2003 —
Le Grand livre des élus vosgiens
LEDERLIN Armand
(29 novembre 1836, Strasbourg, Bas-Rhin - 28 mai 1919, Thaon-les-Vosges)
• Conseiller municipal de Thaon-les-Vosges de 1879 à 1884
• Maire de Thaon-les-Vosges de 1884 à 1919
• Conseiller général du canton de Châtel-sur-Moselle de 1892 à 1919
• Président du conseil général des Vosges de 1907 à 1918
• Industriel
• Marié, sept enfants
Il est impossible de dissocier le nom d'Armand Lederlin de celui de la
Blanchisserie et Teinturerie de Thaon. Cette entreprise qui fit les beaux jours de toute la région périphérique du chef-lieu des Vosges est née au lendemain de la guerre de 1870. C'est à un Alsacien que l’on confie alors la direction technique de la nouvelle société. Issu d'une ancienne famille protestante, Armand Lederlin naît à Strasbourg où son père Eugène exerce la profession d'avoué. Ses études secondaires effectuées au lycée strasbourgeois, Armand Lederlin entre à l'Ecole centrale des arts et manufactures de Paris et en sort, en 1857, avec le diplôme d'ingénieur mécanicien. Aussitôt, le nouveau diplômé se spécialise dans le blanchiment et la teinture, et trouve rapidement une place d'ingénieur auprès de la société
Steinheil, Dieterlen et Cie (une société créée en 1847 à Rothau par
Gustave Steinheil, futur député des Vosges, et son beau-frère Christophe Dieterlen). Ses compétences le mènent dans cet établissement au poste de directeur de la teinturerie.
Au lendemain de l'annexion, Armand Lederlin refuse de devenir Allemand. Il opte pour la nationalité française avec son épouse Adèle Lobstein et leurs trois enfants Armand, Paul et Anna et, en 1872, il décide de la création d'une blanchisserie teinturerie dans les Vosges avec pour coresponsable Jean-Christophe Dieterlen. Pendant quarante-sept ans, son nom reste lié à cette entreprise, supervisant les travaux de construction, innovant sans cesse, parcourant la Suisse, l'Allemagne, l'Écosse ou l'Angleterre, afin d'étudier le fonctionnement d'industries similaires. Sa valeur de chef d'entreprise reconnue par ses pairs lui vaut de siéger à la présidence de la chambre de commerce d'Epinal.
À l'âge de soixante-treize ans, en 1909, l'industriel Lederlin abandonne ses fonctions directoriales, tout en restant administrateur, et laisse les rênes de la société à son fils Paul. Outre sa grande activité professionnelle, Armand Lederlin dirige la commune de Thaon-les-Vosges à partir de 1884, succédant à Albert Christophe, maire depuis 1869. Armand Lederlin occupe cette fonction de premier magistrat jusqu'à son décès en 1919. Par contre, si son fils reprend sans difficulté son fauteuil à la mairie, les élections municipales de 1924 sont âprement disputées. C'est un employé de la BTT,
Louis Guillon, qui est au centre des débats. Paul Lederlin est débouté par les électeurs thaonnais et Louis Guillon devient tour à tour maire, conseiller général et député.
Elu à cinquante-six ans, en 1892, conseiller général du canton de Châtel-sur-Moselle, à la place de Théodore Vallon, Armand Lederlin consacre la fin de sa vie à son mandat cantonal et préside, à la suite de Jules Méline, l'assemblée départementale vosgienne de 1907 à 1918. Sous son impulsion, le visage de Thaon est considérablement modifié. À son arrivée, tout est à faire, tant pour l'équipement industriel que pour l'équipement communal. Manager
hors pair, doté d'un sens social très aigu, Armand Lederlin ne laisse personne indifférent. Outre la B.T.T., gigantesque entreprise qui, en 1939, occupe 5000 ouvriers pour une superficie d'usine de 46 hectares, il jette les bases d'une magnifique salle de spectacles, solarium, bains-douches... C'est ainsi que la célèbre Rotonde sort de terre en 1913 et sera inscrite au répertoire des monuments historiques.
En revanche, la crise du textile des années 1960 touche inexorablement la B.T.T. qui ne fait plus que le strict minimum pour entretenir les bâtiments. Au début des années 1980, la municipalité se porte acquéreur de la Rotonde. Un investissement judicieux pour la ville de Thaon-les-Vosges. Armand Lederlin décède le 28 mai 1919. Ses obsèques sont célébrées le lendemain, suivies de l'inhumation à Strasbourg, près des siens bien-aimés, dans sa terre redevenue française. Marié le 6 décembre 1865 à Strasbourg avec Adèle Lobstein, Armand Lederlin était père de sept enfants : Armand, Paul et Anna, nés à Rothau dans le Bas-Rhin et Henri, Marie, Pierre et Adèle, nés à Thaon-les-Vosges.
Photo : Armand Lederlin et son fils Paul,
patrons de la B.T.T. et maires de Thaon-les-Vosges.