Joseph Julien SOUHAIT

[ Raon-l’Étape (88) , 09/01/ 1759 – Nancy (54) , 17/12/ 1842 ]

avocat

Biographie vosgienne

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

SOUHAIT Julien.- Député à la Convention nationale, né à Saint-Dié, vota la mort de Louis XVI, avec sursis jusqu’à l’acceptation de la Constitution [Note].

Passé au conseil des Cinq-cents, il s’y occupa beaucoup d’objets de finance, et excita les murmures de l’assemblée en combattant, à la tribune, le rapport du 3 brumaire an III. Sous le consulat, il fut nommé receveur général dans les Pays-Bas, vota contre l’empire, et rentra dans la vie privée jusqu’à la restauration, qui le condamna à l’exil.

Il ne revit la France qu’après la révolution de juillet, et se fixa à Nancy, où il est mort en 1842. Son testament contient un grand nombre de legs très considérables, au profit de diverses institutions de bienfaisance du département des Vosges.

 

Note : Vote motivé de Souhait, dans le procès de Louis XVI : Je vote pour la mort, mais je demande qu’elle soit suspendue jusqu’à la ratification de la Constitution. En attendant cette époque, je demande la détention.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

SOUHAIT (Julien), né à Saint-Dié, est mort à Nancy en 1842.

Maire de Saint-Dié, il fut élu député à la Convention nationale, vota la mort de Louis XVI, avec sursis jusqu’à l’acceptation de la constitution. Il fit partie du conseil des Cinq-Cents et s’occupa de finances. Il combattit à la tribune le rapport du 3 brumaire an III et s’attira de puissantes haines. Nommé par le premier Consul, receveur général dans les Pays-Bas, il eut le courage et la hardiesse de voter contre l’Empire. Il rentra alors dans la vie privée. La restauration l’expulsa du royaume, en le condamnant à l’exil pour son vote contre Louis XVI.

Il rentra en France sous le règne de Louis-Philippe, se fixa à Nancy. Jouissant d’une fortune considérable, il fit de nombreux et considérables legs au profit d’institutions de bienfaisance dans les Vosges. Malgré ces largesses, il a laissé à son fils, capitaine d’artillerie, une grande fortune.

1882 — Annuaire des Vosges / Léon Louis

SOUHAIT Joseph Julien.- L’un des huit Vosgiens représentants du peuple à la Convention (avec Balland, Bresson, Couhey, Hugo, Noël, Perrin, Poulain-Grandprey).

Avocat à Saint-Dié, [il] avait d’abord été officier municipal de sa ville natale, puis nommé maire de Saint-Dié le 15 novembre 1790 [p. 17].

Poulain-Grandprey et Souhait allèrent habiter ensemble, près du club des Jacobins, rue de la Sourdière, d’abord, puis rue de Grenelle- Saint-Germain, dans la maison numérotée alors 1113 [p. 18].

Quand le procès du roi fut terminé et que les représentants eurent à rendre leur jugement, voici comment se prononcèrent les Conventionnels vosgiens. Sur la première question posée : Louis Capet, ci-devant roi des Français, est-il coupable de conspiration contre la liberté et d’attentat contre la sûreté générale de l’État ?, la députation des Vosges fut unanime, comme la Convention elle-même, et déclara que Louis était coupable. Seul, Noël, par un scrupule de conscience, d’ailleurs fort louable, refusa de se prononcer : J’ai l’honneur d’observer, dit-il, que mon fils était grenadier aux bataillons des Vosges ; il est mort sur 1es frontières en combattant des ennemis que Louis est accusé d’avoir suscité contre nous. Louis est cause première de la mort de mon fils, la délicatesse me force à ne pas voter. N’était-ce pas reconnaître implicitement et de la façon la plus touchante la culpabilité de l’ex-roi ? Poulain fit remarquer qu’il était regrettable d’établir une confusion de pouvoirs et d’être en même temps juges et accusateurs, mais vota cependant.

Sur le second point : Le jugement qui sera rendu sur Louis sera-t-il soumis à la ratification du peuple, réuni dans ses assemblées primaires ?, Souhait, Bresson, Couhey, Balland et Poulain-Grandprey se prononcèrent pour l’affirmative ; seul Perrin répondit non. Quant à Noël, il se récusa de nouveau d’après les motifs qu’il avait énoncés lors du premier appel nominal et ne prit pas part non plus au scrutin suivant.

Enfin pour le troisième vote, objet aujourd’hui encore de tant de colères : Quelle peine Louis, ci-devant roi des Français, a-t-il encourue ?, les représentants des Vosges se séparèrent en Montagnards et Girondins en votant les uns la mort du roi, les autres simplement sa détention.

Poulain-Grandprey parla le premier : Je dis : Louis étant déclaré coupable mérite la mort ; mais je demande qu’il soit sursis à l’exécution jusqu’à l’acceptation de la Constitution, ou jusqu’au moment où les ennemis envahiraient notre territoire. Poulain n’avait-il donc pas assez d’une invasion allemande et lui en fallait-il une seconde pour oser frapper le coupable ?

