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Dominique Léon BARABAN

[ Oëlleville (88) , 15/04/1850 Nancy (54) , 18/11/1905 (55 ans) ]

médecin

Biographie vosgienne

Notices documentaires

1897 — Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve

BARABAN Léon.- Né à Oëlleville.

Docteur-médecin à Nancy.

Professeur d’anatomie pathologique à la faculté de médecine.

Officier de l’instruction publique.

M. Baraban a été reçu docteur en médecine le 16 avril 1875 par la faculté de Nancy avec une thèse traitant Des recherches expérimentales sur les effets toxiques du tartre tibié.


1905 — Le Nouvelliste des Vosges

Nécrologie

Nous apprenons avec le plus vif regret la mort de M. le Dr Baraban, professeur à la Faculté de médecine de Nancy, frère de M. Baraban, conseiller d’arrondissement à Oëlleville et de M. Baraban, ancien maire de Nomexy.

M. Léon-Dominique Baraban était né le 15 septembre 1850 à Oëlleville, près de Mirecourt. Il a succombé à une affection du foie, dont il souffrait depuis un certain temps, et qui l’avait déterminé à abandonner la candidature à la Chambre qui lui avait été offerte après le décès de M. Jules Brice.

Le docteur Baraban laissera dans notre région la mémoire d ’un homme de bien, franc, loyal et éminemment charitable. Il n’a jamais visité une famille nécessiteuse du faubourg Saint-Pierre sans laisser dans le ménage une trace généreuse de son passage.

Le docteur Baraban était célibataire. Il avait été élu membre du conseil municipal de Nancy le 13 mai 1900, par 5.641 voix, et réélu le 1er mai 1904, par 9.971 voix. Il était adjoint au maire depuis quelque temps mais il avait donné sa démission récemment.

Les funérailles ont eu lieu mardi à Nancy au milieu d’une nombreuse affluence ; elles ont été comme une explosion spontanée de sympathie de la part de tous ceux qui connaissaient, estimaient et aimaient le regretté défunt, de la part surtout de la population du faubourg Saint-Pierre à laquelle il prodigua tant de dévouement.

Au cimetière, plusieurs discours ont été prononcés : par M. Beauchet, maire de Nancy au nom de la municipalité ; par M. Gross, doyen de la Faculté de médecine ; par M. Maurice, président de la Fraternité, et par le chef de clinique du docteur Baraban au nom des étudiants.

Nous prions les frères du défunt et leurs familles d ’agréer l’expression de notre profonde sympathie.

***
Voici une émouvante partie du discours de M. le maire de Nancy :

Ce n’est pas seulement la science qui, comme on vient de vous le dire en termes émus et éloquents, a fait une perte cruelle, c’est aussi, et peut-être plus encore, le conseil municipal qui, dans le docteur Baraban, a perdu l’un de ses membres les plus distingués et les plus sympathiques, c’est la ville de Nancy toute entière qui pleure aujourd’hui l’un de ses meilleurs citoyens.

Celui que nous accompagnons à sa dernière demeure ici-bas, fut, en effet, comme je le disais hier, l’incarnation du devoir, de la loyauté, du désintéressement, du dévouement le plus absolu à ses semblables et à la chose publique, et cela jusqu’au sacrifice de sa santé, de son existence même.

On peut dire de l’homme privé comme de l’homme public, que toute sa vie fut gouvernée par le souci constant d’être ce qu’il faut être, de faire ce qui se doit, d ’aider les autres, de pratiquer et de répandre les leçons du christianisme.

Il fut, dans le cercle restreint de son quartier, un véritable apôtre, apôtre du bien, du beau et du vrai, aussi tolérant d ’ailleurs que convaincu, aussi respectueux de la liberté de penser d’autrui, qu’il était lui-même plus croyant, apôt.re de l’Évangile, non pas cet évangile de haine et d’envie dont certains aujourd’hui voudraient faire la loi des sociétés modernes, mais de l’évangile de douceur, d’amour et de charité qui fut celui du Christ, son maître.

Pour lui, la religion chrétienne était non seulement celle qui avait recueilli le rêve humain, rêve de moralité, de fraternité, d’espérance, mais aussi celle qui avait préparé l’émancipation moderne de la conscience Individuelle et rendu ainsi possible la formation de l’idéal démocratique. Dans cette croisade contre le mal, qui fut le ressort de toutes ses actions, il prêchait surtout d’exemple, convaincu que tout progrès moral ou social ne dépend ni des grandes phrases que l’on peut clamer dans les réunions publiques, ni des articles ou des programmes que l’on peut publier dans les journaux, mais qu’il dépend de l’effort sincère qu’affirment dans leurs actes ceux qui s’en réclament.

