1839 —
Annuaire administratif et statistique des Vosges 1839 / Charles Charton
ROLLET Claude.- Curé de Bar-le-Duc. Ancien chanoine du chapitre royal de Saint-Maxe, chanoine honoraire de l’église cathédrale de Verdun, et curé de la ville de Bar-le-Duc, mort le 8 avril 1836, à l’âge de près de 82 ans, était né le 5 décembre 1754, à Grand, village de l’arrondissement de Neufchâteau.
Un de ses oncles, prêtre considéré dans le pays, se chargea de sa première éducation, et frappé de ses étonnantes dispositions, le plaça ensuite au collège de Ligny, où il fit de brillantes études. Le jeune Rollet ne se fit pas moins remarquer par son application soutenue et ses rapides progrès au séminaire de Toul, dans les cours de philosophie et de théologie qui complétèrent son instruction. Arrivé à l’âge prescrit par les canons de l’église, le jeune séminariste fut promu aux fonctions du sacerdoce et envoyé comme vicaire dans la ville de Bar-le-Duc. Cette ville possédait un clergé nombreux et justement honoré. L’abbé Rollet, que sa réputation avait devancé, en fut accueilli avec des marques d’estime et de bienveillance. L’attention publique se fixa bientôt sur lui. On admira son zèle exemplaire et son talent pour la parole. Pénétré de l’esprit des saintes écritures, il en expliqua les maximes avec l’élocution la plus facile et un rare aplomb, et combattit avec énergie et souvent avec succès les idées nouvelles qui menaçaient la religion chrétienne d’une prochaine destruction. Sa haute capacité lui valut en 1789 une des places réservées au mérite dans le chapitre royal de Saint-Maxe de Bar, dont presque tous les membres appartenaient à des familles nobles, et le fit en même temps nommer à la cure de Saint-Étienne de la même ville.
Mais des jours mauvais ne tardèrent pas à luire pour le clergé français. La révolution éclata. M. Rollet obéissant à ses convictions, refusa de prêter serment à la nouvelle constitution, renonça aux charges honorables dont il était revêtu, et se retira au sein de sa famille dans l’espoir d’échapper à la tempête révolutionnaire. Mais sa retraite fut bientôt découverte ; les précautions qu’il prit pour se soustraire à ses ennemis furent inutiles ; on s’empara de sa personne ; on le conduisit dans les prisons d’Épinal et on le transféra peu de temps après à Rochefort.
La proscription atteignit tous les prêtres qui, comme M. Rollet, ne prêtèrent point serment. Près de huit cents d’entre eux furent réunis à Rochefort et embarqués, en 1794, par ordre de la Convention, sur les deux vaisseaux, le Washington et les Associés, qui ne devaient point quitter la rade. Nous n’essaierons point de décrire les tortures physiques et les tortures morales qu’ils essuyèrent. Nous nous bornerons à dite qu’entassés dans le fond de cale, et souvent privés de l’air vital nécessaire, ces malheureux proscrits, presque constamment couchés sur les planches froides et humides, ne reçurent qu’une nourriture dégoûtante et nauséabonde ; que parfois on les laissa en proie aux tourments de la faim et la soif ; qu’ils furent rongés par la vermine ; et qu’à tous ces maux se joignirent les injures grossières et les vexations de leurs gardiens. Une épidémie, provoquée par le déplorable état des détenus, se déclara parmi eux et en enleva un grand nombre, et lorsque, après un an de la plus dure captivité, on débarqua ceux qui n’avaient pas succombé, on en compta tout au plus quatre-vingts que la ville de Saintes recueillit, et à qui elle s’empressa de prodiguer les secours les plus généreux.
M. Rollet fut un des prêtres qui survécurent à cette déportation dérisoire mais cruelle. Il profita de la liberté qui lui était rendue pour visiter ses paroissiens et rétablir avec eux ses anciennes relations. Son retour fut pour ses ouailles l’occasion de lui témoigner tout l’attachement qu’il leur avait inspiré : ces témoignages le touchèrent profondément, et le décidèrent à se fixer pour toujours au milieu d’une population qui le chérissait comme un père. Aussi refusa-t-il les places l’es plus distinguées que d’évêque de Nancy lui offrit quelques années plus tard, lorsque le culte catholique fut restauré en France. Il réclama comme une faveur qu’on ne put lui refuser son titre de curé de Saint-Étienne, et si, en 1816, il consentit à recevoir celui de curé de Notre-Dame de Bar-le-Duc, ce fut sous la condition qu’il administrerait cette nouvelle paroisse, sans être obligé de quitter celle de Saint-Étienne, dont il renouvela l’intention de ne se séparer qu’à la mort, et dans laquelle il exerça le sacerdoce pendant cinquante-sept années.
Dans le cours de sa longue carrière, M. Rollet se fit sans cesse remarquer par le culte des vertus chrétiennes ; autant il aimait une piété sincère, dont il offrait lui-même un si bel exemple, autant il blâmait les marques d’une dévotion outrée ou hypocrite. Son esprit tolérant lui avait concilié l’estime de tous les gens de bien. Sévère pour lui-même, il était indulgent pour les autres. Désintéressé, n’attachant aucun prix aux jouissances du luxe, il donnait sans mesure ; les pauvres surtout participaient à ses largesses, et il se privait souvent des choses les plus nécessaires pour subvenir à leurs besoins. M. Rollet avait un grand nombre d’amis ; il comptait près de 80 neveux ; il s’empressait de les obliger, les uns et les autres, toutes les fois qu’ils réclamaient son assistance. Il encourageait tout ce qui lui paraissait bon et utile. Sans jalousie et sans fiel, il n’éprouvait aucune peine des succès oratoires de ses jeunes confrères, et se faisait au contraire un devoir de les éclairer de ses lumières et de ses conseils.
Sa mort répandit le deuil dans la ville de Bar : les autorités et la population entière de cette ville accompagnèrent ses dépouilles mortelles jusqu’au lieu de leur sépulture, et lui donnèrent ainsi une dernière et honorable preuve de leur affection.
1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
ROLLET.- Abbé, né à Grand en 1754. Il était vicaire à Bar-le-Duc, quand éclata la Révolution.
Arrêté à Grand, conduit à Neufchâteau, incarcéré à Épinal, il fut jeté sur les pontons de Rochefort, où il eut la chance de ne pas périr.
Échappé à la mort, il devint au Concordat, curé de la paroisse Saint-Étienne, à Bar, puis de celle de Notre-Dame, où il mourut, chéri de toute la ville, en 1836.