Jean Baptiste SALME

[ Aillianville (52) , 18/11/ 1766 – Tarragone (Espagne) , 28/05/ 1811 ]

général

Biographie vosgienne

1837 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1837 / Charles Charton

SALME Jean Baptiste.- Il naquit le 18 novembre 1766, à Allianville (Meuse) près Neufchâteau. Issu d’une famille de cultivateurs, il ne se sentit point de dispositions pour l’utile profession de ses parents et s’engagea en 1784, après avoir fait de bonnes études, dans le régiment des dragons de Noailles, où il resta jusqu’en 1791, époque à laquelle son père, voulant le faire renoncer à la carrière militaire, le délia du service.

Mais ce fut pour peu de temps ; les quatorze bataillons de volontaires vosgiens ne tardèrent pas à se former, et le jeune Salme s’enrôla dans le premier de ces bataillons qui s’organisa à Neufchâteau et où il reçut le grade d’adjudant sous-officier. Il fut un des soldats de la révolution qui, par leur courage et leurs talents, se créèrent le plus rapide avancement. Pour lui chaque promotion fut le prix d’un service signalé, d’une action d’éclat. Devenu général de brigade, il commanda avec distinction, en 1794, l’avant-garde de l’armée du nord, fut blessé grièvement sous Malines où il fit des prodiges de valeur, s’empara de Graves, et fut chargé par le général Pichegru du gouvernement de la capitale de la Hollande, pendant que celui-ci achevait la conquête de ce pays.

Envoyé ensuite en Belgique avec quelques régiments de cavalerie, pour apaiser les troubles qui s’y étaient manifestés, il y rétablit la tranquillité et fut rappelé par le directoire pour s’être mis en opposition avec la municipalité de Bruxelles ; il rejoignit l’armée de Sambre-et-Meuse dont le général en chef Roche le plaça provisoirement à la tète d’une brigade de dragons, et se signala de nouveau par de brillants faits d’armes. Servant d’intermédiaire entre Pichegru et Hoche, il parvint, quelque temps avant la journée du 18 fructidor, étant à Paris, à rapprocher ces deux généraux, mais ce raccommodement qu’il crut sincère n’était qu’apparent, ainsi que l’événement le prouva. Salme resta avec Hoche, l’accompagna à Cologne et prit le commandement des pays conquis sur la rive gauche du Rhin. Son énergique protestation contre la violation de la constitution de l’an 3 par le directoire amena sa destitution.

En 1799, on le vit se rendre en Italie où il offrit, comme volontaire, ses services à Moreau. Ce général lui donna le commandement d’une brigade. Chargé de défendre la retraite à la bataille de la Trébia *, il fut blessé, fait prisonnier, et conduit en Hongrie. Après 18 mois de captivité, il rentra en France et revint à Neufchâteau où il avait fixé sa résidence.

Le général Salme fit partie, en 1802, de l’expédition de Saint-Domingue sous les ordres du général Leclerc, battit complètement le général noir Christophe, et fut mis à la retraite à son retour en France. Il passa quelques années dans ses foyers et dans une médiocre aisance. La guerre ne l’avait point enrichi, mais elle lui avait fourni de nombreuses occasions de montrer son patriotisme, sa bravoure et son noble caractère. Aussi était-il environné de l’estime et de la considération de ses concitoyens. En 1809, pendant la campagne d’Autriche et lors de l’attaque inopinée des Anglais contre Flessingue, le général Salme fut rappelé à l’activité ; il commanda la tête de Flandre devant Anvers, il y resta jusqu’en avril 1810 et de-là fut envoyé à l’armée de Catalogne sous les ordres du maréchal Suchet. Là, il ajouta de nouveaux exploits à ceux qui l’illustraient déjà ; là aussi il trouva une mort glorieuse à l’attaque du fort Olivo, au siège de Tarragone, en mai 1811. Cette mort est ainsi racontée par le maréchal Suchet dans ses mémoires :

Dans la nuit du 27 au 28 mai, la batterie de brèche étant achevée, il fallait y conduite les quatre pièces de 24 destinées à l’armer. On ne pouvait se servir de chevaux ; les soldats s’attelèrent eux-mêmes avec empressement et les traînèrent. Entendus et presque vus de l’ennemi à une si petite distance, ils furent écrasés de mitraille, mais leur ardeur était à l’épreuve ; ceux qui tombaient étaient aussitôt remplacés. Il régnait dans le camp une impatience générale de voir notre artillerie répondre enfin au feu de la place qui nous accablait depuis si longtemps. Les assiégés saisirent ce moment difficile pour faire une vigoureuse sortie. Le général Salme, qui veillait sans relâche au succès de l’opération, avait ses réserves toutes prêtes : il accourut aussitôt et il criait : Brave septième ! en avant ! lorsqu’un biscayen le frappa à la tête et le renversa mort. Nos soldats furieux de la perte de leur général se précipitèrent sur les Espagnols, les culbutèrent et les poursuivirent jusque sous les murs du fort.

