André BRETON

[ Tinchebray (61) , 18/02/ 1896 – Paris (75) , 28/09/ 1966 ]

Ascendance vosgienne

1863
Ses grands-parents sont Jean BRETON, vigneron, né en 1834 à Ubexy, et Marie ADAM, née en 1837 à Vincey. Ils se sont mariés à Vincey en 1863.
1867
Son père, Justin Louis BRETON, né à Vincey le 28 mars 1867, fut d’abord militaire, puis employé de commerce, avant de devenir agent des impôts.

Nommé à Lorient, il y rencontre sa femme bretonne, s’y marie, et y décède le 10 novembre 1955.

1896
André BRETON, le "pape du surréalisme", est né le 12 février 1896 à Tinchebray (Orne).

Il n’a jamais fait état de ses racines vosgiennes. "Bien longtemps j’avais pensé que la pire folie était de donner la vie. En tout cas, j’en avais voulu à ceux qui me l’avaient donnée" (L’Amour fou, 1937)…

Il décède à Paris le 28 septembre 1966.

Le pape du surréalisme


André Breton est né le 10 février 1896 à Tinchebray, dans l’Orne, au hasard d’une mutation de son père, gendarme. Mais celui-ci, Justin Breton est né à Vincey (Vosges) le 28 mars 1867. Et toute la lignée paternelle est bien vosgienne. André Breton est étudiant en médecine lorsque la première guerre mondiale éclate. En 1916, il est mobilisé dans le service de santé des Armées. C’est là qu’il fait une rencontre décisive avec Jacques Vaché, fils spirituel d’Alfred Jarry, nihiliste convaincu… qui se suicidera à 24 ans. Puis le jeune André, déjà en révolte depuis longtemps contre l’autorité paternelle, sa famille qu’il juge trop bourgeoise et conformiste et contre les institutions, ces événements vont constituer le déclencheur de sa démarche révolutionnaire.

En 1919, André Breton s’associe à Louis Aragon et Philippe Soupault pour créer la revue Littérature avec le soutien de Paul Valéry. Le mouvement surréaliste est né : le terme est emprunté à Guillaume Apollinaire dont ils se réclament. C’est le début des rencontres marquantes avec Tristan Tzara, jeune poète roumain exilé à Paris…

C’est aussi le début des expérimentations comme l’écriture automatique : des mots sont écrits tels qu’ils passent par l’esprit sans aucune recherche de cohérence, sans réflexion, et donnent des textes sans retouches… et donc souvent dénués de sens logique ! Cela donnera une première œuvre Les champs magnétiques sortie en 1920 et très bien accueillie par la critique littéraire. Les surréalistes lancent également le jeu des cadavres exquis : chaque joueur inscrit un mot dans l’ordre sujet-verbe-complément, en le cachant au joueur suivant, ces mots mis bout à bout donnent des phrases surréalistes ! Ces créateurs lancent aussi la mode des collages… En 1924, André Breton publie le Premier manifeste du surréalisme. Le surréalisme est un hymne à la liberté, un non-conformisme total. Après une guerre mondiale fratricide et meurtrière à un point jamais atteint, ce mouvement arrive comme une bouffée d’oxygène : il faut faire table rase des habitudes passées, dépasser la réalité si peu intéressante, et puiser largement dans son imaginaire et l’irrationnel. C’est d’abord un nouveau courant littéraire mais il séduit tout de suite et grâce au charisme d’André Breton, il va s’étendre à tous les domaines artistiques.

Un groupe se forme alors autour de celui qu’on va dès lors surnommer le pape du surréalisme. Les co-fondateurs du mouvement sont rejoints au fil des temps par d’autres auteurs : Paul Eluard, René Char, René Crevel, Michel Leiris, Robert Desnos, Benjamin Peret, Raymond Queneau… Mais aussi d’autres artistes, des peintres, Picasso pendant un temps, Salvador Dali, Marx Ernst, Miro, Magritte, Picabia, Chirico, plus tard Chagall ou Robert Delaunay. Le cinéaste Luis Bunuel, le danseur Diaghilev, Jean Cocteau, Giacometti, le couturier Jean Doucet ou le photographe Man Ray…

Tous ces créateurs voyagent beaucoup et le mouvement s’internationalise… Dans les années trente, Breton multipliera les voyages : à Bruxelles, Prague, les Canaries, Londres… Il rencontra Trotski au Mexique en 1938, ainsi que Frida Kahlo…

En 1936, André Breton prend parti pour les révolutionnaires de la Guerre d’Espagne contre Franco, il s’engage aussi contre les procès de Moscou. Démobilisé à Marseille en 1940, il est emprisonné quelques jours car il proclame son aversion pour le régime de Vichy… Il doit alors s’exiler en Martinique puis New York, chez Matisse… Il y passera cinq années difficiles, pendant lesquelles il rencontra entre autres le poète martiniquais Aimé Césaire dont il préfacera le premier livre Cahier d’un retour au pays natal… et surtout celui qui restera un ami fidèle, Marcel Duchamp.

La rigueur et l’intransigeance d’André Breton, qu’il s’appliquait d’abord à lui-même, la politique, les événements comme la seconde guerre mondiale, provoqueront des ruptures, des procès, voire des exclusions retentissantes mais aussi des réconciliations remarquables. La forte personnalité et le charisme d’André Breton ont marqué plusieurs générations d’artistes et l’art du XXème siècle ne serait pas ce qu’il est sans son influence indiscutable.

Isabelle SACCHET

L’affaire Barrès


Bien qu’ils fussent autrefois admirateurs de Maurice Barrès, André Breton, Louis Aragon, Philippe Soupault et leurs amis intentèrent un procès fictif mais hautement symbolique pour attentat à la sûreté de l’esprit. C’était à la salle des Sociétés Savantes, le 13 mai 1921.

L’acte d’accusation et les témoignages ont été exposés dans le numéro 20 de la revue surréaliste Littérature. Pour résumer, il est reproché à Maurice Barrès, ses opinions nationalistes. On l’accuse en outre d’usurper sa réputation de penseur : ses affirmations sont gratuites, il est notoirement de parti pris, et abuse de la confiance que lui confère son charisme pour faire passer ses idées dénuées d’arguments sérieux… Rien de moins !

Certains voient dans ce procès un règlement de compte personnel, initié par André Breton lui-même, contre cet autre vosgien fort célèbre, devenu immortel et maître à penser de toute une génération. Né à quelques kilomètres du berceau de ses propres ancêtres, son père a forcément dû lui en parler avec fierté : Breton voulait casser à travers Barrès l’image du père et de la famille tellement détestée à cette époque de sa vie…

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