Secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine.
1835 —
Biographie des hommes du jour / Germain Sarrut et Edme Théodore Bourg
PARISET (Etienne).-Si un homme s’élève des rangs les plus inférieurs de la société jusqu’aux sommités de la science, sans autre appui que son intelligence, sans autre recommandation que ses travaux, nous lui devons admiration et respect ; mais si, mu par une ambition désordonnée, il appelle à son aide toutes les ressources de l’intrigue et les faiblesses d’une coupable servilité, nous devons de flétrir en lui cette soif ardente des places, des honneurs et d’une fugitive renommée qui étouffe souvent les plus louables sentiments. Si cet homme, infidèle à son origine, met son talent au service des détracteurs du peuple, des adversaires de la démocratie, s’il consacre toutes ses facultés à propager les plus fausses doctrines, nous ne lui devons plus que justice, des éloges pour ses travaux scientifiques, un blâme sévère pour ses actes coupables.
Un rapide coup d’œil sur la vie de M. Pariset suffira pour apprendre dans quelle catégorie il doit être rangé.
M.Etienne Pariset est né en 1770, à Grand, village situé à trois lieues de Neufchâteau, département des Vosges. Son père et sa mère étaient de pauvres paysans, qui n’ayant pas les moyens de lui faire donner de l’éducation, l’envoyèrent à l’âge de six ans à Nantes, chez son oncle paternel, qui exerçait dans cette ville l’état de parfumeur. Dans le voyage, il eut à Chartres les deux pieds presque écrasés par les grandes roues du coche qui le menait, et il souffrit pendant trois ans des maux inouïs par suite de cet accident. Il fit ses premières études de neuf à onze ans. A cette époque, il cessa de suivre les cours du collége et travailla chez son oncle en qualité de commis ; il fut chargé des occupations les plus pénibles, telles que l’emballage et le transport des marchandises. Mais au milieu de ses rudes travaux, il ne cessa point de travailler seul, et lorsqu’à dix-huit ans il revint au collége, il fut assez avancé dans ses études de latinité pour pouvoir faire sa rhétorique et sa philosophie avec éclat. A vingt ans, il quitta les bancs de l’école et obtint la direction d’une petite bibliothèque. A vingt-deux ans (en 1792), il partit pour l’armée du Nord et revint à Nantes en mars 1793. Quelques jours après la guerre de la Vendée éclata, il la fit en simple soldat dans le cours de cette année et de la suivante. Pendant ce temps, il trouva moyen d’étudier un peu d’anatomie et d’acquérir des notions de physiologie dans les leçons manuscrites du célèbre Nantais Grimaud, professeur à Montpellier. M. Pariset rédigea la pétition qui dans le temps sauva la vie à madame de Bonchamp, et sur laquelle fut motivé le rapport du conventionnel Pons (de Verdun) en faveur de cette dame.
Lorsque la nouvelle Ecole de médecine fut créée, M. Pariset concourut pour la place d’élève, et obtint en effet d’y être envoyé par la ville de Nantes. Après un mois de séjour à Paris, il fut nommé aide-bibliothécaire de l’Ecole ; mais cette place étant pour ainsi dire sans émoluments, M. Pariset tomba dans une affreuse misère, qui dura un an. Ce fut alors que Riouffe, depuis mort préfet de la Meurthe, avec qui il était lié d’amitié, lui procura une place d’instituteur dans une maison très riche de la capitale, où il resta pendant huit ans ; il mit ce temps à profit pour étudier à fond le grec et se perfectionner dans la littérature - et la philosophie.
A trente-cinq ans, il reprit l’étude de la médecine et présenta en 1805 une thèse inaugurale sur les hémorrhagies utérines pour obtenir le titre de médecin, converti peu après en celui de docteur. Ce travail annonça un écrivain élégant et disert encore plus qu’un observateur consciencieux et éclairé. Il ne tarda pas à être nommé membre du conseil de salubrité et médecin des épidémies pour l’arrondissement de Sceaux, et en 1814 médecin de Bicêtre, d’abord pour les vieillards pauvres, ensuite pour les aliénés.
En 1818, il fut nommé membre du conseil général des prisons, et en 1819 il fut envoyé par M. Decazes à Cadix pour examiner la fièvre jaune qui y faisait alors de grands ravages ; mais avant son arrivée, l’épidémie avait pour ainsi dire cessé ; il ne put observer que quelques cas et recueillir à ce sujet que des renseignements fournis par des témoins oculaires.
