Jean-Marie COMPAS

[ Villerupt (54) , 06/09/ 1914 – Epinal (88) , 09/02/ 2008 ]

collaborateur de Marcel Boussac

Biographie vosgienne

2008,0210 — La Liberté de l’Est

Jean-Marie Compas n’est plus : au revoir au M. Social de l’empire Boussac !

C’est une énorme page de l’histoire du textile vosgien qui vient de se tourner avec le décès de Jean-Marie Compas survenu hier à Epinal, dans sa 94e année.

Né à Villerupt le 6 juillet 1914, celui que tout le monde connaissait comme le M. Social de l’empire Boussac a travaillé auprès du roi du coton pendant plus d’un quart de siècle. Auparavant, en 1944, il s’était investi auprès de l’accueil des déportés, en créant à Metz la première maison d’accueil avant d’entrer au service de l’industriel Marcel Boussac.

Humaniste, épris des autres, Jean-Marie Compas a mis un point d’honneur, durant toute sa carrière, à améliorer le sort des ouvriers du textile du groupe Boussac. Figure emblématique du paternalisme industriel, il est à l’origine d’oeuvres sociales qui ont laissé une trace indélébile dans le département : les maisons castors, les crèches, les coopératives, les maisons de retraite, les laveries, les garderies... Il s’est investi également dans la Ligue contre le cancer, puis récemment encore dans la pérennité des maisons de retraite Boussac dont celle de Dinozé, rénovée complètement.

Nous reviendrons plus amplement dans notre édition de lundi sur cet homme hors normes qui laisse dans la peine son épouse, Anne Compas, son fils, sa fille, de nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants, ainsi que de nombreux amis.

Ses obsèques seront célébrées dans l’intimité familiale le mardi 12 février à 15 h à l’église d’Oudrenne (57).


[La Liberté de l’Est, 10 février 2008].

2008,0211 — L’Est républicain - Vosges

Décès de Jean-Marie Compas

Jean-Marie Compas. C’est un homme qui a passé sa vie à aider les plus démunis qui vient de disparaître.

Né en 1914 à Villerupt, Jean-Marie Compas fait de brillantes études à Thionville puis à Metz. Licencié en philosophie, il suit les cours de l’Ecole des Carrières sociales, côtoie Saint-Exupéry, Michelet, Leprince-Ringuet. Il travaille ensuite à la Compagnie Française de Gaz et d’Electricité.

En 1937, il épouse Anne Potier, qui lui donnera deux enfants : Marie-Bénédicte, professeur à la retraite et Pierre-Marie, armurier à Epinal. La famille s’agrandit ensuite avec quatre petits-enfants et deux arrière-petits-enfants.

Pendant la guerre, il est fait prisonnier. Interné, il s’évade, travaille pour les services secrets. A la Libération, il fonde à Metz la première maison qui accueille 72 000 rescapés des camps de la mort. Il y travaille avec Robert Schuman.

Après avoir repris son emploi dans la région parisienne, en 1947, il devient directeur social du groupe Boussac : 62 usines, 30 000 salariés dont 12 500 dans les Vosges. Il crée des groupements d’achats puis une première maison de retraite à Dinozé, la première laverie domestique... Il agrandit le patrimoine Boussac avec des colonies de vacances, une maternité, une école, des maisons de jeunes, des centres d’enseignement ménager, des crèches, crée la première caisse de retraite complémentaire. Il encourage l’accession à la propriété avec la formule Castors. Bref une œuvre gigantesque.

A l’effondrement de l’empire Boussac, il rachète six maisons de retraite et deux centres de vacances, sur ses fonds propres. Il les regroupe dans une fédération d’associations. Malheureusement les nouvelles normes de sécurité obligent à en fermer certaines puis en remodeler d’autres. Celle de Dinozé, avec l’aide du Conseil Général, est en rénovation.

Il a été également fondateur en 1962, du comité des Vosges de la Ligue contre le cancer dont il fut président jusqu’en 2003. Il a reçu de nombreuses décorations dont la Légion d’honneur, en 1988, des mains de Philippe Séguin, alors ministre des Affaires sociales.


[ L’Est républicain , lundi 11 février 2008 ]

2008,0211 — La Liberté de l’Est - Vosges

Jean-Marie Compas : un humaniste a rejoint les étoiles

Jean-Marie Compas, celui que tout le monde appelait affectueusement dans les Vosges le Monsieur Social de chez Boussac, est mort samedi à l’âge de 94 ans. Un homme au destin exceptionnel qui est à l’origine d’oeuvres sociales uniques au sein de l’empire Boussac. L’émotion est forte chez les anciens du textile.

