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Jean NAUDIN

[ Golbey (88) , 14/06/1920 Girancourt (88) , 01/10/2012 (92 ans) ]

enseignant

Biographie vosgienne

2012 — Vosges Matin

Jean Naudin s’est éteint

Jean Naudin était âgé de 92 ans.
© Vosges Matin.
Figure du monde enseignant et du monde du théâtre, Jean Naudin s’est éteint à l’âge de 92 ans lundi 1er octobre. Il n’aura survécu que de quelques mois à son épouse Marie dite Mimi décédée le 7 mars dernier.

Né le 14 juin 1920 à Golbey, il était l’aîné d’une famille de trois enfants composée de Roland, fondateur de la base des Francas à Bouzey, et de Robert. Après une scolarité élémentaire, il passe son brevet à Thaon en 1936 puis son brevet supérieur en 1939. Là, il rencontre Marie-Jeanne qu’il épouse le 23 novembre 1940.

En 1939, il obtient son premier poste au Thillot avant de rejoindre l’année suivante et jusqu’en 1946 les Granges-Richard puis l’école du centre de Xertigny. En 1946, le couple obtient un poste double à Girancourt. Ils y resteront jusqu’à leur retraite en 1976.

De mars 1961 à 1976, Jean Naudin se met en disponibilité pour assurer la formation des cadres de la Ligue de l’enseignement avec un sens de l’engagement très fort. Dans ce village, le duo va contribuer à développer les valeurs de la Ligue qui prône l’enseignement ouvert à tous et pour tous.

Dès le début, l’homme est un touche-à-tout, à la fois sportif (foot) et musicien (violon). Il s’investit avec son épouse dans de nombreuses activités péri et postscolaires. D’abord à Xertigny puis à Girancourt où ils créent une harmonie, un cercle sportif et des activités de loisirs. Ils installent aussi un restaurant scolaire au sein de leur école.

Très vite, le duo montre une préférence pour le théâtre, dans une salle de classe puis dans l’arrière-salle de la boulangerie locale. On y joue des pièces, on y regarde des films… Sur leur proposition, Girancourt accueille en 1955 la première maison de jeunes. Elle deviendra un foyer de jeunes. Ils conjuguent enseignement et culture dans l’esprit l’école comme ascenseur social.

L’été, ils dirigent des colos (les Francas), accueillent des artistes et passent une partie de leur temps à Avignon, au festival. Leurs trois enfants baigneront dans cet univers : Jean-Marie (aujourd’hui décédé), professeur de lettres, Michèle, professeur de musique, et Guy, dentiste.

À l’heure de la retraite, le couple crée la structure locale des ATP (Amis du théâtre populaire). Leur fille Michèle Raineri reprendra le flambeau des ATP en 2001.

Tous deux distingués régulièrement, Jean Naudin était surtout très fier d’avoir été fait chevalier des arts et lettres en 1997. Récompense partagée avec la fidèle et complice de toutes les aventures, son épouse Mimi.

Il a été enterré cette semaine dans l’intimité avec un hommage de la ville de Girancourt.

[S. L. / Sabine LESUR].


Marie-Jeanne Naudin s’en est allée
Femme discrète et de conviction, Marie-Jeanne Naudin, que tout le monde surnommait affectueusement Mimi, s’en est allée ce 7 mars à l’âge de 92 ans.

Mimi Naudin était âgée de 92 ans.
© Vosges Matin.
Elle formait avec son mari Jean Naudin un couple soudé, indissociable de l’univers de la culture, du théâtre et de l’éducation. Née en 1920 à Epinal, Mimi, dont la famille était originaire d’Alsace, a grandi dans une famille de tisserands. Son père, contremaître à La Loge Blanche à Epinal, et sa mère, ouvrière textile, s’installent ensuite à Amerey, un hameau de Xertigny où ils gèrent en famille un tissage, l’usine Finck. Orpheline de mère très jeune, la fillette issue d’une fratrie de quatre enfants se retrouve à l’école primaire supérieure à Thaon-les-Vosges. C’est là qu’elle va rencontrer son compagnon de route et celui avec qui elle mènera tant de projets pour rendre la culture accessible au plus large public, Jean Naudin. Tous deux se lancent dans l’enseignement et prennent leur premier poste d’instituteurs à quatre mains dans la petite école des Granges de Xertigny. Leurs noces sont célébrées en 1940.

