Jean Antoine MAUDRU

[ Adompt (88) , 05/05/ 1748 – Paris (75) , 13/09/ 1820 ]

ecclésiastique

Évêque constitutionnel des Vosges.

Biographie vosgienne

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

MAUDRU Jean Antoine.- Naquit à Adompt, près de Mirecourt, le 5 mai 1748. Il s’occupa d’horlogerie chez son père jusqu’à l’âge de 20 ans, mais l’état ecclésiastique, vers lequel il se sentit subitement entraîné, lui fit abandonner cette profession. Il fit promptement ses études, car à 25 ans, il était apte à remplir les fonctions du sacerdoce.

Nommé vicaire à Jussarupt, et ensuite curé à Aydoilles, l’abbé Maudru sut mériter l’affection des habitants de ces deux localités. Sa charité, son amour des lumières et du progrès, étendirent même sa réputation dans toutes les localités importantes des Vosges, car les électeurs de ce département le nommèrent évêque constitutionnel le 17 février 1791, en remplacement du premier titulaire du siége de Saint-Dié, M. Chaumont de la Galaizière, qui avait refusé de prêter serment à la constitution.

Dès ses premières visites pastorales, il s’attacha à faire comprendre les véritables principes de la révolution, se multiplia pour apaiser les haines et rapprocher tous les membres de la grande famille française. Le fanatisme lui opposa de nombreux ennemis, et peu de temps après son avènement au siége de Saint-Dié, trois jeunes gens résolurent de l’assassiner. Le crime ne fut pas consommé, mais les circonstances qui en empêchèrent la perpétration furent tout à fait indépendantes de leur volonté. Arrêtés et conduits dans les prisons de Saint-Dié, on instruisit immédiatement leur procès. M. Maudru intervint, et put, à force de démarches, faire rendre à la liberté ces jeunes gens, qu’il reconduisit lui-même à leurs familles.

Les dénonciations réitérées de ses ennemis le firent arrêter en 1794, et il fut conduit, de brigade en brigade, dans les cachots de la Conciergerie, où il attendit son procès pendant sept mois. Après la chute de Robespierre, il revint dans les Vosges, et reprit publiquement possession de son siége épiscopal, que les plus mauvais jours de la terreur ne lui avaient point fait abandonner. Il invita les prêtres dispersés à reprendre leurs fonctions, et le diocèse de Saint-Dié fut rendu, un des premiers, à l’exercice régulier du culte.

La loi du 18 germinal an X, en supprimant l’évêché de Saint-Dié, changea la position de M. Maudru. Nommé curé à Stenay, dans la Meuse, il remplit les nouvelles fonctions qui lui étaient confiées avec tant de zèle, que son nom est encore vénéré dans cette ville. Il établit une fabrique de draps dans un ancien couvent qui lui avait été concédé par décret impérial, et le produit qu’il en retira fut consacré au soulagement des indigents et des ouvriers malades ou infirmes. Il éteignit ainsi la mendicité à Stenay et dans tous les environs.

Il eut cruellement à souffrir de la réaction de 1815 : poursuivi de maison en maison,il fut contraint de se cacher pendant six mois dans un grenier où il ne pouvait se tenir debout ! Quand le calme fut enfin rendu à la France, il crut pouvoir reprendre ses fonctions, mais ses ennemis le dénoncèrent de nouveau. Il fut interdit et envoyé à Tours, sous la surveillance de la police.

Les persécutions les plus odieuses le poursuivirent jusque dans cette ville : accusé de Napoléonisme, il comparut devant le tribunal correctionnel qui l’acquitta. Il se rendit ensuite à Paris, où il vécut dans une assez grande tranquillité, jusqu’à l’époque de sa mort, arrivée le 13 septembre 1820. Grégoire, le célèbre évêque de Blois, rendit sur sa tombe un dernier hommage à sa haute intelligence et à ses vertus.

