1911 —
Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié
GEORGE Camille.- M. l'abbé Camille George, né à Saint-Benoît le 4 mai 1857, fut ordonné prêtre le 11 juin 1881. Nommé vicaire à Épinal en 1881, il devint curé de Monthureux-le-Sec le 22 août 1885, puis de Remoncourt le 31 mai 1900. Il y est décédé subitement le 12 octobre. Ses obsèques auront lieu demain samedi.
[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 13 octobre 1911, 35-41, p. 659].
Nécrologie.- A défaut de l'article nécrologique que nous attendions, nous nous faisons un devoir de reproduire toute la partie biographique de l'allocution émue que M. le Doyen de Vittel a prononcée à la cérémonie des funérailles :
"… Grâces à Dieu, Mes Frères, si la mort pour votre curé a été subite, elle n'a pas été imprévue. On a eu la confiance de me mettre entre les mains un petit livre où il consignait les sentiments intimes de son cœur, et j'y ai lu ces mots qui sont la paraphrase d'une parole connue de saint Paul : Je travaille pour le salut de mes paroissiens, mais il ne faut pas que j'oublie le mien. D'ailleurs je ne puis verser sur eux le trop plein de mon cœur, qu'autant que mon cœur sera lui-même rempli de l'amour de Dieu.
Parole profondément prudente, et profondément sacerdotale que celle-là. Que d'autres encore je pourrais citer qui dénotent que, pendant toute sa vie, M. l'abbé George a vécu de la foi et désiré pour lui et pour ses paroissiens le progrès dans l'amour de Dieu.
J'ai dit pendant toute sa vie, parce qu'il eut le bonheur de trouver auprès de son berceau des parents foncièrement chrétiens. Son père était un de ces bons instituteurs comme nous en avons connu beaucoup dans notre enfance. Homme de devoir avant tout, il voulut que ses deux fils fussent pour leurs camarades de la paroisse de Saint-Benoît des modèles d'obéissance, de travail et surtout de foi chrétienne. Et lui-même, en père avisé, joignait l'exemple au précepte.
C'est de son père que M. l'abbé George hérita ce goût de 1'étude qui en fit un élève distingué dans nos séminaires. Et tel éloge tombé un jour des lèvres de notre ancien Supérieur, montrait l'estime qu'on faisait de lui.
C'est de son père également qu'il tint cette ponctualité au devoir dont il a donné les preuves partout où il a passé, à Épinal, à Monthureux-le-Sec, comme ici à Remoncourt. Méticuleux dans son exactitude, il s'imposait parfois de pénibles gênes pour être présent à l'heure annoncée pour les catéchismes et les différents offices. N'est-ce point parce qu'il se hâta trop mercredi dernier, pour présider la prière du Rosaire, qu'il fut terrassé par une foudroyante congestion ? Il tomba sur la route, mais pour lui cette route fut vraiment celle du devoir.
C'est de son père encore qu'il acquit cette bonhomie charmante et quelque peu malicieuse que nous aimions tant lui voir. Toujours accueillant pour les pauvres comme pour les riches, il avait un mot aimable pour chacun. Il conserva une parfaite égalité d'âme. C'est une vertu qui, chez un prêtre, suppose une singulière force de caractère. Car à l'heure actuelle, le prêtre, quelque dévouement qu'il ait, trouve autour de lui tant d'indifférence, et parfois tant de lâchetés et de trahisons, qu'il lui faut une énergie presque surhumaine pour rester doux et dévoué même pour ses pires adversaires. Et si M. l'abbé George était tel envers ceux qui l'attristaient, jugez de ce qu'il devait être pour ses vrais amis. Nous, ses confrères, nous garderons de son affection dévouée, le souvenir le plus attendri.
De sa mère, M. George imita surtout l'esprit d'ordre. Pour l'ordre, il avait un culte. C'est l'amour de l'ordre qui lui inspira tant de soins et de goût pour la belle tenue des églises de ses deux paroisses successives. Et il y a à peine huit jours, il caressait un dernier rêve : il voulait faire à Dieu le don, et à ses paroissiens la surprise, de l'installation dans l'église d'un éclairage superbe. Dieu s'est contenté de sa bonne volonté.
Et maintenant sa dépouille mortelle va rejoindre dans votre cimetière celles de ce père et de cette mère dont il fut la si véridique image. Leurs âmes se sont déjà rencontrées avec bonheur auprès de ce Dieu qu'elles ont aimé et servi. De là-haut, elles veillent sur l'excellent frère qui continue avec les siens les traditions reçues.
Votre Curé, paroissiens de Remoncourt, vous a beaucoup aimés. Il aurait voulu faire pour vous plus encore qu'il n'a fait. Mais la maladie qui l'avait frappé il y a six ans, lui avait enlevé quelque chose de son initiative et brisé son ardeur ; vous avez su néanmoins l'apprécier, et la preuve en est dans les regrets que vous avez exprimés, et dans les larmes que j'ai vu couler sur des visages d'hommes,a la nouvelle de sa mort.
Continuez-lui cette affection reconnaissante qui vous honore autant que lui. Demandez à Dieu de recevoir son âme au séjour de la paix, si elle n'y est pas admise encore. Faites-vous un devoir d'entourer pieusement sa tombe de vos soins et surtout de vos prières.
Et maintenant, un dernier souvenir pour terminer.
C'était le jour de la Trinité, en 1881. M. l'abbé George venait d'être ordonné prêtre, et le lendemain il devait quitter le séminaire pour commencer sa vie pastorale. Un jeune séminariste s'approcha de lui, se mit à genoux, et lui dit : M. l'Abbé, au nom de l'amitié qui nous a toujours unis, ayez la bonté de me donner votre bénédiction. Et M. George, tout ému, bénit celui qui, plus ému encore, était à ses pieds.
Et voilà qu'aujourd'hui, après 30 ans écoulés, c'est le séminariste de 1881, qui vient avec une douloureuse émotion et un immense regret, rendre à son ami la bénédiction qu'il en a reçue : Dominus misereatur tui et benedicat tibi ; Que Dieu, mon cher ami, vous soit miséricordieux, qu'il vous bénisse et vous donne sa gloire ! Ainsi soit-il !"
[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 10 novembre 1911, 35-45, p. 721-723].