Depuis samedi, les Boussac sont en deuil. Le dernier grand témoin de tout un pan de l’histoire textile des Vosges, Jean-Marie Compas a tiré sa révérence à l’âge de 94 ans, après plusieurs semaines de maladie. Cet homme, originaire de Villerupt où il était né le 6 juillet 1914, avait su gagner le coeur des Vosgiens en s’investissant tout particulièrement dans les oeuvres sociales du groupe Boussac qui a employé au temps de sa splendeur plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers. Il a passé son enfance en Moselle où son père d’origine ardennaise était comptable aux forges et aciéries d’Uckange. Il est brillant à l’école. Il effectue ensuite son service militaire à la Compagnie Française d’éclairage et de chauffage à Charleville en Creil. En 1937, il épouse Annie Potier, institutrice à Oudrenne.

Accueil des déportés

Mais très vite, la guerre le mobilise et l’aspirant Compas du 167e RIF est fait prisonnier. Il s’évade et réussit à rejoindre sa femme et s’engage comme officier de renseignements dans le réseau Darius. Après cette période, il reprend son poste à la Compagnie française du gaz. Entre temps, il intègre l’école des carrières sociales. C’est là que le destin de cet homme va se jouer car il trouve dans ce domaine, le moyen d’exprimer son altruisme et sa passion pour l’homme. A la sortie de la guerre, il fonde les premières maisons d’accueil pour déportés à Metz : soit 72 000 revenants des camps de la mort qui passent entre ses mains.

Mais son destin va réellement se jouer en 1947 lorsque Marcel Boussac, déjà propriétaire de nombreuses usines textiles dans le département, lui suggère de travailler à ses côtés pour développer le service social. Il hésite puis accepte le challenge. Je suis allé visiter les usines dont Nomexy et surtout Senones, dans la vallée du Rabodeau, durement touchées par la guerre. Ça a été le déclic et je me suis dit que c’était la suite logique de ce que je venais de faire. A partir de là, il passera toute sa carrière, soit 34 années au service du roi du coton. Une collaboration étroite fondée sur la confiance réciproque et le respect, dira souvent Jean-Marie Compas. En toutes ces années de travail commun, il n’a demandé à voir les comptes que deux fois. Au fil de ses observations qu’il fait ça et là dans les multiples usines du groupe, il décide, encouragé par Marcel Boussac, de tout faire pour améliorer le sort des ouvriers.

Les premières Bendix

On peut citer l’une de ses anecdotes préférées qu’il racontait volontiers quand on évoquait son immense travail : Un jour, on se promenait dans la vallée du Rabodeau en compagnie de Marcel Boussac et nous avons tous deux été frappés par le fait de voir les femmes laver leur linge dehors par des températures largement en dessous de zéro. De là est née l’idée des laveries. Et comme les machines à laver Bendix n’existaient qu’en Suède, Boussac a envoyé son bras droit là-bas pour s’en inspirer. Ce fut le début de toute une série de mesures sociales uniques en France pour l’époque : crèches, colonies de vacances, coopératives, colis de Noël, centres d’apprentissages, bourses d’études, maisons castors, maisons de retraite, fête du travail... Avec pour but avoué : Libérer l’ouvrier de la main mise de l’homme. Son modèle fera des émules partout. Quand arrive la débâcle de l’empire Boussac en 1978, il se positionne d’ailleurs pour sauver les oeuvres sociales. Il réussira à conserver la maison de retraite de Dinozé, qui a été récemment rénovée. Encore aujourd’hui, tous ceux qui ont connu ce passionné d’astronomie qui se considérait comme une poussière dans un univers peuplé de millions de galaxies, lui disent encore Merci M. Compas.


[ La Liberté de l’Est , Sabine Lesur et correspondants, lundi 11 février 2008 ]

2008,1118 — La Liberté de l’Est -Epinal

Cérémonie d’adieu à Anne Compas


Mme Compas s’est éteinte dans sa 94e année. Nous avons appris avec peine la disparition de Anne Compas survenue le mercredi 12 novembre à Dinozé, dans sa 94e année.

Anne Potier, la plus jeune des nièces de l’abbé Joseph Potier, curé d’Oudrenne en Moselle est née à Sarreguemines le 8 décembre 1914. Son père Gustave fut tué en 1915 sur le front russe. Comme promis à son frère, l’abbé Potier recueille alors au presbytère ses trois nièces et leur mère privées de soutien familial.

Anne qui n’a donc pas connu son père, fera des études à Rustroff puis à Metz chez les soeurs de Sainte-Chrétienne où sa soeur aînée, Marie, était entrée comme postulante à l’âge de 15 ans. Elle quitte le privé pour le public, passe son brevet supérieur puis entre, sur concours, à l’École Normale de la rue du Pontiffroy à Metz. Elle en sort diplômée à 18 ans et sera nommée institutrice à Oudrenne où elle exerce de 1932 à 1937, année de son mariage avec Jean-Marie Compas.