Maudru a publié :
- Lettre pastorale ; Saint-Dié, 17.., in-4°.
- Les brefs attribués à Pie VI, convaincus de supposition, ou Lettres de Jean-Antoine Maudru, évêque des Vosges, au citoyen Thumery, prêtre de Saint-Dié ; 1795, in-8°.
- Sur les rétractations ; in-8°, 1797.
- Mandement pour le carême ; in-8°, 1797.
- Instructions familières sur la Constitution ; in-8°.
- Instructions pastorales sur les excommunications ; in-8°.
- Instructions aux Pasteurs de notre diocèse ; in-8°.
- Instruction pour la convocation du synode général ; in-8°.
- Instructions au presbytère de Rheims ; in-4°.
- Sur le serment ; in-4°.
- Lettre sur la liberté du culte ; in-4°.
- Lettre sur le concile ; in-4°. - Lettre au Préfet du département des Vosges, sur la prétendue rétractation, etc. ; in-4°.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

MAUDRU (Jean-Antoine), naquit à Adompt, village du canton de Dompaire, le 5 mai 1748. Son père y exerçait l’état d’horloger, et ses vœux étaient sans doute que son fils lui succédât dans son art, et parvint un jour à l’y surpasser. Le jeune Maudru apprit en effet cette profession, à laquelle il se livra jusqu’à l’âge de vingt ans, lorsqu’il se sentit, pour ainsi dire subitement, entraîné vers l’état ecclésiastique. Il entra dans un séminaire, y fit rapidement toutes ses études, qu’il termina à vingt-cinq ans.

Appelé à remplir les fonctions du sacerdoce, l’abbé Maudru y apporta un esprit de charité qui le fit aimer et vénérer de ses ouailles, dont l’instruction morale devint surtout l’objet de ses soins. Sa mémoire est respectée chez les habitants de Jussarupt où il s’acquitta de sa première mission, celle de vicaire ; elle ne l’est pas moins chez ceux de la commune d’Aydoilles, dont la cure lui fut ensuite confiée. Il occupait encore cette cure à l’époque de la révolution de 1789.

Des innovations remarquables s’introduisirent alors dans l’Église. Le choix des évêques cessa d’appartenir au chef de l’État et fut remis à la nation. Le curé Maudru n’eut ni l’intention ni le besoin de briguer les suffrages de ses compatriotes. Sa réputation de prêtre tolérant, éclairé et philanthrope le signala à leur confiance, et il fut nommé, le 17 février 1791, évêque constitutionnel du département des Vosges, en remplacement du premier titulaire du siège de Saint-Dié, M. Chaumont de la Galaisière, qui refusa de prêter serment à la constitution civile du clergé, et qui ne tarda pas à quitter le royaume.

L’élection de M. Maudru eut lieu à Épinal ; elle fut suivie d’une messe solennelle à laquelle assistèrent le directoire du département des Vosges, le corps électoral et un grand nombre de citoyens. La population, en entendant la proclamation du nouvel évêque, l’accueillit avec joie. Le prélat fut ensuite admis dans la salle des séances du directoire, et là, dans une allocution improvisée, le président lui témoigna toute la satisfaction que l’administration du département des Vosges éprouvait du choix fait par les électeurs, et qui ne pouvait être porté sur un ecclésiastique plus vertueux, plus éclairé et plus patriote. Il l’engagea à se rendre promptement au chef-lieu de son diocèse, où l’appelaient de toutes parts les vœux des fidèles, et à compter sur le dévouement du directoire, comme, de son côté, le directoire comptait sur sa fermeté.

Peu de temps après son avènement, le nouvel évêque fit ses visites pastorales dans son diocèse, et s’attacha à y faire comprendre les vrais principes de la révolution française , à y inspirer l’amour d’une sage liberté, le respect des lois, et à y favoriser le développement de l’intelligence.

