Claude Nicolas Emmanuel LAURENT

[ Epinal (88) , 11/12/ 1719 – Remiremont (88) , 31/03/ 1787 ]

imprimeur

Biographie vosgienne

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

LAURENT (Claude-Nicolas-Emmanuel), imprimeur
Epinal, 11 décembre 1719 – Remiremont, 31 mars 1787


Frontispice des Kyriolés, imprimé à Remiremont par C.N.E. Laurent. Il est le fils de François Laurent, marchand, et d’Elisabeth Bauver. On ignore tout de son apprentissage et personne dans sa famille ne semble avoir exercé l’imprimerie. En 1744, il épouse à Epinal Barbe-Antoinette Tressigny, avant de s’installer l’année suivante à Remiremont, ville dépourvue jusque là d’atelier typographique. Il y travaille d’abord pour la ville (affiches, placards, formulaires, passeports, avis divers…). Il relie les registres paroissiaux et les livres de chœur des chanoinesses. Dans sa boutique de la rue de la Franche-Pierre, il fait commerce de librairie et tient cabinet de lecture.

On trouve chez lui les œuvres des philosophes (Voltaire, Diderot…). De même, on peut s’y abonner pour des périodiques tels que la Clef du Cabinet des princes de l’Europe, imprimé à Luxembourg. En 1748, ses presses produisent l’Essai sur la manière de prendre les eaux de Plombières du docteur Le Maire qui est le premier livre imprimé à Remiremont. Du même auteur sort l’Essai analytique sur les eaux de Bussang (1750). La même année, Laurent imprime pour les chanoinesses le Cérémonial et Rituel de l’Eglise Saint-Pierre de Remiremont.

Un inventaire de ses biens dressé en 1762 au décès de son épouse donne une idée précise de sa production et de son matériel. Il possède alors un fonds volumineux d’ouvrages imprimés en feuilles, brochés ou reliés. Son catalogue offre un choix de 43 titres différents représentant environ 26 000 exemplaires. La plus grande partie de sa production consiste en catéchismes, histoires saintes, livres de prières, missels, vies de saints, statuts de confrérie. Il imprime aussi, pour son propre compte ou sous de fausses adresses, des livres de la Bibliothèque bleue : La Maladie des femmes, Les Amours de Lucas et de Claudine, Dialogue entre Cartouche et Mandrin.

Sa production, tant religieuse que profane, s’écoule par colportage dans les milieux populaires. Elle n’a pas toujours bonne réputation. Le 31 décembre 1768, il fait l’objet d’une plainte du procureur fiscal de Remiremont pour avoir vendu des almanachs contenant des propos licencieux. Destinés davantage à être consommés que conservés, les ouvrages populaires de Laurent ont pour la plupart disparu. On ne conserve qu’une Vie de sainte Claire (1749) et surtout les célèbres Kyriolés ou cantiques qui sont chantés à l’église de Mesdames de Remiremont par des jeunes filles de différents paroisses… (1773) enrichis de quatre gravures sur bois.

Théoriquement supprimé par un arrêt du Conseil en janvier 1768, lors de la réduction du nombre d’imprimeries en Lorraine, son atelier est maintenu en activité jusqu’à sa mort grâce à une autorisation spéciale. Le dernier ouvrage sorti de ses presses est un Précis de ce qui s’est passé de plus intéressant à l’entrée solennelle de Madame la Princesse Charlotte de Lorraine, abbesse de Remiremont (1784) de Scipion Bexon.


Bibl. : Ronsin (Albert).- Impressions et gravures populaires vosgiennes au XVIIIème siècle, Art populaire de Lorraine, 1966.
Heili (Pierre).- Claude-Nicolas-Emmanuel Laurent et les commencements de l’imprimerie à Remiremont, in Le Pays de Remiremont, N °8, 1986, p. 49-72 avec catalogue des impressions connues.


[ Pierre Heili ]

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