1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
EVRARD (Mgr Pierre-Fourier), prêtre et prélat de Sa Sainteté
Mirecourt, 24 mars 1876 - Épinal, 25 mai 1956

Fils de Jules Evrard, banquier, et de Alix-Marie Catel, il fait ses études au collège de Mirecourt (1886-1889), puis à la Malgrange à Nancy (1889-1893) avant d’obtenir brillamment en 1896 une licence de philosophie devant la Faculté de Nancy, qu’il complète par une licence de droit à Paris en 1897.
Il milite dans la Conférence de Saint-Vincent de Paul et prend une part active aux fêtes de canonisation de saint Pierre Fourier en juillet 1897 ; ainsi s’éveille une vocation religieuse qui ne tardera pas à s’affirmer. Après un an de service militaire, il sollicite en octobre 1898 son admission au séminaire de philosophie d’Issy-les-Moulineaux et l’année suivante son entrée à Saint-Sulpice à Paris. C’est dans cette église qu’il est ordonné prêtre le 28 juin 1902.
Il séjourne ensuite deux ans à Rome à la Procure de Saint-Sulpice d’où il revient docteur en droit canon. Mis à la disposition de son évêque, celui-ci le nomme en octobre 1904 professeur de philosophie au grand séminaire de Saint-Dié. Sa pédagogie active et novatrice met en garde ses élèves
contre le factice et l’arbitraire, distingue avec soin l’essentiel de l’accidentel, forme au véritable esprit critique... En 1905, il fonde dans la vieille abbaye d’Autrey la première colonie de vacances des Vosges sous le nom de
Colonie Saint-Pierre Fourier.
En 1906, c’est l’expulsion consécutive à la loi de séparation. Le séminaire s’installe à Saint-Joseph d’Épinal puis à Sainte-Marie de Saint-Dié en attendant, du fait de la guerre, d’autres déménagements vers Mattaincourt et Bazoilles. Quant à la colonie de vacances, l’abbé Evrard en effectue le transfert à Domrémy, puis à Montfort avant d’organiser des camps dans la montagne vosgienne.
Réformé pendant la guerre, outre sa tâche d’enseignant, il effectue de nombreux remplacements dans des paroisses sans prêtre. Il se voit confier les fonctions d’aumônier des hôpitaux militaires, puis devient, en 1919 aumônier diocésain des Oeuvres. En décembre 1920, il est nommé à Épinal curé de la nouvelle paroisse Notre-Dame érigée en 1908 et dont l’église, du fait de la guerre et du manque de moyens financiers, était restée inachevée. Parallèlement à une intense activité pastorale (mission de 1922) et au développement des oeuvres d’action catholique (théâtre, cinéma, projections, conférences, mouvements d’action catholique), l’abbé Evrard poursuit et parachève la construction de son église.
Il met son exceptionnel talent d’auteur au service d’oeuvres théâtrales (
Vers la lumière en 1924,
L’Eau vive en 1927) qui lui apportent les fonds nécessaires. 1923 voit l’achèvement du portail ; 1924 est l’année de la façade et de l’amorce des tours ; 1925, portique intérieur et chapelles annexes ; 1926, une tribune ; 1927, la rosace du portail ; 1928, installation d’un orgue et baptême des cloches ; suivent encore la construction des bâtiments paroissiaux annexes, salle des oeuvres, salle de spectacle appelée
La Familiale, etc... En 1935, est posée la première pierre du choeur qui doit donner à l’église son aspect définitif.
Et jamais l’abbé Evrard, accablé de soucis matériels, ne perd le sens religieux de ses constructions successives qu’il compare volontiers à une construction spirituelle. Le 29 décembre 1935, une bulle pontificale vient l’élever à la dignité de prélat de Sa Sainteté. L’église de Mgr Evrard est à peine achevée (inauguration du choeur en 1938) que la guerre éclate. Il rend, pendant l’occupation, de grands services aux personnes inquiétées particulièrement aux familles juives. Il loge et nourrit les évadés qui se présentent. Surveillé par la Gestapo, il est arrêté le 9 juin 1943 mais bien vite relâché par les Allemands qui s’aperçoivent que la poursuite de sa détention risque de provoquer contre eux un mouvement de résistance généralisé, tellement son influence est grande dans tous les milieux.
Le 11 mai 1944, l’église Notre-Dame subit le bombardement allié sur la ville, et, du fait de sa proximité de la gare, est fortement endommagée. Le bombardement du 23 mai achève sa destruction. Mgr Evrard fatigué par l’âge laisse à son vicaire et successeur le soin de la reconstruire. Retiré à Mirecourt en octobre 1953, ayant pratiquement usé ses forces dans l’exercice de son sacerdoce, il a cependant, au terme d’une vie débordante d’activités, la grande joie de voir démarrer la réédification de son église.
Bibl. : Ohnimus (Roger).-
Un saint parmi nous ? Monseigneur P.-F. Evrard, 1964, 376 p.
[Pierre Heili].