A son retour d’Espagne, M. Pariset ne craignit pas de dégrader sa dignité d’homme et de docteur en sollicitant ou tout au moins en acceptant les fonctions de censeur... Ce titre laissera sur la vie de M. Pariset une indélébile flétrissure, malgré la croix de membre de la Légion d’Honneur qui y fut joint.
Eu 1821, le gouvernement l’envoya dans le département de l’Oise pour observer une épidémie de fièvre militaire, et peu après il se rendit à Barcelone comme membre de la commission chargée de faire des recherches sur la nature de la fièvre jaune qui ravagea pendant cette année la Catalogne. Dès son arrivée, M. Pariset fut atteint d’une terreur panique qui ne lui permit pas de se livrer à de graves et sérieuses observations. La mort du jeune Mazet paraissait justifier la terreur de son professeur et ami (1) qui se crut lui-même sous l’empire de la fièvre épidémique (2). De retour en France, M. Pariset n’en eut pas moins part aux riches récompenses que le gouvernement prodigua à ses délégués à Barcelone. La croix de Charles III d’Espagne, le cordon de Saint-Michel, une pension de deux mille francs, plus une immense réputation furent la part attribuée à M. Pariset. Aussi M. Fabre disait-il en parlant de lui dans sa Némésis médicale : Du cordon sanitaire opulente victime.
Les croix et la pension lui sont restées, mais la réputation a éprouvé un terrible échec par suite des investigations auxquelles se livrèrent les médecins non contagionistes, et surtout le docteur Chervin, qui visitant trois ans plus tard la Péninsule put apprécier à leur valeur les prétendus faits de contagion publiés par la commission, et attaqua dans sa base même l’édifice créé par la brillante imagination de M. Pariset.
Dès son retour, M. Pariset publia en société de MM. Bailly et François un Rapport de la commission et une Histoire médicale de la fièvre jaune. Ce qui dans ces deux ouvrages est relatif à la prétendue contagion de la fièvre jaune est l’œuvre de M. Pariset. Aussi ses deux collègues le laissèrent-ils se défendre comme il le put lorsque cette partie de leur travail fut attaquée au sein de l’Académie de médecine par le rapport de M. Coutanceau, fait le 5 juin 1827, sur les documents fournis par le docteur Chervin. La bonne foi de M. Pariset en matière aussi grave fut surtout fortement inculpée, soit par M. Chervin, soit par M. Audouard, soit par M. Leymerie et divers écrivains. M. Leymerie ne craignit pas dans son Avis au peuple sur les cordons sanitaires de déclarer que les auteurs de l’Histoire médicale de la fièvre jaune avaient composé des rapports et des livres remplis de faux de toute espèce, dans l’intention de seconder des vues diplomatiques, etc., etc. ; il accusa aussi dans le même ouvrage (pag. 52) M. Pariset d’être l’auteur des articles louangeux publiés par le Journal de Barcelone en faveur del senor doctor Pariset, y su respetable comision.
M. Pariset ne s’est jamais disculpé d’aussi graves accusations ; aussi dès lors sa parole a-t-elle perdu toute autorité auprès des hommes consciencieux et honorables.
A peine arrivé de Barcelone, M. Pariset fut créé membre du conseil supérieur de santé, secrétaire perpétuel de la nouvelle Académie de médecine, et après la mort du savant Pinel il le remplaça comme médecin en chef de la Salpétrière.
Pour oublier les chagrins que le rapport de M. Coutanceau sur les documents de M. Chervin lui avaient causés (3) et pour tâcher de se réhabiliter dans l’opinion des médecins et du public, M. Pariset obtint, à force d’instances, en juillet 1828, d’être envoyé en Egypte comme président de la commission médicale, qui égaya si fort la Contemporaine, qui se trouvait alors dans le Delta (4). En créant cette commission M. Martignac dut céder à la volonté d’un auguste personnage qui avait été directement sollicité par M. Pariset. En se rendant en Egypte, M. Pariset avait pour but de vérifier la réalité des conjectures qu’il a formées sur l’origine de la peste, dont il suppose le foyer, sinon unique et primitif, du moins le principal sur les bords du Nil. M. Pariset croit la peste une maladie peu ancienne, et ne la fait remonter qu’à l’époque où l’antique usage des Egyptiens de conserver les cadavres humains et même ceux des animaux en les convertissant en momies a fait place à l’enterrement des corps par suite de l’introduction du christianisme en Egypte, sous les empereurs romains, et qui a fini par détruire l’ancien culte et toutes ses pratiques religieuses et hygiéniques. M. Pariset pense que les cadavres recouverts pendant trois mois par l’inondation du Nil sont ensuite décomposés par la chaleur ardente du soleil, et il croit que le rétablissement de l’ancien usage de conserver les corps en les empreignant d’une forte solution de natron suffirait pour détruire entièrement ce foyer de la peste.