Pour atteindre ce but, il rédigea et mit au jour, sous la forme d’un catéchisme, des instructions familières sur la constitution française. On peut se convaincre en les lisant, que l’évêque Maudru était vraiment l’ami de son pays ; qu’il cherchait à apaiser les haines, à mettre un terme aux divisions intestines ; en un mot, qu’il enseignait les vertus civiques en même temps que les vertus morales. Mais le zèle charitable du nouvel évêque de Saint-Dié ne put le soustraire aux violences de certains fanatiques. Dès ses premières visites pastorales, trois jeunes gens, excités par des ennemis secrets, résolurent de l’assassiner ; leur crime ne fut point consommé par des circonstances indépendantes de leur volonté. Arrêtés aussitôt et conduits dans les prisons de Saint-Dié, le tribunal s’occupa d’instruire leur procès. M. Maudru eut la générosité de faire cesser les poursuites ; il tira ces jeunes gens de leurs cachots et les reconduisit lui-même à leur famille.

Comme il le dit lui-même dans ses mémoires, il courut plusieurs fois de semblables dangers pendant la même année. L’esprit de parti s’agitant dans tous les sens, s’attachait à sa perte. Après différentes dénonciations que ses succès religieux avait suscitées, il fut enfin arrêté en 1794 et conduit de brigade en brigade dans les affreux cachots de la Conciergerie, à Paris, où il crut, pendant sept mois, sa mort ou son bannissement inévitable. La chute de Robespierre le tira de cette position fatale. Le tribunal révolutionnaire reconnut l’innocence de Maudru et le renvoya libre dans ses foyers, où il revint dans les premiers jours de janvier 1795. Il reprit aussitôt et publiquement ses fonctions épiscopales, qu’il avait continuées malgré les menées furibondes des proconsuls qui désolaient la France. Quoique les églises fussent encore fermées, il invita, par une circulaire fortement prononcée, tous les pasteurs dispersés à rejoindre leurs troupeaux ; et l’exercice du culte ne tarda pas à être rétabli dans le diocèse de Saint-Dié.

En butte à des attaques continuelles, l’évêque de Saint-Dié était à peine de retour que des journaux soudoyés par des hommes perfides, le signalèrent dans toute la France comme un anti-républicain exalté. Il fut d’abord décrété de déportation, ensuite d’accusation seulement, et bientôt après, traduit devant les tribunaux. Maudru adressa un mémoire justificatif au Directoire exécutif, qui ordonna d’étouffer les plaintes dirigées contre lui. Un décret révoqua le commissaire près le tribunal de police correctionnelle, et ce commissaire fut en outre puni pour avoir, selon l’usage du temps, couvert l’évêque d’injures et d’outrages.

La loi du 18 germinal an X vint changer la position de l’évêque Maudru. L’évêché de Saint-Dié ayant été supprimé, il fut nommé à la cure de Stenay, dans le département de la Meuse. Dans sa nouvelle résidence, l’ancien évêque de Saint-Dié ne s’étudia pas seulement à remplir avec la plus scrupuleuse exactitude, les devoirs importants de son ministère, mais il voulut encore concourir à améliorer le bien-être temporel de ses paroissiens. Il établit au chef-lieu de sa cure, dans un couvent de minimes qui lui fut concédé par un décret impérial, une fabrique de draps semblable à celle de Sedan, et il y employa tous les ouvriers des environs qu’il put trouver. Les produits de cette fabrique ne constituèrent point pour le curé Maudru une richesse stérile : entièrement désintéressé, il les consacra au soulagement de la classe indigente. Les pauvres âgés ou infirmes, qui ne pouvaient travailler dans son établissement, reçurent par ses soins des secours à domicile, et il eut le bonheur d’éteindre la mendicité dans la ville et le canton de Stenay.

