2003 —
Le Grand livre des élus vosgiens
FERRY Hercule (Auguste Alexis Antoine Emile)
(3 février 1823, Saint-Dié - 13 septembre 1893, Saint-Dié)
• Conseiller municipal de Saint-Dié de 1855 à 1874
• Conseiller général du canton de Fraize de 1871 à 1874
• Industriel
Hercule Ferry, fils d’Emile Ferry dit Ferry-Millon, est le cousin de Jules Ferry. En dépit d’une totale divergence d’opinions, Jules et Hercule Ferry s’apprécient. Ils sont d’ailleurs élevés ensemble par madame Ferry-Millon, le futur ministre déodatien ayant été orphelin de bonne heure.
De tendance très conservatrice, Hercule Ferry fonde le journal l’Impartial des Vosges, l’affreuse petite feuille comme l’appelle le banquier et parlementaire Charles Ferry (frère de Jules). Ce journal, dont le conservatisme avoué dissimule à peine le royalisme, se signale par son opposition à tout ce qui de loin ou de près touche à la République. Membre du conseil municipal de Saint-Dié depuis le mois de juillet 1855 jusqu’en novembre 1874, l’industriel espère gagner l’assemblée départementale vosgienne.
En 1871, au renouvellement intégral du 8 octobre, Hercule Ferry est élu conseiller général du canton de Fraize face à Léon Ruyer avocat à Saint-Dié. Je viens mettre à votre disposition mon activité, mon travail, l’expérience acquise par vingt-cinq ans d’une vie laborieuse consacrée aux affaires publiques. Le canton de Fraize agricole et industriel a des intérêts à soutenir qui répondent aux études de toute ma vie. Agriculteur et fabricant, j’ai toujours vécu avec les cultivateurs, avec les ouvriers, et j’ai défendu ardemment leurs intérêts au comice. J’ai passé les dix premières années de ma vie au milieu de vous, avec vos enfants, à la papeterie de la Souche fondée par mon père, et aujourd’hui je tire de chez vous les matières premières nécessaires à mon industrie. Par contre, il est battu au renouvellement de 1874 par le notaire fraxinien Aimé Georgeon, de même qu’aux élections municipales.
Elu de Fraize et de Saint-Dié, le patriote Hercule Ferry fait preuve d’une rare énergie et de courage devant les exigences des chefs de l’armée allemande en 1870. Il pousse si loin la résistance à leurs exactions qu’il est traîné dans les prisons de Nancy. À la Chambre consultative des arts et manufactures, Hercule Ferry est lié à la création du chemin de fer de Lunéville à Saint-Dié. Ses nombreux voyages et démarches à Paris lui permettent également d’obtenir de nombreuses réductions de prix de transports, notamment sur les houilles françaises du Pas-de-Calais, ce qui a permis aux consommateurs de s’affranchir de la nécessité où ils se trouvaient précédemment de brûler les houilles allemandes.
Aimant son pays et surtout sa ville de Saint-Dié, toujours infatigable malgré les soins qu’exige une santé ébranlée, il fait de multiples déplacements pour obtenir l’agrandissement de la gare de Saint-Dié. Dirigeant à Saint-Dié l’affaire familiale de fabrique de tuiles, il est l’auteur du projet de transformation de la chambre consultative en chambre de commerce. Pourtant, Hercule Ferry ne verra jamais son vœu aboutir. Les fruits de son opiniâtreté reviennent à Camille Duceux, élu premier président de la chambre de commerce de Saint-Dié le 25 décembre 1910. En quelques semaines, la mort frappe la famille Ferry. Jules disparaît le 17 mars 1893, sa tante Françoise-Antoinette Ferry-Million succombe à l’âge de quatre-vingt-treize ans quinze jours après, et Hercule Ferry s’éteint à son tour le 13 septembre 1893 en son domicile de la Tuilerie à Robache. Il décède après une longue et éprouvante maladie. Depuis la mort de sa mère, la doyenne de Saint-Dié, il ne souhaitait que la rejoindre.
Son nom restera associé à beaucoup d’œuvres d’intérêt général. Il a été tout d’abord l’un des fondateurs de l’important comice agricole de la région déodatienne et de la première société de secours mutuels. Malgré les fluctuations de l’opinion, il en garde la présidence pendant près de quarante ans et s’appelait volontiers le doyen des présidents de société de secours mutuels de France. Huit ans après sa disparition, un violent incendie détruit totalement la Tuilerie, berceau de la famille Ferry, exactement le 18 mars 1901. Cet incendie est l’un des plus considérables, à cette époque, dont la ville de Saint-Dié a été le théâtre ; certainement le plus important depuis le sinistre qui détruisit l’église Saint-Martin. L’usine ne se relèvera pas de ses cendres.
[
Bertrand MUNIER
, Le Grand livre des élus vosgiens ]