Dans ce voyage en Egypte, M. Pariset se livra à Tripoli en Syrie à des expériences sur les propriétés désinfectantes du chlorure de soude (voir le Constitutionnel du 12 octobre 1829). Ses expériences furent vivement et victorieusement attaquées par le docteur Bourdin, qui réduisit à leur vraie valeur les connaissances chimiques et médicales de M. Pariset et la fidélité de ses nouvelles observations.
A son retour d’Egypte, 18 mai 1830, M. Pariset fut nommé officier de la Légion d’Honneur : ainsi l’on voit que si les différentes missions sanitaires que ce médecin a remplies ont été absolument en pure perte pour la science, elles ne l’ont certes pas été pour lui ; du reste, s’il eût fait son devoir, s’il n’eût pas avancé une foule de faits controuvés, tout le monde applaudirait de grand cœur aux récompenses qu’il a obtenues, parce qu’elles seraient méritées ; mais M. Pariset était assurément l’homme le moins propre à remplir dignement les importantes missions médicales dont le gouvernement le chargeait. Il écrivait lui-même en 1820 : Qu’il n’avait plus l’habitude des recherches anatomiques, qu’il se révoltait outre mesure à l’odeur des cadavres, et que par ce double motif il ne fit point d’autopsie cadavérique à Cadix. Or les médecins qui sont au niveau des progrès de la science savent que l’un des meilleurs moyens de reconnaître le caractère d’une maladie épidémique consiste à interroger les cadavres et à s’assurer des lésions pathologiques. D’un autre côté, M. Pariset ne possède point un esprit assez philosophique pour recueillir des faits sur une question aussi délicate et aussi grave que celle de la contagion ou de la non contagion des maladies épidémiques ; il est trop superficiel, il ne pénètre pas assez profondément dans les questions qu’il traite ; il se contente de les effleurer en les brillantant de son style pur et élégant.
M. Pariset a fait avec succès des cours publics à l’Athénée de Paris et à la Société des bonnes lettres sur la physiologie, l’hygiène, l’aliénation, la philosophie morale et sur l’entendement humain. Il a écrit dans le Moniteur, le Journal de l’Empire et des Débats, le Journal général de France et le Spectateur politique et littéraire ; il a fourni plusieurs articles au Dictionnaire des sciences médicales et à différens journaux de médecine ; il a publié une édition des Rapports de l’homme physique et de l’homme moral de Cabanis, avec des notes, et a joint des notes au Formulaire magistral de M. Cadet de Gassicourt.
Il publia en 1819 un Rapport sur la fièvre jaune de Cadix ; et en 1821 un autre sur celle de Barcelone ; un discours d’inauguration de l’Académie de médecine, et des éloges (in-8°). Il a donné la traduction du grec des premier et troisième livres d’Hippocrate (1811, in-32) ; des Aphorismes, etc. (1817, 2 vol. in-32) ; et de la Lettre d’Hippocrate à Damogète sur Démocrite. Doué d’une imagination très vive, il parle et écrit d’inspiration et avec une grande facilité ; son style est toujours élégant, énergique et correct.
(1) Le jeune Mazet avait précédemment accompagné M. Pariset à Cadix.
(2) M. Audouard, dans sa Relation historique et médicale de la fièvre jaune qui a régné à Barcelone en 1821, déclare que M. Pariset n’a pas traité un seul maLade pendant tout le temps que lui, M. Audouard, a habité Barcelone, c’est-à-dire les trois quarts du temps que M. Pariset y a passé. Dans ce même ouvrage, M. Audouard dit : Ce qui eut été consolant pour ceux qui portent quelque intérêt à M. Pariset, c’eut été de savoir qu’il ne fût jamais malade, quoiqu’il ait gardé la maison pendant quinze jours.
