1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
AMOS (Frédéric), fabricant de chaussons
(Wasselonne (Bas-Rhin), 1832 - Laneuveville-lès-Raon, 10 septembre 1895)

Son père, Frédéric Georges, né en 1767 dans le Wurtemberg et décédé à Wasselonne en 1867, s’établit vers 1795 à Wasselonne comme maître tisserand. D’artisan, il devient maître d’une fabrique de tricotage de bas puis il se spécialise dans la confection de chaussons tricotés pour sabots, le premier en France. Plusieurs de ses fils installent à leur tour des fabriques de chaussons à Wasselonne et dans les environs.
L’un d’eux, Frédéric, d’abord associé à l’un de ses frères Charles, ne voulant pas vivre sous le régime allemand quitte Wasselonne avec son épouse, fille du maire de Rothenbach, une cinquantaine de ses ouvriers et une partie des machines de l’usine de Brechlingen et monte à Laneuveville, près de Raon-l’Étape à la fin de 1870, une usine de fabrication de chaussons de laine qui prend rapidement un essor considérable. Cette usine qui compte bientôt 2 000 ouvriers, devient la première entreprise de chaussons en France. Elle est aussi la seule industrie lainière des Vosges, important sa matière première d’Australie, d’Afrique du Sud et d’Afrique du Nord. C’est à cette importation de laine que la région doit l’apparition du champignon Anthurus d’Australie.
Bientôt Frédéric Amos ajoute à sa production de chaussons la confection de chéchias et de fez pour l’armée française (troupes coloniales) et il exporte en Afrique du Nord, au Soudan et en Turquie.
Après sa mort, l’entreprise passe entre les mains de son fils, Paul Édouard (1870-1947), puis de son petit-fils Robert (1899-1971), et enfin de son arrière-petit-fils Jean-Pascal. Elle cesse ses activités en 1981.
Vers 1914, le feutre de laine est utilisé pour les semelles des chaussons et pour les fez et chéchias (pour les troupes coloniales) et les bérets basques. En 1931, l’imposition du costume européen aux Turcs par Mustafa Kemal fait perdre à l’usine Amos l’un de ses gros marchés extérieurs de fez, les autres étant l’Afrique du Nord et le Soudan. Avant 1939, la
fabrique de bonneterie drapée Amos et Compagnie qui avait des usines également à Fère-en-Tardenois (Aisne), Barr (Bas-Rhin) et Bar-le-Duc (Meuse) était le 2e groupe industriel vosgien derrière celui de Nicolas Géliot.
Le général Paul Amos, neveu de Frédéric (Wasselonne, 1.1.1835 - Laneuveville-lès-Raon, 1905), sorti de l’école de Saint-Cyr en 1855, participe à la campagne d’Italie de Napoléon III, est capitaine en 1870. Il se distingue dans la défense de Metz, s’échappe avant la reddition de la ville et sert en France : colonel en 1887, général en 1893, il est commandant de la place de Saint-Dié jusqu’à sa retraite en 1897, qu’il passe au château Amos à Laneuveville-lès-Raon, où il meurt en 1905. Il est inhumé au cimetière de Wasselonne. Il était commandeur de la Légion d’honneur.
Bibl. : Pays d’Alsace, 1968, cahier III-IV, p. II. Renseignements fournis par M. Jean-Pascal Amos.
[Albert Ronsin].