Elle suivra son époux dans l’Oise et leur foyer accueillera une petite fille, Marie-Bénédicte en 1938. Son mari mobilisé puis fait prisonnier, Anne est rappelée par l’académie de Metz pour encadrer les enfants du village d’Oudrenne, réfugiés avec leur famille, à Vouillé-la-Bataille, dans la Vienne. Seule pour élever sa petite fille, elle partira dans l’Oise pour reprendre son métier. Jean-Marie Compas, évadé d’un camp de prisonniers la rejoint et bientôt naît un petit garçon, Pierre-Marie.

Jusqu’en 1947, elle sera l’institutrice de l’école de filles d’Apremont près de Chantilly. Pour suivre son mari appelé à de nouvelles fonctions dans les Vosges au service de l’entreprise Boussac, Anne exercera à l’école du Faubourg d’Ambrail de 1947 à 1967. Elle a soutenu son mari dans sa lourde tâche, tout en restant disponible à ses élèves et à ses enfants. A peine retraitée, elle accueille ses petits-enfants qui trouvent auprès d’elle indulgence, réconfort et amour, toujours disponible et pleine de mansuétude.

Elle aimait les arts, la musique, la peinture, les travaux d’aiguille, la nature et le jardin admirant les fleurs en toute saison, nourrissant les petits oiseaux dans la cabane perchée sur la fenêtre du séjour... Et puis ce fut l’accident du 7 juillet 2002 : une chute dans son jardin, l’hémorragie cérébrale, la trépanation, six mois de coma veillée au jour le jour par son cher Jean-Marie. Ce n’était plus elle qui était au service du grand homme, c’est lui qui six années durant l’a servie, accompagnée, stimulée afin qu’elle reste à ses côtés.

Il s’est épuisé à la tâche, ses forces l’ont trahi, il a encore pu l’installer à la maison de retraite et il est parti le 9 février dernier. Anne a été très consciente de son départ. Le vide qu’il a laissé a miné sa volonté de vivre. La communication s’est affaiblie mais les sourires généreusement distribués disaient sa reconnaissance à ses visiteurs tout comme au personnel qui s’occupait d’elle. Elle aspirait profondément à retrouver son compagnon de route. Après 70 ans de mariage fêtés en octobre 2007, elle s’est éteinte à l’aube de ce 12 novembre. Les obsèques ont été célébrées en l’église d’Oudrenne (57) dans l’intimité familiale.


[ La Liberté de l’Est , mardi 18 novembre 2008 ]

2008,1118 — L’Est républicain - Epinal

Décès d’Anne Compas

Anne Compas. Nous venons d’apprendre le décès d’Anne Compas, veuve de Jean-Marie Compas.

Anne Potier était née à Sarreguemines le 8 décembre 1914. Elle ne connut pas son père, tué sur le front en 1915, elle sera alors, avec ses deux sœurs et sa mère, recueillie par son oncle, l’abbé Joseph Potier, curé d’Oudrennes (57). Après avoir passé son brevet supérieur, elle entre à l’École Normale à Metz. Elle est nommée institutrice à Oudrennes où elle exerce de 1932 à 1937, année de son mariage avec Jean-Marie Compas. Elle suit ensuite son mari dans l’Oise et leur foyer accueille une petite fille, Marie-Bénédicte en 1938.

Son mari, mobilisé, est fait prisonnier, Anne est rappelée par l’académie pour encadrer les enfants du village d’Oudrennes, réfugiés avec leur famille à Vouillé-la-Bataille (Vienne). Seule pour élever sa fille, elle repart dans l’Oise reprendre son métier, jusqu’au retour de son mari, puis la naissance de leur fils Pierre-Marie. Jusqu’en 1947, elle sera institutrice à l’école des filles d’Apremont près de Chantilly.

Suivant son mari, appelé dans les Vosges au service de l’entreprise Boussac, elle exerce à l’école du faubourg d’Ambrail de 1947 à 1967. Très disponible pour ses élèves et ses enfants, elle a également été un soutien sans faille pour son mari dans sa lourde tâche. Elle aimait beaucoup les arts, la peinture, les travaux d’aiguille, la nature, le jardin admirant les fleurs en toute saison, nourrissant les oiseaux. En juillet 2002, une chute dans son jardin l’entraîna dans six mois de coma. Son mari l’a installé à la maison de retraite juste avant de la quitter le 9 février dernier.


[ L’Est républicain , mardi 18 novembre 2008 ]

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