(3) Ce rapport a été le coup |e plus terrible qui ait jamais été porté à M. Pariset ; car ce ne sont point ses opinions que le rapport attaque, mais les faits sur lesquels elles reposent, et dont la fausseté est mise au grand jour. M. Pariset chercha à justifier ses assertions dans un écrit qui a pour titre : Eclairtissements communiqués à l’Académie royale de Médecine, etc. Mais loin d’améliorer sa position, en voulant se défendre, il ne fit que l’aggraver. M. Chervin répliqua à ces éclaircissements, et par cette réplique, demeurée sans réponse, établit que le système de M. Pariset reposait sur des faits sans réalité. Ainsi M. Pariset a publié (p. 23 de ses Observations sur la fièvre jaune) qu’en 1819 Séville eut jusqu’à onze mille malades de l’épidémie, et que les morts s’élevaient à quinze cents à peu près ; et M. le docteur Chervin lui prouve par un rapport officiel (p. 17 de son Examen critique) que le nombre des malades ne fut que de trois cent quarante-six, et celui des morts de deux cent dix-sept. A Barcelone, M. Pariset porte le nombre des morts à vingt-deux mille et plus, tandis que d’après le rapport officiel que lui oppose M. Chervin (loc. cit.), il n’a pas été au-delà de neuf mille sept cent trente. A Tortose cinq mille morts, selon M. Pariset, et cependant leur nombre ne s’élevait qu’à deux mille trois cent cinquante-six d’après les pièces officielles ; même exagération au sujet de la fièvre jaune de Cadix, en 1821, comme le prouve également M. Chervin (p. 125 de son Examen critique). M. Pariset était si persuadé qu’on ne pouvait approcher des malades sans un danger éminent, qu’il fait mourir à Barcelone, dans son Rapport, trois médecins (MM. Raymond Durand, Joachin Barcelo et Ramont Teuler), lesquels ont assuré trois ans après à M. Chervin, qu’ils n’avaient jamais eu la fièvre jaune. (Voyez le rapport au Ministre de l’intérieur, p. 51.)
(4) On peut voir dans la Contemporaine en Egypte une foule de détails curieux sur les travaux de cette commission.
[Biographie des hommes du jour, par Germain Sarrut et Edme Théodore Bourg, en six volumes.- Paris : 1835-1843.- Volume 2, pp. 265-268.]
1848. —
Annuaire administratif et statistique des Vosges / 1850 / Charles Charton
PARISET Etienne.- Membre de l’institut, secrétaire perpétuel de l’académie royale de médecine, naquit, le 5 août 1770, à Grand, que les antiquaires écrivent Gran, autrefois ville gallo-romaine, remarquable principalement par son vaste cirque, où pouvaient se réunir 20 000 spectateurs, aujourd’hui simple village de l’arrondissement de Neufchâteau, recommandable toutefois par sa clouterie, qui occupe plus de 300 ouvriers. Ses parents étaient de pauvres et honnêtes artisans, de qui il reçut l’exemple des plus douces affections et qui vécurent tous deux au-delà de 80 ans. Son père mourut le premier ; sa mère dit alors : Mon vieux compagnon est mort ; je n’ai plus rien à faire ici-bas, et elle le suivit dans la tombe au bout de vingt-quatre heures.
A cinq ans, Pariset fut envoyé de Grand à Nantes sur une voiture de roulier. En route, il lui arriva un accident qui faillit lui être fatal. Il tomba pendant son sommeil et la roue du fourgon lui passa sur les deux pieds. Il souffrit durant trois ans et l’on crut qu’il resterait estropié. Mais Dieu veillait sur lui.
Enfant, Pariset suivit les écoles primaires ; à onze ans, on lui fit apprendre l’état de parfumeur. Il était chez un oncle et une tante qui n’avaient point d’enfants et auxquels il en tenait lieu. Tout en broyant des parfums, le jeune Etienne songeait ou lisait. Un jour, il lui tomba entre les mains les feuillets d’un livre qui n’avait ni commencement ni fin. L’enfant les lut et les relut cent fois. C’était Molière. Tout sentiment s’exaltait chez Pariset. Le goût de la lecture devint de la passion. Un ami, l’élève d’un vénérable pasteur, lui apporta des livres dans la parfumerie. Les premiers qu’il prêta furent Massillon, Pascal, Fénelon, Bossuet. L’enfant studieux dévorait tout. C’était là, disait-il plus tard, l’école du beau style ; si l’on veut écrire, voilà les modèles. Pariset doit occuper, dans vingt ans peut-être, une place non loin de ces grands écrivains.