Insatiables curieux et bouillonnants d’idées, les Naudin s’impliquent aussitôt dans la vie associative xertinoise avec pour Jean une orientation d’abord toute sportive (il adore le foot) et pour son épouse plus culturelle. Jean Naudin rêve toutefois de retourner sur les lieux de son enfance, à Girancourt. Le couple est nommé à l’issue de la guerre, en 1946, à l’école du petit village. Lui s’occupe des grands et Mimi des plus jeunes. Ils vont ensemble réaliser un de leur plus grand dessein : donner à l’école un rôle pleinement social, culturel, qui rayonnera bien au-delà des frontières du département. Lui jouant du violon, il met en place des activités périscolaires autour de la musique, du chant et du sport. Elle le suit et développe la cantine, la garderie, les fameuses ruches. Ils vont même jusqu’à fonder une école des parents. Des visionnaires et précurseurs en quelque sorte de l’aménagement du temps de l’enfant, avec les parents intégrés au cœur du dispositif. Ils sont sur tous les fronts avec la Ligue de l’enseignement. Jean Naudin va être détaché pour s’occuper spécifiquement des activités proposées par l’UFOLEP puis la Ligue.

La troupe

Mais leur plus belle réussite, c’est sur les planches qu’ils vont la vivre. Le couple aime le théâtre, monter des pièces, encourager des troupes amateurs, aller au spectacle. La localité va avec eux et leurs proches vivre au rythme des levers de rideau, des pièces jouées, des soirées festives. Le boulanger du village propose dans un premier temps son bar pour accueillir leurs premiers spectacles.

Dans cette mouvance, ils créent un foyer d’éducation populaire qui deviendra ce vivier créatif qui a essaimé pendant plusieurs années dans toute la région. Une maison de jeunes est inaugurée en 1953 qui, avec une scène grandeur nature, permettra d’accueillir des créations de qualité professionnelle. Ils développent en parallèle le cinéma au village.

Mimi, éternel sourire aux lèvres, avait à cœur d’associer un maximum de personnes pour que chacun puisse aiguiser le plus possible son regard critique. Les plus grandes troupes de théâtre se succéderont sur leurs planches et alentours. Jean Naudin, formé au théâtre de Jean Vilar, n’avait de cesse avec son épouse de toucher un public sans cesse élargi. Mais au fil des années, la vivacité de Girancourt et de son tissu associatif militant s’étiole.

En 1976 vient le temps de la retraite pour Mimi comme pour Jean. Ils se consacrent alors pleinement à l’une de leur passion de toujours, le théâtre, en animant les ATP (Amis du Théâtre Populaire) ; ils profitent alors pleinement de la décentralisation opérée par la Comédie de Strasbourg et proposent une programmation de choix dans de nombreuses salles spinaliennes (théâtre, Louvière) et alentours (Rotonde de Thaon). En 1998, Mimi commence à avoir du mal à se déplacer. Ils raccrochent leur costume d’ambassadeurs tout terrain de la culture et se retirent dans leur village chéri.

Mimi Naudin s’est éteinte doucement et apaisée à son domicile, entourée des siens, sa fille Michèle Raineri, musicienne et qui a repris le flambeau des ATP, son fils Guy, dentiste à Saint-Dié, et ses petits-enfants. Elle va laisser bien seul son compagnon de route Jean Naudin. Elle va rejoindre son deuxième fils Jean-Marie, disparu trop tôt en 1970, qui lui aussi avait hérité de cet intérêt familial pour les belles-lettres, la poésie, la musique, l’éducation et les arts, puisqu’il était artiste et professeur de français.

[Sabine LESUR, Vosges Matin, 18 mars 2012.
 

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