Ces actes d’une bienfaisance éclairée ne trouvèrent point grâce devant la funeste époque des réactions politiques survenues en 1815. Maudru fut de nouveau persécuté. Quatre ou cinq royalistes exaltés, pressés de répandre la terreur dans la contrée et d’immoler des citoyens honorables pour obtenir les faveurs du pouvoir royal, dénoncèrent le curé de Stenay comme un conspirateur dangereux et comme l’auteur d’une liste, qui n’avait jamais existé, de soixante personnes que l’on devait égorger en une seule nuit. Cette dénonciation le fit placer sous la surveillance de la police en mars 1815. Le retour de Napoléon l’en affranchit, mais à la seconde restauration, la persécution devint plus vive.

Le 4 juillet de la même année, au moment où 400 Prussiens s’emparaient de Stenay, des forcenés firent entendre dans les rues de cette ville ces horribles paroles : Il nous faut d’abord deux têtes, celle de Maudru et celle de Gillet. La maison de cure et celle de M. Gillet, chevalier de la Légion d’honneur et ancien maire de Stenay, furent aussitôt cernées. M. Gillet avait pris la fuite ; Maudru avait seulement quitté son habitation et n’était pas sorti de Stenay. Les sabreurs ne les ayant point trouvés, dévastèrent leurs demeures. Le curé s’était retiré chez une maîtresse de pension Mme Pennejean, qui lui offrit un asile, au risque de devenir elle-même la victime de son dévouement.

Sa vie étant à chaque instant menacée, ses amis, après bien des sollicitations, le déterminèrent enfin à se cacher dans un lieu sûr. Ils lui trouvèrent un réduit, où, comme Maudru le dit dans ses mémoires, il n’avait pour tout mobilier qu’un grabat pour s’asseoir le jour et se coucher la nuit ; il ne recevait l’air et la lumière que par un petit trou du toit et ne pouvait point se tenir debout. La faction acharnée à sa perte fit d’actives recherches ; elle annonça partout qu’il fallait que la tête du curé de Stenay roulât sur la place publique, et que celui qui lui donnait asile fût fusillé sur le champ. Ses recherches et ses menaces furent inutiles. Maudru lui échappa et resta pendant près de six mois dans cette cruelle détention, d’où il ne sortit que quelques fois pendant la nuit, pour respirer un air plus pur, dont sa santé lui faisait sentir le besoin. La force de son tempérament put seule le préserver d’une maladie qui, sans nul doute aurait été mortelle.

Le calme rétabli, Maudru rentra chez lui, mais de nouvelles persécutions ne tardèrent pas à l’atteindre. On le dénonça à la fois à l’évêque de Nancy comme l’auteur des troubles survenus à Stenay lors de l’entrée des Prussiens, et au Gouvernement comme ennemi factieux du roi. On ne voulut point l’entendre dans ses moyens de défense, parce qu’il eût été trop facile de reconnaître qu’il n’aurait pas été insensé au point de provoquer des troubles pour en devenir la première victime. Ce déni de justice fut suivi d’un interdit prononcé contre le curé de Stenay et de l’ordre de l’envoyer à Tours, pour y rester sous la surveillance de la haute police.

Maudru arriva à sa destination le 3 mars 1816. Ce fut en vain qu’il compta y goûter quelque repos. La police, éveillée par des rapports mensongers, l’inquiéta par une surveillance de chaque instant. On l’accusa de napoléonisme, et sur de simples soupçons, il fut soumis à une visite domiciliaire ; ses papiers furent saisis ; on s’empara de sa personne au mois de septembre 1816 ; on le traduisit devant le tribunal de police correctionnel, mais après 8 jours de détention, on lui rendit la liberté, aucune preuve n’étant venue appuyer les imputations dirigées contre lui. Ces dénonciations se renouvelèrent encore, mais toujours sans succès, et Maudru se croyant en droit de jouir d’une liberté qu’on voulait en vain lui ravir, se rendit dans le département de Seine-et-Marne, à Menil-Amelot, chez le curé du lieu qui, après avoir été un de ses vicaires épiscopaux, était devenu pour lui un ami dévoué. Après un court séjour dans cette paroisse, il partit pour Paris, où il fixa exprès sa résidence, afin que le Gouvernement put s’assurer par lui-même que sa conduite et ses discours n’avaient aucun caractère d’hostilité, bien que ses ennemis eussent prétendu le contraire.

