Victor Nicolas BOUTON

[ Epinal (88), 06/12/1819 – , ]

peintre, paléographe

Biographie vosgienne

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

BOUTON (Victor Nicolas).- Né le 6 décembre 1819 à Épinal, où il a fait toutes ses études, c’est un publiciste, un écrivain paléographe et héraldique et un poète.

Il a publié, surtout en 1848, de nombreuses brochures politiques (c’est lui qui aurait été le type du légendaire Ratapoil) et poétiques ; une étude sur l’Ancienne chevalerie de Lorraine, en 1861 ; Les Vosges, Plombières, Bussang, Contrexéville, etc., en 1879 ; un Traité du Blason qui est devenu classique, et un nombre considérable d’autres travaux.

Il est commandeur de l’ordre de François 1er de Naples.

1897 — Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve

BOUTON Victor Nicolas.- Né à Épinal le 6 décembre 1819.

Peintre héraldique et paléographe français.

Membre des sociétés héraldiques de Vienne, de Berlin, de Rome, de Naples, de Suisse et de Hollande.

Commandeur de l’ordre de François 1er de Naples.



Élève du collège d’Épinal, M. Bouton vint à Paris pour apprendre le métier de libraire en ce qu’il a de plus élevé, la fabrication des livres de luxe et la science bibliographique. Artiste à ses heures de loisir, il s’occupa de paléographie, des manuscrits sur vélin rehaussé d’or bruni en relief et d’enluminures. Ses premières œuvres remontent à 1843. Dans l’Almanach de la France démocratique, il lutta, pendant trois ans, pour l’émancipation du travailleur par le suffrage universel et direct. Il fit pendant un an, avec Flotte et le père Simon, la Table à Paris, pour fonder une solidarité entre les cuisiniers et poser les bases de leur association, la première qui fut établie, en les affranchissant de l’exploitation des bureaux de placement. A la Révolution de Février, il se jeta dans le courant ; il redevint libraire et pamphlétaire, par la publication des Profils révolutionnaires qui lui valurent deux ou trois procès, et de plusieurs Almanachs dont le succès fut fort étendu. Mais à force de crier : Debout ! Souveraineté du peuple, debout !, M. Bouton se doutait-il qu’il travaillait à la souveraineté personnelle, et que bientôt l’Empire en profiterait ? Non, sans doute. Mais s’attendait-il à être récompensé par l’Empire des services qu’il avait rendus à la cause plébiscitaire ? Assurément, pas davantage. Il en fut cependant récompensé par cinq années de prison. Le plus étonnant pour l’homme qui avait si mal profité des marrons tirés du feu, fut d’être considéré et désigné ensuite par ceux qui voulurent se débarrasser de lui comme le type du légendaire Ratapoil.

Cependant, M. Delangle, ultérieurement, l’appela au ministère de l’intérieur et lui confia des missions secrètes. Quand, plus tard (mars 1871), M. V. Bouton se présenta aux élections municipales, dans le IIe arrondissement, il nous dévoila dans son affiche, que l’une de ces missions a eu pour résultat la première amnistie et de rouvrir, malgré la préfecture de police, la patrie aux exilés. Mais son zèle, dans une administration où la consigne est de dormir, se heurta à l’hostilité des chefs de division. Il se retira pour revenir a son culte de la paléographie et de la science héraldique. Il publia d’abord un petit volume sur l’Ancienne chevalerie de Lorraine, puis le Héraut d’Armes, créé et abandonné par Alfred de Bizemont. Il y fit entrer des documents précieux pour la science, héraldique : ce recueil, composé de 2 vol. in-8° jésus à deux colonnes de 1 100 pages, renferme 1 000 blasons gravés, plus de 3 000 descriptions d’armoiries et au moins 10 000 noms et surnoms. Il contient des ouvrages entiers, dont beaucoup sont rares, et quelques-uns inédits. Il faut y distinguer la Recherche nobiliaire de Normandie, par Montfaut, la Cour des Comptes, le Périgord, la Lorraine, la Champagne, les Fermiergénéraux, les Capitouls de Toulouse, les Villes de France, la Ville de Paris. Mais ce qui a surtout mis en relief ses connaissances héraldiques, c’est un Traité du Blason, ou Traité des Armoiries, publié d’abord chez Garnier frères, et ensuite chez Dentu. L’édition Dentu contient des modèles pour les gens du monde, les artistes et les travailleurs industriels.