Cependant la parfumerie fut sacrifiée à l’amour des livres. L’oncle d’Etienne vit bien qu’il fallait le mettre au collège ; il le plaça chez les oratoriens. En moins de deux ans, le petit parfumeur devint le premier des rhétoriciens. Il sut le latin et le grec à l’égal de ses maîtres. Il les surpassa peut-être dans la suite. Il publia une excellente traduction latine des Aphorismes d’Hippocrate et donna une traduction manuscrite de la Retraite des Dix mille de Xénophon.
La réquisition arriva, Pariset partit comme soldat. Il fit la guerre de la Vendée ; triste nécessité qui ne lui apprit qu’à détester les discordes politiques ; il rentra vite dans la vie civile et étudia la médecine. Les écoles de santé manquaient d’élèves, on en demandait partout. Pariset, dans les concours, l’emporta sur tous ses compétiteurs. Il fut envoyé de Nantes à Paris comme élève pensionnaire de l’État.
On sait la disette de 93 et 94. Sans famille, sans appui, Pariset souffrit toutes les angoisses de la faim, toutes les angoisses d’Ugolin, pour répéter son langage animé. Lui et un de ses camarades aussi pauvre que lui, Baudry, l’inventeur des omnibus, en étaient à se demander, en se montrant de l’opium : Est-ce aujourd’hui ? Est-ce demain ? Mais la Providence vint à leur secours. Elle avait pris les traits du jeune Riouf, jeune homme que Pariset chérissait et qui plus tard devait devenir son beau-fils.
- Veux-tu du pain, dit Riouf à Pariset ; je t’ai trouvé une place où tu auras le vivre et le logement, et mille écus d’appointements ? Il s’agit de faire l’éducation de deux enfants, l’espoir d’une noble famille.
- J’en suis incapable, s’écria Pariset ; je volerais leur argent. Donne-moi vingt-quatre heures pour réfléchir.
Dans l’intervalle, Pariset revit son compagnon de misère :
- Sais-tu ce qu’on me propose ?
Et il lui raconta la visite de Riouf.
- Et tu hésites ? lui dit Baudry. Tu ne m’aimes pas alors. Nous n’avons pas de pain, tu vas en avoir pour deux.
Cette raison décida Pariset. Il accepta.
Distrait de la médecine par ses études littéraires, Pariset ne se fit recevoir docteur qu’à 35 ans. Mais littérateur distingué, il devait être bientôt médecin éminent. En 1808, c’est-à-dire à 38 ans, Pariset était déjà membre du conseil de salubrité, médecin de Bicêtre, médecin des épidémies pour l’arrondissement de Sceaux. A cette époque, on le trouve partout où il y a une contagion à combattre, une population à secourir. Les épidémies n’étaient que trop fréquentes alors ; il n’existait pas comme aujourd’hui une administration qui veillât pour les prévenir. En 1814, en traitant les victimes du typhus, Pariset tombe frappé l’un des premiers ; il reste quarante jours entre la vie et la mort. Mais les soins et l’affection d’une soeur parvinrent à le sauver.
Depuis 1814, les actes de courage et de dévouement remplissent la vie de Pariset. En 1819, la fièvre jaune est à Cadix, Pariset est à Cadix avec la fièvre jaune. En 1821, le fléau éclate à Barcelone, Pariset vole à Barcelone avec François, Bailly, et le jeune et infortuné Malet, dont Pariset disait : Il est mort comme je voudrais mourir.