Des jours de tranquillité succédèrent enfin à une vie aussi agitée ; mais ils ne furent pas de longue durée, et l’ancien évêque de Saint-Dié, l’ancien curé de Stenay, celui qui avait voulu concilier les devoirs du prêtre avec ceux du citoyen, en faisant le bien spirituel comme le bien temporel, dans son diocèse de même que dans sa cure, Maudru termina sa carrière à Belleville, près Paris, où il mourut le 13 septembre 1820. Quelques amis l’accompagnèrent jusqu’à sa dernière demeure, et l’un d’eux, M. l’abbé Grégoire, le célèbre évêque de Blois, prononça sur sa tombe un discours dans lequel il rappela ses vertus et les services qu’il avait rendus à la société.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

MAUDRU Jean Antoine.- Adompt est devenu célèbre dans l’histoire de l’Église, pour avoir vu naître le citoyen Jean Antoine Maudru, le 5 mai 1748.

Son père, honnête horloger, le destina au sacerdoce. Devenu prêtre, il fut nommé vicaire à Jussarupt, dans les montagnes, et ensuite curé d’Aydoilles. Quand éclata la Révolution, il en embrassa les principes, et quand la Constitution civile du clergé, oeuvre aussi ridicule qu’impie, fut mise en vigueur, il y donna son adhésion. L’évêque de Saint-Dié, Chaumont de La Galaizière, ayant pris le chemin de l’exil, pour n’avoir pas voulu prêter serment au schisme, le siège épiscopat de ce diocèse fut déclaré vacant par l’autorité laïque.

Une assemblée de notables, réunis à Épinal en 1791, se donna la mission de choisir un évêque, et son choix tomba sur le citoyen Demange, ancien supérieur du séminaire de Saint-Dié, actuellement curé d’Escles. Malgré son adhésion au schisme, ce prêtre eut assez de pudeur et de bon sens pour donner cette réponse : Monseigneur de la Galaizière a été mon bienfaiteur ; lui vivant, je ne puis accepter l’honneur de le remplacer. Alors on élut le citoyen Maudru, qui accepta de succéder au prélat qui l’avait ordonné et auquel il avait juré, au pied des autels, respect et obéissance.

Sacré par des évêques schismatiques, Maudru osa écrire au Pape, pour lui annoncer sa promotion, prétendant vivre en communion avec le chef de l’Église universelle : c’était outrecuidant, pour ne pas dire plus ; c’était vouloir être catholique, malgré le Pape. Mais cependant ne saurait-on dire, à la décharge, sinon à la justification de ces pauvres prêtres, de ces évêques et de ces curés constitutionnels, qu’ils ne faisaient guère alors que tirer les conséquences extrêmes des principes gallicans imposés depuis Louis XIV à la théologie classique par le despotisme du pouvoir civil ?

Sous le titre d’évêque des Vosges, - car la Constitution avait prétendu changer la circonscription et le titre de tous les évêchés -, Maudru choisit Mirecourt pour sa résidence, et il entreprit le gouvernement d’un diocèse qui ne pouvait lui appartenir. Il usurpait la place d’un évêque vivant, que nul n’avait eu le droit de déposséder, et il ne tenait son pouvoir que de personnes incapables de le lui donner. Il y rencontra les plus grands obstacles : les fidèles ne pouvaient se soumettre à un évêque intrus. Il eut même beaucoup de déboires ; il fut chansonné et amèrement ridiculisé.

Au reste le gouvernement, qui l’avait fait, ne tarda pas à le défaire et à le payer de son intrusion. Il n’eut pas du moins, lui, la lâcheté d’apostasier, comme beaucoup d’autres ; il sut même s’opposer aux excès, et il fut arrêté et traduit au tribunal révolutionnaire, en 94 ; il n’échappa au supplice que par la chute de Robespierre. Le malencontreux évêque fut donc relaxé, mais il dut se passer de diocèse : il n’y en avait plus.