M. Bouton a pu établir des manuscrits gothiques, des livres d’heures et de mariages princiers, à la manière de Jarry, et des reproductions de livres rares ou de manuscrits. A l’Exposition de 1867, il a envoyé un Armorial des Tournois, la Joute de Tournay en 1331, les Rois de l’épinette, les Joutes de Gand et les Partisans de Bourgogne, en 1421 ; à celle de 1878, a figuré le Livre des prières en hébreu de la baronne de R.... qui a été payé 25 000 fr., ainsi qu’un feuillet de la Haggada dont les 60 pages in-folio, sur peau de vélin, écrites et peintes en or et en couleurs, ont déconcerté tous les rabbins du monde, mais n’ont été payées que 32 000 francs : le prix convenu était, dit-on, de 60 000 francs. Le Livre d’heures en gothique de la comtesse de Paris lui a été payé 22 000 francs.

En 1871-72, M. Bouton eut l’occasion de revoir à Bruxelles l’Œuvre du héraut Gelre qui est un des plus précieux manuscrits qui existent et il obtint la permission de le reproduire en fac-similé. Cette reproduction lui coûta trois années d’un travail constant pour le premier exemplaire : cet exemplaire sur peau de vélin lui servit de modèle pour colorier le tirage qui a été limité à 60 ; les planches ont ensuite été effacées. L’œuvre de Gelre, qui est le héraut d’armes des bords du Rhin de 1334 à 1370, est un volume de 200 planches qui comprend l’Armorial des princes chrétiens, ecclésiastiques et séculiers, suivis de leurs feudataires, selon la constitution politique de l’Europe, et particulièrement de l’Empire d’Allemagne, conformément à l’édit de 1356, appelé la Bulle d’Or.

Un des points les plus intéressants du procès de Jeanne d’Arc était de connaître le sceau avec lequel l’infâme Cauchon avait scellé le procès-verbal de sa condamnation dont l’original est à la bibliothèque de la Chambre des Députés à Paris. Mais de ce sceau il n’en reste à peine la grosseur d’un centimètre, et nulle part on n’en avait trouvé un autre exemplaire. Avec une perspicacité sans égale, V. Bouton examina bien le fragment connu et se mit à fouiller les archives ; il découvrit bientôt ce sceau presque entier au bas d’un acte que Cauchon avait scellé comme recteur de l’Université de Paris, c’est-à-dire comme fonctionnaire du parti anglais, et le publia.

Son singulier amour des découvertes ne se ralentit pas malgré son âge. Son habileté à lire les mots, les noms que personne ne peut déchiffrer, l’ont amené à rechercher, à propos d’un Armorial des chasse, s’il n’y avait pas sur la montagne de Reims, un rendez-vous de chasse mérovingien, et il a reconnu que Germaniacum était Germaine et que Vernum était un château dans les bois de Vernay, aujourd’hui St-Imoges. Cette révélation d’un Palatiun, sur la montagne de Reims, et des chemins qui y conduisaient, est une véritable découverte scientifique. C’est une question qui depuis cent cinquante ans surtout avait appelé l’attention des archéologues, des numismates et des historiens qui tous ont déclaré que la Montagne de Reims était une grande forêt "inaccessible" à l’époque romaine ou mérovingienne ; ni les sociétés savantes de la Champagne ni la Commission de la Carte des Gaules n’ont pu résoudre ce problème que Napoléon III avait posé lui-même à M. Augustin Thierry, à propos de la marche d’Attila. Le complément de cette découverte est une histoire de la Montagne d’Épernay.

En fait de recherches historiques, il a en outre résolu cette question : Qu’est-ce que le Roy Modas ?