Aussi, toujours fidèle aux convictions de sa jeunesse, sa vie n’a-t-elle connu aucun découragement, aucune faiblesse, qui, du reste, aurait été pour lui le reniement partiel de sa foi chrétienne, de sa foi patriotique.

S’il a pu être navré quelquefois de voir combien l’humanité travaille de ses propres mains à tarir les sources de l’immortelle espérance, les sources vives de ses forces morales, il n’a jamais désespéré et se retrouvait toujours plus vaillant pour voler au secours de ses frères en Dieu, de ses concitoyens.

Il leur donnait tout sans compter, heureux de mettre généreusement à leur disposition toutes les ressources de sa science, versant entre leurs mains tout ce dont il pouvait disposer sur ses modestes revenus, leur prodiguant libéralement et sans réserve les trésors de son âme toute pétrie d’amour, de dévouement et de devoir, leur donnant ainsi ce qui est plus précieux encore que le soulagement matériel, le réconfort moral, les sentiments de résignation et d ’espérance sans lesquels la vie n ’est souvent qu’une longue et pénible révolte contre le destin.

Aussi était-il l’idole de son cher faubourg, cet apôtre bienfaisant, dont la physionomie si sereine respirait la bonté non moins que l’intelligence, dont la parole douce et harmonieuse savait trouver des accents énergiques et pénétrants, quand il s’agissait de convaincre ou de consoler, l’idole surtout des humbles et des déshérités de la vie, pour lesquels il se dépensait sans tenir compte, malgré sa science médicale, de l’épuisement déjà ancien de ses forces, âme toujours vigoureuse dans son fourreau déjà usé.

Aussi la désolation de ce quartier fut profonde quand on y apprit la grave maladie de notre ami. Contre toute espérance, on s’obstinait à ne pas désespérer, et ce fut une véritable consternation qu’occasionna la nouvelle de sa mort, une douleur poignante, comme celles qui, à certains jours, jaillissent du cœur du peuple quand il sent qu’il perd un de ses véritables amis : l’âme du faubourg Saint-Pierre s’était éteinte.


[Le Nouvelliste des Vosges, dimanche 26 novembre 1905].

1905 — La Vie lorraine illustrée

Le Docteur Baraban

Dominique-Léon Baraban, naquit à Oëlleville, près de Rouvres-en-Xaintois (Vosges), le 15 septembre 1850. Son père, Dominique Baraban, était bien connu à Nancy, où il dirigeait une importante fonderie de cloches rue de Strasbourg, dans la maison occupée jusqu’à sa mort par le docteur Baraban.

La Vie lorraine illustrée, gravure de M. Barbier.
À l’encontre de tant d’autres, et malgré la prospérité de son industrie, il n’hésite pas à quitter la ville pour aller à la campagne s’adonner aux travaux des champs. C’est du reste à cette condition que les parents de sa fiancée, cultivateurs à Oëlleville, lui accordent la main de leur fille.

C’est là que le docteur Baraban passe les premières années de sa jeunesse ; c’est là encore que de temps à autre il aimera plus tard à venir se reposer des fatigues de sa laborieuse carrière.

À l’âge de 13 ans environ, les parents de Dominique le placent au Collège de la Malgrange. Sa santé, jusqu’alors quelque peu précaire se fortifie sensiblement, et dès cette époque, il montre ce qu’il sera toute sa vie : un travailleur.

Le succès couronnant ses généreux efforts, il est admis le 3 août 1868 aux épreuves du baccalauréat ès-lettres, et l’année suivante à celles du baccalauréat ès-sciences complet.

Il se décide alors à embrasser une carrière toute de dévouement et commence ses études de médecine à la Faculté de Nancy.

Ses condisciples se souviennent encore de ce qu’il fut à cette époque ; et l’un d’eux, interrogé sur cette période de sa vie, ne pouvait que répondre : C’était un bûcheur. Ses camarades de cours le savaient bien ; aussi, s’agissait-il d’une partie de plaisir : Inutile de déranger Baraban, se disait-on, sa porte est fermée, il est tout à ses études.

Il suivait les cours de la Faculté depuis un an à peine, quand la guerre de 1870 vint interrompre ses chères études. Bientôt les Prussiens sont maîtres de Nancy ; notre jeune étudiant pourrait y demeurer, mais l’ennemi fait main-basse sur les élèves en médecine pour s’en servir dans les ambulances et cette perspective ne sourit guère au patriotisme de Baraban.

Aussi, le voyons-nous bientôt, au risque d’être pris et fusillé, quitter Nancy et se rendre à Vittel, où il s’engage ; il avait alors 19 ans environ. Admis dans l’armée, il part le lendemain pour Brest ; et c’est là qu’il demeure pendant toute la durée de la guerre, faisant le service d’apprenti matelot.

La paix de 1871 vient clôturer nos revers, la France mutilée reprend sa vie normale ; et tous, pleins d’espoir en un avenir meilleur, se remettent au travail, contribuant, chacun dans sa sphère, au relèvement de la Patrie.