Il revint cependant vers ses chères Vosges, en attendant des jours meilleurs. Quand le concordat de l’an X - 1801 - fut conclu entre Bonaparte et le Saint-Siège, l’évêché des Vosges fut supprimé, et ce département fit partie du diocèse de Nancy. Débouté de l’épiscopat, le malheureux intrus tergiversa longuement pour se soumettre ; après une soumission malgracieuse, il essaya d’obtenir la cure de Mirecourt, où il était généralement détesté, à cause de son intrusion ; car cette ville était des plus chrétiennes. Mgr d’Osmond, évêque de Nancy, crut ne devoir pas lui accorder un tel poste, et il agit sagement en l’envoyant hors d’un pays dont il avait usurpé le pouvoir spirituel ; il le nomma curé de Stenay, petite ville de 3 000 âmes, sur les frontières de la Meuse. On doit rendre au curé de Stenay cette justice qu’il s’y conduisit en pasteur plein de zèle, d’activité et de charité.

Arriva la réaction de 1841 et de 1815. Réduit à se cacher dans un grenier, pendant six mois, le pauvre curé crut pouvoir en sortir au rétablissement de la paix ; mais il se trompait : les partis sont sans pitié et sans raison ; Maudru se vit dépouiller de son titre curial, et interner à Tours, sous la surveillance de la haute police. Traduit ensuite devant les tribunaux, il fut acquitté, se rendit à Paris et habita Belleville, où il vécut dans une assez grande tranquillité jusqu’à sa mort, qui arriva en 1820, à l’âge de soixante-douze ans.

Le fameux Grégoire, évêque intrus de Loir-et-Cher, se rendit à ses funérailles, et il prononça sur sa tombe un discours emphatique, dans lequel il exaltait ses talents et ses vertus. Sans doute Maudru avait des talents, il eut même des vertus ; mais il lui manqua la fidélité à la sainte Église de Dieu, dont il était le ministre ; ce fut un fils qui plongea dans l’amertume le coeur de sa mère !

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

MAUDRU (Jean Antoine).- Évêque constitutionnel des Vosges, Maudru naquit à Adompt le 5 mai 1748. Ordonné prêtre en 1773, il fut nommé vicaire à Jussarupt, puis curé d’Aydoilles, où il était encore lors de la Révolution. C’est là que les électeurs vosgiens vinrent le chercher pour l’élire évêque des Vosges le 1er mars 1791, sur le refus de l’abbé Louis Demenge, curé d’Escles, qui, élu, n’accepta point ; le lendemain il célébrait sa première messe épiscopale dans l’église paroissiale d’Épinal.

Il exerça son saint ministère à Saint-Dié pendant la Terreur et intervint pour faire cesser la révolte sanglante de septembre 1793. Arrêté néanmoins comme suspect, il fut emprisonné à Paris et resta sept mois dans les cachots. En janvier 1795, il était de retour dans son diocèse. L’évêché de Saint-Dié ayant été supprimé par le Concordat en 1802, Mgr Maudru devint simple curé à Stenay, dans la Meuse.

En 1815, il fut poursuivi par les ultra-royalistes comme prêtre assermenté, et s’échappa avec peine d’une émeute où l’on voulait l’assassiner. En 1816, on lui retira la cure de Stenay, et il alla habiter Tours où il fut placé sous la surveillance de la haute police ; il y fut l’objet de nouvelles vexations. Il se réfugia alors au Mesnil-Amelot, en Seine-et-Oise, dont le curé était un de ses anciens vicaires-généraux. De là, il se rendit à Belleville, près de Paris.

