gratuitement aux amoureux du Français qu’il faut préserver.
En 1970, ce fut aussi (?) Terre Lorraine qui vit le jour. Poésies, prose, littérature, reportages des arts, généalogie, interviews d’artistes tel le graveur André Jacquemin ou l’historien Georges Poull et Terre Lorraine couvrait les quatre départements lorrains. Malheureusement, peu après la mort de mon mari, elle disparut, faute d’animateurs. François en était le directeur d’édition.
Les pionniers de ces aventures littéraires ont presque tous disparu, mais la relève est là pour les Cahiers, les ateliers d’écriture. Merci à tous.
François Matenet ne fut pas oublié dans son village qu’il aimait tant. En 1980, la municipalité du maire M. Royer vota le Prix François-Matenet récompensant chaque année prose ou poésie.
[
Pierrette Matenet , présidente honoraire de l’Union des Ecrivains Vosgiens ]