Toute l’armée pleura le général Salme ; le maréchal fit enterrer son corps sous une portion d’aqueduc romain, voisine du camp de sa brigade ; son coeur embaumé fut déposé sous le tombeau des Scipions, sur la route de Barcelone, et un décret impérial ordonna que le fort Olivo prendraient le nom de fort Salme.

Au moment même où il succombait, le grade de général de division et le titre de baron de l’empire lui étaient conférés par l’empereur ; la croix de la légion d’honneur, qu’il n’avait pas encore obtenue, quoique depuis longtemps il s’en fût rendu digne, lui était aussi décernée, mais elle ne servit qu’à orner son tombeau. Le général Salme avait encouru la disgrâce de Napoléon, qui avait refusé de l’employer pendant plusieurs années ; il était cependant plein d’honneur, brave autant que modeste, et possédait des talents militaires que bien des généraux eussent enviés ; mais il passait pour être trop partisan des principes républicains et c’est sans doute ce dernier motif qui avait indisposé l’empereur ; Napoléon lui rendit enfin la justice qu’il méritait ; il pleura sa mort et répandit ses bienfaits sur sa famille.

Le général Salme fut lié de la plus étroite amitié avec les premières illustrations de l’empire. Des lettres qu’il reçut de Bernadotte, de Bessières, de Mac-Donald et d’autres grands capitaines, et qui étaient écrites dans le style le plus familier, attestent cette intimité. Quoique né dans la Meuse, il appartenait aux Vosges par son incorporation dans le premier bataillon des volontaires vosgiens, comme par sa résidence à Neufchâteau qu’il avait adopté pour sa patrie. Le département doit le mettre au rang des hommes qui l’ont le plus honoré.



* La Trébia, rivière de Lombardie qui vit ses rives ensanglantées par une des batailles les plus meurtrières qui se soient livrées depuis 1792 ; elle eut lieu en 1799.

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

SALME Jean-Baptiste.- Général, né à Allianville, près de Neufchâteau [Note], le 18 novembre 1766, s’engagea en 1784 dans le régiment de dragons de Noailles, dont il fit partie jusqu’en 1791 ; en 1792, lors de la formation des bataillons de volontaires vosgiens, il s’enrôla dans le premier, organisé à Neufchâteau, et y reçut le grade d’adjudant-sous-officier.

Ses connaissances militaires, son sang-froid, son intrépidité, lui procurèrent un avancement rapide. Général de brigade en 1794, il fut chargé du commandement de l’avant-garde à l’armée du Nord, et reçut, sous Malines, une blessure très grave. Il passa quelque temps après à l’armée de Sambre-et-Meuse, où il se distingua de nouveau par de nombreuses actions d’éclat. Sa protestation contre la violation de la Constitution de l’an III le fit destituer par le Directoire.

En 1799, il offrit, comme volontaire, ses services au général Moreau, commandant un corps d’armée en Italie, et celui-ci s’empressa de lui confier le commandement d’une brigade. Chargé de soutenir la retraite à la sanglante bataille de la Trébia, il fut blessé, fait prisonnier, et ne recouvra la liberté qu’après 18 mois de captivité.

En 1802, il fit partie de l’expédition de Saint-Domingue ; mais les succès qu’il obtint dans cette campagne, n’empêchèrent pas sa mise à la retraite à sa rentrée en France.

Le général Salme avait été signalé à Napoléon comme partisan très décidé des principes républicains ; c’est sans doute à cette cause qu’il faut attribuer sa mise en non activité. Quoi qu’il en soit, il fut rappelé en 1809, prit part à toutes les opérations de l’armée de Catalogne et reçut une blessure mortelle à l’attaque du fort Olivo, au siége de Tarragone, en 1811.

Au moment où il mourait pour son pays, Napoléon le nommait général de division, le créait baron de l’empire, et lui envoyait cette étoile de l’honneur qu’il avait tant de fois méritée et qui ne devait pas briller sur sa poitrine ! L’empereur, qui venait enfin de lui rendre justice, le regretta vivement, et ordonna, par un décret, que le fort Olivo prendrait le nom de fort Salme.

