Eugène Mathis, dont les lecteurs du Pays Lorrain ont souvent apprécié les poésies, les contes et les fiauves, est mort.
Instituteur du département des Vosges, il était très attaché à la région de Fraize, son pays natal ; il a publié de nombreuses études sur le patois et les coutumes de ce coin de terre lorraine.
Il avait un beau talent et ses oeuvres comptent parmi les meilleures des folkloristes et écrivains lorrains de notre temps.
[
Le Pays lorrain , novembre 1933, p. 201 suppl. ]
1937 —
L'Express de l'Est
Hommage à M. Eugène Mathis
Dans sa séance du 5 mars dernier, le Conseil Municipal, prenant en considération une requête à lui présentée par M. Victor Lalevée, instituteur honoraire, a pris la délibération suivante :
« Le Conseil, estimant qu'il est de son devoir de perpétuer la mémoire des enfants du pays qui, en honorant leurs concitoyens, se sont illustrés par leurs travaux, décide : une rue de Fraize portera le nom de « rue Eugène-Mathis ». La rue actuelle, dite rue de Saint-Dié, sera désormais dénommée « rue Eugène-Mathis » et se prolongera jusqu'à Clairegoutte ».
Décédé en 1933, M. Eugène Mathis, ancien directeur d'école, a laissé comme poète et romancier une œuvre littéraire remarquable, qui le place au premier rang des écrivains régionalistes.
Parmi ses nombreux ouvrages, tous imprégnés de l'amour passionné qu'il portait au pays natal, son roman historique « Les Héros, gens de Fraize », a été couronné par l'Académie Française (Prix Monthyon) et par la Société Erckmann-Chatrian (Prix 1932, remis au lauréat par le maréchal Lyautey)*.
D'autres récompenses enviées et les plus hauts témoignages sont venus consacrer de son vivant et même après sa mort le talent et la renommée de cet enfant de Fraize.
La population de Fraize rendra aujourd'hui un solennel hommage à Eugène Mathis, au cours d'une manifestation que présidera M. Paul Elbel, député, assisté de M. le docteur Durand, président d'honneur du Comité, ancien maire de Fraize, et ancien conseiller général, et en présence de M. le sous-préfet, de M. l'Inspecteur d'Académie et de M. Léonard, maire de Plainfaing et conseiller général.
À 13 h. 45 : Place de l'Eglise : rassemblement du Comité ; visite à la tombe d'Eugène Mathis, dépôt d'une palme et de fleurs.
14 heures : rue du Pont de la Forge : défilé et concert par la Ste-Cécile ; allocutions de M. Victor Lalevée, président, et de M. Paul Elbel, député et président d'honneur du Comité.
15 h. : Rue Eugène-Mathis : défilé, concerts, place Demennemeix et place de l'Hôtel de Ville ; vin d'honneur à la mairie, offert par la Municipalité aux membres du comité, à ses invités et à la famille d'Eugène Mathis.
Allocutions de M. le maire, de M. l'Inspecteur d'Académie, et de M. René Mathis.
Remise de décorations.
En hommage à la valeur littéraire du disparu, les ouvrages d'Eugène Mathis seront exposés en ville dans plusieurs vitrines.
En cas de mauvais temps, on se réunira à 14 heures, sous les halles de l'hôtel de ville.
* « Prix 1932 » est faux. Le Prix Erckmann-Chatrian de Mathis est le Prix 1925, remis par Lyautey le jeudi 25 mars 1926 aux salons Walter, à Nancy (L'Éclair de l'Est et L'Est républicain, 26 mars 1926).
[
L'Express de l'Est , 29 août 1937 ]
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
MATHIS (Eugène), poète, écrivain régionaliste
Fraize, 7 septembre 1864 - Nancy, 20 octobre 1933
En 1896, il est admis dans l’Anthologie des instituteurs poètes, et en 1907 il obtient le 1er prix de poésie au concours des poètes de clocher organisé par les Annales, et en 1908 le 1er prix de prose au concours de l’Herbier des légendes de France.
Il collabore dès 1904 au tout nouveau Pays lorrains fondé par Charles Sadoul, mais c’est à partir de 1923 qu’il écrit ses grandes oeuvres :
- Contes d’Ennsequan, 1924,
- Les Héros, gens de Fraize, 1925, roman historique sur la Guerre de Trente Ans, prix Erckmann-Chatrian 1926 qui lui est remis par le Maréchal Lyautey, et prix Monthyon de l’Académie Française,
- Le Côli d’Our, 1925, drame-féérie, en rimes patoises sur un argument analogue à Mireille de Mistral,
- Contes et fiauves du pays vosgien, 1926, en patois et en français,
- Nouveaux contes lorrains, 1927,
- Fables et apologues modernes, 1928,
- La Fille du diable,1929, roman vosgien situé dans le cadre des mines de La Croix,
- le Lexique des patois de la Haute-Meurthe, publié dans le Bulletin de la Société Philomatique (tome XLV, 1931),
- La Forêt vosgienne, recueil de poésies resté inachevé à la mort de l’auteur, mais publié par son fils en 1934, qui fera également paraître Aux champs de Fraize, 1938, recueil de poésies sur Fraize et la ligne bleue des Vosges.
Dans la Gazette vosgienne paraît en feuilleton en 1937 L’Héritière des Spitzemberg, roman historique sur un épisode de la Révolution à Saint-Dié. En 1935, l’Académie de Stanislas décernera le Prix Hippolyte-Roy à Eugène Mathis pour l’ensemble de son oeuvre.
Selon son voeu, ce paysan fils de paysan a voulu être inhumé au cimetière de Fraize.
Bibl. : Lalevée (Victor).- Eugène Mathis, poète et écrivain régionaliste, in Bulletin de la Société Philomatique vosgienne, tome LI, p. 125-128.