Il y mourut, le 13 septembre 1820, assisté de l’abbé Grégoire, l’ancien évêque constitutionnel de Blois.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

MAUDRU (Jean Antoine), évêque constitutionnel des Vosges
Adompt, 5 mai 1748 - Paris-Belleville, 13 septembre 1820


Jean Antoine Maudru. Fils d’un maître d’école et horloger descendant d’une famille savoyarde arrivée en Lorraine dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, Jean Antoine Maudru, après ses études au collège d’Epinal, puis au séminaire de Toul, est ordonné prêtre en 1775. Il est d’abord vicaire dans sa paroisse à Adompt de 1775 à 1783, puis dans celle de Jussarupt jusqu’à ce qu’en 1788 il devienne curé d’Aydoilles. Adepte d’une réforme du christianisme, il prête serment à la constitution le 23 janvier 1791. Le 1er mars 1791, il est élu évêque constitutionnel des Vosges.

Consacré à Paris le 19 mars, il fait son entrée à Saint-Dié le 3 avril. Il s’installe non dans le palais épiscopal mis à sa disposition par la ville mais dans les locaux du séminaire où il crée bientôt un atelier de filature de lin et de chanvre pour 200 nécessiteux. Contesté par les prêtres et les religieux contemplatifs réfractaires au serment, il fait preuve d’une relative modération. Il refuse de livrer ses lettres de prêtrise, est accusé de tiédeur. Dénoncé, il est arrêté et mis en prison à Paris puis au Plessis. Libéré en 1795, grâce à l’intervention du conventionnel Julien Souhait, ancien maire de Saint-Dié, il adhère au comité des évêques réunis et travaille à l’organisation de l’église nationale de France.

A nouveau suspect, il est condamné par le Directoire en mars 1798, et arrêté, et condamné à la déportation - condamnation non exécutée - le 24 février 1799. Il se retire à Mirecourt où, comme il l’avait fait à Saint-Dié, il se préoccupe du sort des plus déshérités. A cet effet, il ouvre un atelier de dentelles qui occupe 80 à 100 enfants et un atelier de filature de lin et de chanvre où travaille une centaine d’enfants. Il souhaite créer pour les hommes, durant la mauvaise saison, un atelier de tisserands mais n’en a pas le temps.

En 1800, à l’appel de l’abbé Grégoire, il réunit un synode diocésain préparatoire au Concile national souhaité par Bonaparte. Après la signature du Concordat, il démissionne, à la demande de l’envoyé du pape, le 4 octobre 1801.

Il est nommé curé de Stenay, dans la Meuse, où il arrive en mars 1803. Ici aussi, frappé de l’état de misère, il crée des ateliers de filature de lin pour les femmes pauvres, de laine avec de jeunes garçons et une fabrique de droguet. En 1805, 600 personnes sont ainsi occupées.

Néanmoins, il est en butte à l’hostilité d’un ancien bénédictin, et en 1810 il démissionne de sa charge. Persécuté lors du retour des Bourbons, il quitte Stenay pour Tours en 1816, puis pour Ménil-Amelot (Seine-et-Marne). Enfin, il s’installe à Belleville, près de Paris, où il rédige un précis historique des persécutions qu’il a subies. L’abbé Grégoire, son ami, ancien évêque constitutionnel de Blois, prononce son oraison funèbre.


Bibl. : Chanteau (F. des).-Maudru, évêque constitutionnel des Vosges, Nancy, 1879.
Chapelier (Ch.).- Jean Antoine Maudru, évêque constitutionnel des Vosges. Ses écrits, Epinal, 1914.
Gaillemin (P.).- Jean Antoine Maudru... curé de Stenay, in Bulletin des Sociétés d’histoire et d’archéologie de la Meuse, N° 7, 1970, p. 119-131.
Martin (E.).- Histoire des diocèses de Toul, Nancy, Saint-Dié, tome III, p. 100 et passim.
Bouvier (F.).- Les Vosges pendant la Révolution, Paris, Berger-Levrault, 1885.


[ Albert Ronsin ]

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