 

Note : Allianville appartient au département de la Meuse, mais le général Salme ne doit pas moins compter au nombre des illustrations du département des Vosges. C’est à Neufchâteau qu’il avait fixé son domicile, et il est un de ceux qui ont le plus fait pour immortaliser nos bataillons vosgiens.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

SALME (Jean-Baptiste).- Le général Salme est né dans la Meuse, à Allianville, village à quelques kilomètres de Neufchâteau, le 18 novembre 1766.

Soldat au régiment de dragons de Noailles en 1784, il ne quitta le service qu’en 1791 et se retira à Neufchâteau. En août 1791 il s’engagea dans le 1er bataillon de volontaires des Vosges et fut nommé adjudant-sous-officier, puis il franchit rapidement les grades subalternes et devint capitaine des canonniers du bataillon, puis lieutenant-colonel.

Général de brigade le 30 mars 1794, il fut blessé dans la campagne de Belgique, se distingua à l’armé de Sambre-et-Meuse, et fut destitué en 1795 à cause de ses attaques contre la Constitution de l’an III. Il reprit du service en 1799 sous les ordres du général Moreau, commanda une brigade en Italie, tomba grièvement blessé sur le champ de bataille de la Trebbia et fut fait prisonnier.

En 1802, il eut un commandement dans l’expédition de Saint-Domingue, fut un des rares généraux républicains survivants de cette funeste campagne, et dès son retour fut mis en non-activité, puis à la retraite. Rappelé au service en 1809, il reçut un commandement en Belgique, puis en avril 1810 passa en Espagne et concourut au siège de Tarragone ; il y fut tué le 28 mai 1811, à l’assaut du fort Olivo.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

SALME (Jean-Baptiste dit François), général de brigade
Aillanville (Haute-Marne), 18 novembre 1766 – Tarragone (Espagne), 28 mai 1811


Issu d’une famille de cultivateurs, Jean-Baptiste Salme reçoit son instruction d’un de ses oncles, curé de Morancourt. Le 16 avril 1784, il s’engage au régiment de Noailles-Dragons et, de retour à la vie civile le 12 janvier 1791, s’installe à Neufchâteau. En août de la même année, il s’engage au premier bataillon de volontaires des Vosges et y est élu adjudant sous-officier.

Il sert dans l’armée du Rhin de 1792 à 1794. Sous-lieutenant le 12 avril 1792 lors du siège de Longwy, il est nommé directement le lieutenant-colonel commandant le 15e bataillon des Vosges le 17 octobre 1793 et, le 28 octobre, chef de la 3ème brigade. Il est promu général à l’Armée du Nord le 30 mars 1794. Grièvement blessé au siège de Malines, il poursuit néanmoins toutes les campagnes comme commandant de la 4ème division, en Hollande où il reçoit la capitulation d’Utrecht, puis commande Amsterdam. Il est chargé de rétablir le calme en Belgique en juin 1796, mais est destitué, suite à des altercations avec les administrateurs de Bruxelles, et envoyé à l’armée de Sambre et Meuse où il commande les pays de la rive gauche du Rhin. Il est ensuite à la tête d’une brigade de dragons en avril 1797.

Destitué une deuxième fois pour ses critiques de la constitution de l’an III, il est, après le coup d’état du 18 fructidor (13 septembre 1797), à la demande de Hoche, réintégré dans son grade. Affecté trop tard à l’armée d’Égypte le 9 novembre 1798, il rejoint donc l’armée de Rome, commande une brigade légère en avril 1799, est gravement blessé à Castel San Giovanni puis à La Trebbia le 19 juin et fait prisonnier. Rentré en France en 1801, il est désigné pour l’expédition de Saint-Domingue, et remporte deux victoires, est nommé à titre provisoire général de division mais n’est pas confirmé car il critique le rétablissement de l’esclavage. Retraité en 1802, il s’installe à Neufchâteau et s’associe avec un fabricant d’amidon. Il est sous surveillance policière pendant le procès du général Moreau, sous lequel il avait servi.

Rappelé à l’activité d’abord comme commandant d’une brigade de gardes nationales en Flandre en 1809, il est ensuite affecté à l’armée de Catalogne en avril 1810 ; avec sa brigade, il élève des défenses lors du siège de Tarragone et y est tué d’un boulet à la tête dans la nuit du 27 au 28 mai 1811. Il est enterré sous une portion de l’aqueduc romain.

Il était chevalier de la Légion d’honneur depuis le 8 mai 1811. Son nom est inscrit sur l’Arc de Triomphe de l’Étoile.


Bibl. : Bouvier.- Biographie générale vosgienne, pages 509-510.
Six.- Dictionnaire des généraux…, pages 420-421.
Vuillemin.- Biographie vosgienne, pages 263-265.


[ Albert Ronsin ]

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