Enfin, mettant cette science de recherches à la disposition d’une pauvre commune, il a démontré dans l’affaire de la Pelouse de Chantilly, ou du duc d’Aumale contre la commune de Gouvieux, comment les Condé ont dépouillé cette commune, et les tribunaux, en dépouillant Gouvieux de sa pelouse, n’ont jugé qu’en fait au mépris d’un droit scientifiquement et historiquement démontré. Nous ne parlerons pas de divers pseudonymes sous lesquels il a publié quelques pamphlets et collaboré à quelques journaux parisiens, mais sous le nom de René Didier, il a fait la Fronde qui fut supprimée, et il donna le fouet au monde des Théâtres pendant deux ans.

M. V. Bouton est un poète inconnu - ils ne sont pas rares - et un poète qui n’a pas voulu être connu, ce qui est peut-être unique. Il a fait imprimer un volume de poésies : Nid d’Alcyon, où l’on trouve nombre de pièces pleines de grâce, de tendresse et de force. Ce livre n’a pas été mis dans le commerce. Les exemplaires en sont très rares ; ils ont tous été offerts avec des dédicaces.


1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

BOUTON (Victor), militant républicain, policier, peintre héraldiste
(Épinal, 6 décembre 1819 - ? )

Élève du collège d’Épinal, il vient à Paris chez Pagnerre pour apprendre le métier de libraire et la fabrication des livres de luxe. Artiste à ses heures de loisir, il s’occupe de paléographie et enlumine des manuscrits. Sous la Monarchie de Juillet, il lutte, dans l’Almanach de la France démocratique, en faveur du suffrage universel et contribue à la création de divers organismes associatifs.

Se jetant à corps perdu dans la bataille républicaine et sociale, il s’affilie aux premières sociétés secrètes communistes en compagnie de ses amis vosgiens Ballon et Mathieu. Désillusionné, il entre dans la police et si l’on en croit la Commune de Paris, journal des clubs, il commence vers 1848 à dénoncer ses camarades de conspiration, ce qui ne l’empêche pas la même année de publier des Profils révolutionnaires ainsi que plusieurs almanachs.

Condamné après le coup d’état de 1851 à cinq années de prison en raison de son passé républicain, il reprend, une fois libéré, ses activités policières et ses travaux d’érudition et donne en 1861 un opuscule sur l’Ancienne chevalerie lorraine ; ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir ce démocrate s’intéresser d’aussi près à la noblesse de sa province.

Il publie ensuite avec Alfred de Bizemont le Héraut d’armes ; mais son oeuvre majeure reste le Traité du Blason ou des Armoiries qui connut plusieurs éditions. Par ailleurs, il poursuit ses travaux d’enluminure. Il reproduit des livres rares ou des manuscrits, orne des livres d’heures ou de mariages princiers. Ces travaux lui valent des récompenses aux Expositions Universelles de 1867 et de 1878. En 1872, il commence la reproduction, qui lui prendra trois ans de travail, de l’Oeuvre du héraut Gelre, précieux manuscrit, conservé à Bruxelles, où figurent les blasons des princes ecclésiastiques et séculiers de l’Empire d’ Allemagne au XVème siècle.

Il collabore en outre à quelques journaux parisiens dont La Fronde et Le Fouet et écrit diverses poésies qui n’eurent qu’une audience limitée. En 1879, il publie encore Les Vosges. Plombières. Bussang. Contrexéville. Sa reproduction de la Haggada pour le compte d’un richissime israélite lui est payée 32000 francs-or et un livre d’heures pour la comtesse de Paris lui en rapporte 22000. Il fait aussi de la critique théâtrale et meurt en laissant la réputation d’un chartiste consommé.

Son frère, Jules-César Bouton, né à Épinal en 1825, graveur sur bois, travailla à l’Histoire des peintres de Charles Blanc et réalisa la gravure du frontispice du Figaro.


Bibl. : Jouve.- Dictionnaire biographique des Vosges, 1897.
Bossu (Jean).- Spinaliens d’autrefois, chronique de La Liberté de l’Est.
Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, publié sous la dir. de Jean Maitron, Paris : les Éditions ouvrières (30 vol. parus de 1964 à 1989), tome I, p. 288.


[Pierre Heili].

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