En 1828, la peste ravage l’Égypte, Pariset part pour l’Égypte avec une cohorte de jeunes médecins qu’on trouve toujours prêts à affronter les périls. De retour à peine, il veut repartir, parce que, dit-il, la peste est endémique au Caire et que c’est là qu’il faut l’attaquer. Qu’on me dise, a-t-il répété cent fois, tu vas aller en Égypte ; tu rendras ce pays aussi salubre que l’Europe ; tu y mourras ; on n’en parlera jamais ; et je pars et je suis le plus heureux des hommes. Ce n’étaient pas là de vaines paroles. Pour Pariset, pas de bonheur égal au bonheur de servir les hommes, ou, comme il le disait lui-même, au divin plaisir de faire le bien. La fille de l’illustre Larrey, en apprenant la mort de Pariset, s’écria : Si l’on eût fait une quête de sang et de vie parmi ceux qu’il a servis ou qui l’ont aimé, nous le posséderions encore.
D’Égypte, Pariset rapporta cet ouvrage, petit de volume, mais gros de faits et d’idées, qu’il intitula modestement Mémoire sur les causes de la peste. Ce petit livre est tout simplement un chef-d’oeuvre. Jusqu’à son heure suprême, Pariset a pensé que cet écrit, inattaquable et inattaqué, contenait le dernier mot sur la peste. La postérité jugera, disait-il ; j’ai la foi que cette oeuvre me vaudra les bénédictions des hommes. En prononçant ces paroles, Pariset ne cédait qu’à son fanatisme de l’amour de l’humanité.
L’illustre écrivain ne manque pas d’autres titres de gloire auprès de la postérité ; on peut dire de lui qu’il a été le Fontenelle de l’académie royale de médecine.
Pariset fut atteint à Luciennes, son séjour de prédilection, de la maladie à laquelle il a succombé. Dans cette résidence, il travaillait trop ardemment peut-être, tantôt à l’éloge de Boyer, notre grand chirurgien, tantôt à l’histoire de l’entendement, qu’il croyait avoir le temps de finir. Il faisait en outre une ode sur le sujet du prix que l’académie française avait mis au concours : la découverte de la vapeur. Tout à coup un mal réel éclate chez lui ; c’est une, puis plusieurs hémorragies de l’intestin. La faiblesse devient extrême. On le ramène à Paris. Là, il semble reprendre la vie, en retrouvant les objets les plus chers de son affection. Mais ce mieux est trompeur ; d’autres accidents surviennent ; ils annoncent une mort prochaine, et Pariset ne tarde pas à rendre le dernier soupir. Ses amis entouraient son lit. L’un d’eux, qui jusqu’à ce fatal moment, avait trop retenu ses larmes : Maintenant il ne nous reste qu’à le pleurer, s’écrie-t-il. Pariset l’a entendu. Ses yeux mourants, qui déjà depuis quelque temps étaient fixes et immobiles, ses yeux se dirigent vers la voix, et dans un dernier regard, ils disent adieu à chacun des assistants.
M. Pariset est mort le 6 juillet 1847, à l’âge de 77 ans. Ses obsèques ont eu lieu à Paris le 8 du même mois, au milieu d’un grand concours d’amis pressés pour rendre les derniers devoirs à un homme de bien, à un homme dont les sciences et les lettres garderont un éternel souvenir. Parmi les personnes qui ont suivi le convoi, on remarquait MM. Arago et Flourens, secrétaires perpétuels de l’académie des sciences ; le président de l’académie des sciences, M. Brongniart ; le président de l’Académie de médecine, M. Bégin ; le bureau de cette académie ; une députation des deux académies et du conseil de salubrité ; MM. Thénard, Chevreul, Roux ; une députation des élèves des hôpitaux ; un grand nombre de médecins, d’hommes de lettres et de personnes appartenant à toutes les classes de la société. Le corps de M. Pariset a été transporté de l’église Saint-Médard au cimetière du Père Lachaise, où il a été déposé dans un caveau provisoire, en attendant le monument qui doit être élevé à une mémoire si honorée. [p. 87-90].
1879 —
Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim
PARISET Étienne.- Médecin, né à Grand, près de Neufchâteau (1770-1847).
1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
PARISET.- Docteur, né à Grand en 1770, de pauvres cultivateurs, élevé à Nantes, chez l’un de ses oncles, il fit quelques études élémentaires, puis fut employé au commerce.
En 1792, il s’enrôla dans l’armée et servit aux ambulances, où il prit le goût de la chirurgie et de la médecine. A la réorganisation des écoles, ce goût prononcé le fit envoyer par la ville de Nantes à Paris, pour y suivre les cours de la Faculté. Il eut d’abord à lutter contre toute sorte de privations ; mais une place de précepteur, dans une riche famille, le tira de la misère, et lui permit de continuer ses études ; il fut reçu au doctorat en 1805.