Balland fut assez peu net dans son vote : L’intérêt public commande que le tyran n’ait jamais de successeur. Ainsi je vote, quant à présent, pour sa détention, sauf à le bannir ou à le faire mourir, si le peuple le veut. Il était, comme on voit, prêt à toutes les solutions.

Perrin, qui se montra le plus énergique de tous, dit brièvement : Je prononce la peine de mort.

Souhait fut moins résolu, quoique votant d’ordinaire avec Perrin : Je vote pour la mort, mais je demande qu’elle soit suspendue jusqu’à la ratification de la Constitution. En attendant cette époque, je demande la détention.

Couhey timidement dit : Je vote pour la détention et je demande que Louis soit banni trois ans après la paix.

Bresson vint le dernier : Je demande que Louis soit détenu jusqu’à l’époque où la tranquillité publique permettra de le bannir.

Au total, trois membres avaient voté la mort avec ou sans conditions, et trois avaient préféré la détention [p. 19-20].

[Annuaire 1882, Félix Bouvier : Les Conventionnels vosgiens.]

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

SOUHAIT (Joseph Julien).- Né le 9 janvier 1759, à Raon-l’Étape, où son père était maître des eaux et forêts, il était avocat à Saint-Dié au moment de la Révolution.

Officier municipal en février 1790, Julien Souhait fut nommé maire de Saint-Dié le 15 novembre 1790, il occupait encore ce poste lorsque le 4 septembre 1792, il fut élu représentant du peuple des Vosges à la Convention nationale, le 3e sur 8, par 241 voix. Il vota la mort du roi, mais avec l’ajournement et siégea à la Montagne. Élu, le 12 octobre 1795, député des Vosges au Conseil des Cinq-Cents, le 5e sur 8, par 184 voix, il siégea jusqu’en 1799, et protesta contre le 18 brumaire.

Toutefois, il accepta quelque temps après la place de receveur des contributions directes du département du Nord puis le poste de receveur-général des finances en Hollande ; il vota cependant non lors du plébiscite pour l’élévation de Bonaparte à l’Empire et fut destitué ; il vécut dès lors dans la vie privée. Proscrit comme régicide en 1816, il alla demeurer en Belgique et ne rentra en France qu’après la Révolution de juillet 1830.

Il se fixa à Nancy et, possesseur d’une grande fortune, il l’employa à une foule de bonnes oeuvres de toute nature ; par son testament, il légua une somme importante pour servir des rentes à ses collègues survivants de la Convention nationale. Il laissa le reste à son fils, qui s’était retiré du service militaire avec le grade de chef d’escadron d’artillerie.

Son frère, Jean-Baptiste Souhait, né à Saint-Dié le 7 mars 1760, capitaine de la 3e compagnie du 3e bataillon de volontaires des Vosges, mourut à La Rochelle en janvier 1795.

Un autre frère, Joseph Nicolas Souhait, né à Saint-Dié en 1773, sous-lieutenant de canonniers au 11e bataillon des Vosges, devint capitaine du génie le 1er mai 1793.

Julien Souhait mourut à Nancy le 12 décembre 1849.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

SOUHAIT (Joseph Julien), avocat, député
Raon-l’Étape, 9 janvier 1759 – Nancy, 17 décembre 1842


Second de la famille de six enfants fondée par un ancien inspecteur général des bois et salines de Rosières, devenu conseiller du roi et receveur des bois et domaine à Saint-Dié, et de Marie-Charlotte Dérivaux, originaire de Senones, Julien Souhait est, au moment de la Révolution, avocat et vient de succéder à son père comme receveur des bois et domaines.

Officier municipal en février 1790, élu maire le 15 novembre 1790, il démissionne après avoir été élu le 4 septembre 1792 député à la Convention. Il vota la mort du roi, mais avec sursis d’exécution jusqu’à la ratification de la constitution. Il est membre de la commission des finances et de plusieurs autres commissions. Il vote la mise en accusation de Carrier, le boucher de Nantes. Le 21 vendémiaire an IV, il est élu député du Conseil des Cinq-Cents et siège jusqu’au coup d’état du 18 brumaire contre lequel il proteste.

Rallié au Consulat, il est nommé receveur général des finances en Hollande mais, lors du plébiscite pour l’acceptation de l’Empire, il a le courage de voter non. Il est immédiatement destitué et il se retire près de Verdun où il vit jusqu’en 1816. Proscrit comme régicide, il souhaite gagner la Suisse avec un faux passeport au nom de sa mère. Arrêté à Pontarlier, il est autorisé à poursuivre sa route. Il s’établit dans le Valais.

Malgré les démarches de son fils, capitaine d’artillerie, il ne peut rentrer en France qu’après la révolution de 1830. Il se fixe alors à Nancy et y emploie une partie de sa fortune à donner des secours aux nécessiteux. Par testament, il lègue une somme destinée à procurer des rentes viagères à ses collègues survivants de la Convention nationale.

Il avait épousé en 1787 une demoiselle Gandogio, d’origine italienne.


Bibl. : Bardy (H.).- Quelques pages de l’histoire de Saint-Dié pendant la Révolution.- in Bulletin de la société philomatique vosgienne, tome XXIX, 1898 – 1899, p. 67-112.
Robert.- Dictionnaire des parlementaires, tome V, p. 334-335.


[ Albert Ronsin ]

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