2010,0108 —
Vosges Matin
Un grand serviteur de la République

Talentueux, ombrageux, une personnalité forte capable de résister, indépendant, charmant, colérique... Les qualificatifs décrivant Philippe Séguin sont nombreux. Portrait d’un homme qui aura marqué la France.
Philippe Séguin, mort dans la nuit de mercredi à jeudi à 66 ans, était une des grandes figures de la vie politique française, gaulliste ombrageux, républicain talentueux qui présidait depuis 2004 la Cour des Comptes. Natif de Tunis, pupille de la Nation qui se présentait en
Petit Chose de la République, Philippe Séguin était un pur produit de la méritocratie républicaine, via l’ENA.
Père de quatre enfants issus de deux mariages, il était aussi un passionné de football, omniprésent dans les stades, pas forcément à la tribune d’honneur. Il fut ministre, député des Vosges, et maire d’Epinal de 1983 à 1997. En 1978, cet inconnu venu du
sud comme on pouvait le lire à l’époque dans les journaux est élu député RPR de la 1ère circonscription des Vosges après le retrait du député d’Epinal Marcel Hoffer. Le candidat anonyme devenu député va vite conquérir le coeur des Vosgiens.
Bourreau de travail, celui que ses adversaires avaient sous-estimé gagne la mairie d’Epinal au premier tour en 1983. Philippe Séguin n’a jamais vraiment
habité dans les Vosges, mais il avait beaucoup d’affection pour le département. Le député-maire d’Epinal a bien un temps occupé un appartement, mais la majorité du temps, il résidait à l’hôtel. De très nombreux Vosgiens lui vouent encore aujourd’hui une très grande admiration et sont reconnaissants envers l’homme qui a transformé la ville d’Epinal.
Président du RPR, président de l’Assemblée nationale, il déployait comme premier président de cette cour tous ses dons de rude censeur de dérives. Une
personnalité forte, capable de résister, de dire non, selon Jean-Louis Debré, autre gaulliste. Philippe Séguin avait ainsi été, contre la majorité de son camp, à la pointe du combat contre le traité de Maastricht en 1992. Il se plaisait à rappeler que d’Artagnan était mort devant cette ville...
Le plus intelligent, le plus percutant
Mais aussi
un rêve politique fracassé sur les réalités politiciennes, un caractère
compliqué, rendant difficile l’action, résumait un proche.
Il passe du plus charmant au plus odieux, écrivait Nicolas Sarkozy de ce grand républicain, célèbre par ses emportements. Une des plus retentissantes colères avait entraîné sa démission de la présidence du RPR en 1999, en pleine campagne européenne. Nicolas Sarkozy et Alain Madelin avaient dû achever une campagne au résultat calamiteux.
Un orateur capable de retourner les salles
Homme de haute stature, Séguin passait au fil du stress et des régimes de la taille L à XXL. Il revenait tout juste, selon une source à Matignon, d’une cure d’amaigrissement en Tunisie, dont il était coutumier. Orateur capable de retourner des salles, il avait une voix jupitérienne, de longs rires silencieux, une culture fine portée sur l’histoire, le sport, un style chantourné ne reculant devant aucun subjectif. Auteur d’une douzaine d’ouvrages - dont une biographie-réhabilitation de Napoléon III -, il en émaillait discours et écrits. Dans son bureau de l’Hôtel de Ville de Paris, trônaient des maillots de footballeurs, ce sport étant une de ses passions.
Ce
gaulliste d’une espèce un peu particulière expliquait avoir choisi le général parce qu’il prenait à la gauche et à la droite ce qu’elles avaient
de meilleur. Ce qui lui permettait de dépasser ses contradictions : origines modestes, pied-noir - né le 21 avril 1943 à Tunis -, orphelin d’un père, héros mort quand il avait un an. Mais aussi d’une
tradition où le drapeau comptait, où l’on savait ce que nation voulait dire. Ayant de grandes capacités à souffrir, note un proche, Séguin avait été
très secoué par la dureté de la campagne des municipales parisiennes de 2001. Les coups bas avaient plu au sein d’une droite harassée. Tous les jours,
les Guignols le caricaturaient en masochiste éperdu. Malgré ce naufrage, Philippe Séguin avait brièvement dirigé l’opposition à Bertrand Delanoë. Lui qui avait été, en 1995, un acteur majeur du succès final de Jacques Chirac à la présidentielle, avait en 2002 organisé deux meetings en sa faveur.
Mais hostile à la constitution de l’UMP, il ne s’était pas présenté aux législatives de juin, et avait démissionné du Conseil de Paris. Philippe Séguin avait alors réintégré son corps d’origine, la Cour des comptes, où il était entré après l’ENA (promotion Robespierre), et se partageait entre cette institution et le Bureau international du travail à Genève. Il était donc resté en congé de la politique, sans mandat, sans parti, avant d’être nommé par Jacques Chirac premier président de la Cour des comptes. Ses mémoires se terminaient par
A suivre.
Les obsèques de Philippe Séguin auront lieu lundi après-midi en l’église Saint-Louis-des-Invalides à Paris, en présence du président Nicolas Sarkozy qui prendra la parole lors de la cérémonie. Il sera inhumé dans le Var à Bagnols-en-Forêt dans le caveau familial.
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Vosges Matin , vendredi 8 janvier 2010 ]