SÉHERE

[ Épinal (88) , 1050 – Chaumousey (88) , 08/05/ 1128 ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

SCHÉRE ou SCHÉRUS.- Fondateur et premier abbé de Chaumousey, est né à Épinal, vers 1050. Voulant se consacrer à la vie religieuse, il se rangea sous la direction du père Anthenor, qui s’était retiré dans une solitude au Châtelet, près de Remiremont, avec un assez grand nombre de disciples.

Après la mort d’Anthenor, les religieux reconnurent Scbère pour leur supérieur, et se fixèrent près de Toul, dans une église qu’on venait de faire bâtir en l’honneur de saint Léon IX [Note 1], mais ils ne l’habitèrent que fort peu de temps, parce que ce lieu estroit où de premier avions commencé d’habiter, engendra beaucoup de fâcheries à moy et à aucuns de nos frères signament pour ce que plusieurs choses contraires à la religion illec se préparoient, lesquelles il n’estoit possible d’éviter sans changement du lieu, ou sans contrevenir à notre estat et institution de vivre [Note 2].

Un seigneur nommé Thiéry, pressé par sa femme Hadvide, qui lui faisait remarquer sans cesse que puisqu’il n’avoit héritiers de son corps, il falloit que de bon cœur il fist Dieu son héritier [Note 3], abandonna à Schère la terre de Chaumousey ; les religieux y bâtirent aussitôt un monastère, et tant que vécut Thiéry, restèrent très paisiblement en possession de la donation que ce seigneur leur avait faite ; mais après que le dict Thiéry ou Théodoric eust prist le chemin commun à tous les mortels, et que par nous il fust honorablement enterré en nostre cimetière, son frère, nommé Joselin, tascha mauvaisement d’aliéner de la maison de Dieu le dict alleux, terre et possession, et violament l’approprier à soy, car il commença de la courir et détruire jour et nuict, et ne cessoit, par toutes les molestes et pilleries qu’il pouvoit, de nous inquiéter, afin de nous faire quitter la place et l’abandonner [Note 4].

Schère se plaignit de toutes ces vexations au duc Thiéry, qui condamna Joselin à respecter la volonté de son frère ; mais il n’en tint compte, et continua de détruire et de piller la terre de Chaumousey. Schère ne sachant plus sur quelle puissance s’appuyer, exposa à Pibon, évêque de Toul, la situation où il se trouvait ainsi que ses religieux, et ce prélat fit fulminer, contre Joselin, une sentence d’excommunication. Cette sentence intimida Joselin, qui, moyennant une somme d’argent, se désista enfin de toute prétention.

Schère eut bientôt à soutenir, en cour de Rome, un autre procès contre Gille, abbesse de Remiremont, qui revendiquait certains droits sur l’église de Chaumousey. Les deux parties se rendirent plusieurs fois à Rome, et le pape Pascal ne comprenant sans doute pas très bien l’objet de la contestation, vint tout exprès à Langres pour faire une enquête. L’abbesse de Remiremont fut condamnée par le pontife, et la paix fut enfin assurée à la nouvelle abbaye, qui s’enrichit rapidement. Scbère mourut en mai 1128, et fut enterré dans le chœur de l’église. Il est auteur d’une histoire de la fondation de l’abbaye de Chaumousey.

On a écrit sur Schère les deux vers suivants :
Le prudent Schérus, comme la mouche à miel,
Rend Chaumousey heureuse en la terre et au ciel.


 

Note 1 : Bruno, évêque de Toul.

Note 2 : Livre de l’histoire de l’abbaye de Chaumousey, par Schère, traduit en français par Defrance, chanoine régulier (Manuscrit de la bibliothèque d’Épinal).

Note 3 : Même manuscrit.

Note 4 : Livre de l’histoire de l’abbaye de Chaumousey, etc.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

SÉHÈRE.- Né à Épinal en 1050, il fut le fondateur et le premier supérieur, en 1093, de l’abbaye de Chaumousey, dont il a écrit l’histoire.

Il y mourut le 8 mai 1128.

Il est l’auteur d’une chronique de Chaumousey, publiée par Dom Calmet et dans les Documents inédits de l’histoire des Vosges.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

SÉHERE, abbé de Chaumousey
Épinal, XIe siècle – Chaumousey, 8 mai 1128


Natif d’Épinal, il est déjà prêtre lorsqu’il se retire au Saint-Mont de Remiremont vers 1080 auprès d’Anthénor. À la mort de ce dernier, il prend la tête de la petite communauté d’ermites. Vers 1090, le doyen du chapitre de Toul, Luctulfe, entreprit de construire sous les murs de la ville un monastère en l’honneur du pape Saint Léon IX. Il se rend au Saint-Mont et demande à Séhère et à ses ermites de venir s’établir à Toul. Séhère accepte d’installer quelques-uns de ses religieux, mais retourne lui-même au Saint-Mont qui fait alors figure de maison-mère.

Il suit de très près la vie des deux maisons dont il a la charge, faisant passer de l’une à l’autre les religieux, en fonction des besoins. Il doit bientôt songer à quitter définitivement le monastère du Saint-Mont à cause de l’exiguïté du lieu mais aussi en raison d’une certaine opposition des religieuses de Remiremont dont le progressif relâchement à la fin du XIe siècle devient de plus en plus incompatible avec l’exemple d’austérité que leur donnent les ermites.

Il choisit de s’installer dans une vaste forêt à l’ouest d’Épinal sur un domaine offert par un noble nommé Thierry. Ainsi est fondée l’abbaye de Chaumousey. Séhère en devint le premier abbé, élu à l’unanimité par ses frères. Une charte de Pibon, évêque de Toul, consacre cette élection le 27 novembre 1093. Vers 1095 a lieu la séparation définitive des deux communautés de Saint-Léon de Toul et de Chaumousey. Cependant toutes deux continuent à observer la règle des chanoines réguliers de Saint-Augustin instituée par Séhère.

De 1103 à 1107, une longue querelle oppose Séhère et son abbaye aux dames de Remiremont pour la possession de l’église paroissiale de Chaumousey. Tous ces événements nous sont connus par Séhère lui-même qui en écrivit le récit sous le titre de Primordia Calmosiacensia (traduit en français sous le titre de Chronique de Chaumousey).

La date de la mort de Séhère est connue de façon certaine par le nécrologe de Saint-Léon de Toul dont il était resté l’abbé et par une croix de plomb trouvée dans son tombeau. Ces deux documents sont aujourd’hui perdus. Séhère est mort à Chaumousey le 8 mai 1128, ayant joué un rôle considérable dans le renouveau religieux du diocèse de Toul à la fin du XIe et au début du XIIe siècles.


Bibl. : Choux (J.).- L’Episcopat de Pibon (1069 – 1107), 1952, p. 157-158.
Perrin (Ch.-Ed.).- La Chronique de Chaumousey… - in Annales de l’Est, 1933.


[ Pierre Heili ]

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