1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
JANNY (Nicolas), prêtre, premier principal du collège de Remiremont
Metz, 19 mars 1749 - Remiremont, 6 février 1822

Fils de Benoît Janny, maître cordonnier, et de Catherine Barre, il fait ses études au séminaire de Metz et devient vicaire dans une paroisse où se trouvait le château du marquis de Raigecourt. Il se lie à cette importante famille qui avait plusieurs chanoinesses au chapitre de Remiremont. C’est ainsi qu’après un court séjour à la tête de la cure de Lubey-Ozerailles (canton de Conflans-Jarny, Moselle), il est pourvu d’une stalle de chanoine à Remiremont (1788) dont il ne bénéficie que pendant deux ans.
Après la suppression du chapitre (1790), il se voue, dans sa ville d’adoption, à l’enseignement des jeunes gens. Il les réunit d’abord dans une maison de la Mouline et leur dispense un enseignement complet, littéraire et scientifique, ayant recours à l’auxiliariat des élèves les plus grands et à une méthode de grammaire révolutionnaire qu’il commence à mettre au point. Éloigné des luttes politiques sous la Terreur, indifférent à la querelle religieuse entre jureurs et réfractaires, il jouit de l’estime de tous ses concitoyens qui l’élisent, en 1793, au bureau de conciliation. Pour pouvoir exercer sa délicate mission, il prête le serment exigé par la loi. A la création par le Directoire, des écoles centrales départementales, sa réputation de pédagogue est déjà telle, qu’il est nommé professeur de belles-lettres à l’École centrale d’Épinal et y enseigne jusqu’à la suppression de celle-ci en 1802.
La ville de Remiremont ayant demandé, dès 1800, l’autorisation d’ouvrir un collège secondaire, fait appel à lui pour en assurer la direction. L’abbé Janny entre dans cette nouvelle fonction le 1er octobre 1802. On lui confie, outre les tâches administratives, l’enseignement des langues latine et française, l’histoire, la géographie, les belles-lettres et la logique moyennant un salaire annuel de 1600 francs. On lui adjoint deux professeurs pour l’enseignement scientifique. A partir du 16 août 1804, le collège est installé dans les locaux de l’ancienne abbaye.
L’abbé Janny obtient des résultats remarquables : dès 1810, il a sous sa férule 120 élèves et sa réputation s’étend sur l’ensemble de la Lorraine et en Alsace. En trois ans, ses élèves savent le latin et expliquent les traités philosophiques de Cicéron. Avec deux années supplémentaires, il forme des répétiteurs capables de concourir à l’oeuvre commune. Dans ce cycle quinquennal, les premières années sont destinées à fortifier la raison et le jugement et les deux années complémentaires sont consacrées, l’une à l’art oratoire, l’autre à la poésie. Le 10 janvier 1809, il prête le serment exigé des maîtres de l’Université. La méthode de grammaire latine de Janny, basée sur l’analyse ne fut jamais rédigée de son vivant. Son disciple et successeur, Henry Félix, la publia en 1864. On y abandonnait les méthodes traditionnelles fondées sur les demandes et les réponses apprises par coeur comme un catéchisme et sans explication.
Précurseur téméraire, il enseignait sans livre, sans les livres surtout qu’ordonnait l’Université.
Il n’en fallut pas davantage pour exclure ce réfractaire de la rigide université impériale. En 1812, on lui donne l’ordre de supprimer l’analyse. En vain. Il se rend à Paris pour y défendre, devant M. de Fontanes, grand-maître de l’Université, l’oeuvre de toute sa vie. A la rentrée d’octobre 1812, il est remplacé à la tête du collège de Remiremont et ses collaborateurs sont congédiés malgré les pétitions nombreuses rédigées en sa faveur. Le nouveau régime, établi en 1814, ne lui pardonne pas son attitude de
prêtre jureur ; il se retire alors dans une ferme, à la Bourbotte, commune de Gerbamont, où il passe la belle saison.
On lui attribue un petit écrit anonyme, paru à Paris en 1817,
Le Bon sens de la législation, qui traite d’économie et gui montre que ce précurseur de la grammaire moderne ne fut pas insensible aux problèmes sociaux de son temps.
Bibl. : Puton (F.-A.).-
L’Abbé Janny, ancien principal du collège de Remiremont, in
Mémoires de l’Académie Stanislas, 1887.