Dominique Baraban reprend lui aussi ses études avec une ardeur nouvelle, et il passe à Nancy son doctorat en médecine le 16 avril 1875.

Il se rend alors à Paris, où, pendant près de 15 mois, il fréquente les cliniques célèbres de la capitale et parfait ses études au contact des grands maîtres de la science médicale.

Nous ne pouvons qu’énumérer ici brièvement les différentes étapes d’une carrière toujours si laborieuse.

Chef des travaux d’anatomie pathologique à la Faculté de médecine de Nancy du 5 janvier 1878 au 31 décembre 1883, M. Baraban est, à peu près vers le même temps, conservateur des collections de ladite Faculté, du 17 septembre 1880 au 16 janvier 1884.

Agrégé pour la section de chirurgie du 24 juillet 1883 au 1er mai 1891, il est, dans cet intervalle, nommé officier d’Académie le 23 décembre 1885.

Nous le voyons ensuite successivement conservateur des collections de la Faculté du 16 janvier 1884 au 1er mai 1891, chargé d’un cours d’histologie du 13 mars 1884 au 1er novembre 1893, enfin professeur d’anatomie pathologique du 3 juillet 1893 jusqu’à sa mort.

C’est au début de cette dernière charge, le 13 juillet 1893, qu’il reçoit sa nomination d’officier de l’Instruction publique.

Dans l’accomplissement de ces diverses fonctions, son amour du travail est si grand que jamais on ne le voit, inactif, et si parfois ses travaux l’obligent à un peu de repos intellectuel, c’est encore dans le travail qu’il recherche la distraction nécessaire : petits travaux manuels de jardinage, de serrurerie, de menuiserie, pour lesquels il est admirablement outillé, et qu’il exécute avec l’habileté d’un véritable professionnel.

Il semble que ces multiples occupations eussent bien dû suffire à absorber toute l’activité de M. le docteur Baraban. Et cependant, homme de devoir avant tout, il sait sacrifier sans hésitation sa tranquillité, ses goûts, et il entre dans la vie publique pour prendre en mains la défense de ses convictions, des idées qui lui sont chères.

Le 13 mai 1900, il est élu membre du conseil municipal par 5.641 voix et réélu le 2 mai 1904 avec 9.977 voix. Ces derniers chiffres suffisent à prouver que la population nancéienne avait su apprécier son dévouement pendant la première période de son administration.

Enfin, il fut élu adjoint au maire de Nancy le 16 février 1905 par 25 voix sur 34 votants.

Dès son entrée au conseil municipal, M. Baraban y occupe une place éminente, et son activité se porte spécialement sur les services pour lesquels sa double qualité de médecin et de professeur lui donne une compétence spéciale.

C’est ainsi qu’il élabore pour l’hygiène des écoles un nouveau règlement actuellement soumis à l’approbation préfectorale.

Élu administrateur du Bureau de Bienfaisance, comme délégué du conseil municipal, dès le 20 mai 1900, il fait preuve, dans l’exercice parfois si délicat de cette charge, du même esprit de large tolérance qui l’avait toujours distingué. Aussi eut-il bien vite conquis les sympathies de ses collègues, qui, bien que n’ayant pas tous les mêmes opinions que lui ne pouvaient s’empêcher de rendre hommage à son intégrité et à son dévouement aux déshérités de la vie.

Ces derniers surtout étaient sûrs d’être secourus par lui, abstraction faite de leurs idées religieuses ou politiques, et s’il eut parfois quelque préférence, ce ne fut que pour les plus pauvres et les plus malheureux.

La mort, hélas, vint interrompre cette féconde et laborieuse carrière et enlever cet homme de bien à l’affection de sa famille et de ses nombreux amis, à un âge où on pouvait encore attendre de lui d’éminents services.

Le 18 novembre 1905, le docteur Dominique Baraban rendait le dernier soupir, emporté par une maladie de foie dont il souffrait depuis quelques mois à peine.

Je ne puis mieux terminer cette courte biographie qu’en citant ces paroles que M. Beauchet, maire de Nancy, prononçait sur sa tombe : Monsieur Baraban fut l’incarnation du devoir, de la loyauté, du désintéressement, du dévouement le plus absolu à ses semblables et à la chose publique et cela jusqu’au sacrifice de sa santé, de son existence même.

Paul FOUQUET.

N° 6, décembre 1905.

Sources structurées

  1. Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve 1897
  2. Le Nouvelliste des Vosges 1905
  3. La Vie lorraine illustrée 1905
 

Référence suggérée : ecriVOSGES, « Dominique Léon BARABAN », fiche bio-bibliographique, https://www.ecrivosges.com/fiche.php?id=897 (consultée le 1 septembre 2026).

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