Le docteur Pariset, mû par un noble sentiment d’humanité, s’attacha surtout à l’étude des maladies contagieuses ; il accepta une mission, en 1819, pour Cadix, et en 1821, pour Barcelone, où régnait la peste, et où il faillit mourir, victime de son dévouement. De retour à Paris, il devint membre de l’Académie de médecine, dont il fut plus tard le secrétaire perpétuel. En 1828, il partit encore pour l’Égypte, où régnait le fléau de la peste, et y donna au gouvernement les conseils les plus efficaces.
Plein des idées de la plus charitable bienfaisance, il y publia une histoire médicale des maladies contagieuses, et un grand nombre d’articles dans les journaux de médecine. Il a donné aussi une traduction d’Hippocrate ; mais son principal titre littéraire est dans les éloges des membres de son académie. Sa manière, a dit le célèbre critique Sainte-Beuve, est large, facile, heureuse ; son talent, comme son coeur, a de l’effusion. Chez lui, en effet, les qualités du coeur surpassaient toutes les autres ; il répétait souvent ces belles paroles : Il n’y a de bon au monde que la bonté. Profondément religieux, il joignit la vertu à la science. Il est mort en 1847.
1889 —
Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier
PARISET (Etienne).- Un des rares membres de l’Institut appartenant aux Vosges, il est né à Grand le 5 août 1778, d’une famille de petits cultivateurs. Il fut envoyé chez un oncle, parfumeur à Nantes et y commença, dans les loisirs du commerce, de sérieuses études.
Soldat en 1792, il combattit à l’armée du Nord et en Vendée. Élève de l’École de médecine de Paris, après avoir terminé son service militaire, il travailla avec une ténacité peu commune et fut enfin reçu en 1805, docteur en médecine. Aliéniste estimé, il fut médecin de Bicêtre ; il étudia aussi les maladies contagieuses, et alla observer sur place la fièvre jaune à Cadix et à Barcelone en 1819 et en 1821. Membre de l’Académie de médecine, il en fut élu secrétaire perpétuel et devint membre du conseil supérieur de santé. Médecin en chef de l’hospice de la Salpetrière, il partit en Égypte en 1828 pour combattre la peste.
Officier de la Légion d’honneur, Pariset fut élu membre libre de l’Institut (Académie des Sciences), le 7 novembre 1842.
Pariset est mort à Paris le 3 juillet 1847.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
PARISET (Etienne), médecin aliéniste, secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine
Grand, 5 août 1778 – Paris, 3 juillet 1847
Né au sein d’une famille de petits cultivateurs, il est envoyé à Nantes pour y seconder son oncle parfumeur. Il fait des études intermittentes. En 1792, il part à l’armée du Nord puis, l’année suivante, sert dans l’armée de l’Ouest. A son retour, il réussit le concours d’entrée à l’école de médecine de Paris. Parallèlement à ses études, il occupe pour subsister une place de précepteur durant huit ans.
Reçu docteur en médecine en 1805, il s’attache d’abord à l’étude et à la prévention des maladies contagieuses. Il est envoyé à Cadix en 1819 puis à Barcelone en 1821 pour étudier la fièvre jaune, et en 1828 en Egypte lors de l’épidémie de peste. S’étant spécialisé dans les maladies mentales, il est nommé médecin des épidémies à Sceaux et médecin aliéniste à l’hôpital de Bicêtre. Il devient médecin-chef de la Salpétrière à la mort de Pinel.
Nommé membre du Conseil supérieur de santé et de l’Académie de médecine, il est élu secrétaire perpétuel de cette compagnie.
Le 7 novembre 1842, il est élu membre libre de l’Institut au titre de l’Académie des sciences.
Il publie Mémoire sur les causes de la peste et sur les moyens de la détruire, à son retour d’Egypte. Il publie également les éloges funèbres des membres de l’Académie de médecine comme Berthollet, Cuvier, Desgenettes et Parrey.
Il était officier de la Légion d’honneur.
Bibl. : Vuillemin.– Biographie vosgienne, p. 222-226.
Bouvier.– Biographie générale vosgienne, p. 485.
[Albert Ronsin]