1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
LIGNARIUS (Jean Menuisier, dit), abbé de Senones
?, 1556 – Rome, 1625
Elu contre son gré à la coadjutorerie de l’abbaye de Senones en 1580 à la demande de son oncle, dom Claude Raville, Jean Menuisier, connu sous le nom de Lignarius, est alors étudiant à Pont-à-Mousson. Aux dires de ses contemporains, il n’a pas toutes les qualités nécessaires pour diriger une communauté mais son oncle a préféré un homme jeune, capable de conserver l’abbaye dans un temps d’ « hérésie » montante – le protestantisme alors étant en progression constante dans les terres de Salm. Il succède à son oncle décédé en 1588.
En 1604, Eric de Lorraine, évêque de Verdun, est nommé par le pape pour enquêter sur la conduite de l’abbé dom Jean Lignarius. Le rapport fut si défavorable que l’abbé est sommé de prendre un coadjuteur pour administrer l’abbaye. François de Terel, religieux à Longeville, étudiant à Pont-à-Mousson, est créé coadjuteur et élu par le prieur et les religieux de l’abbaye de Senones en 1606, après avoir été ordonné prêtre.
L’abbé dom Lignarius fait interdire à Terel par l’auditeur des causes ordinaires du pape de troubler l’abbé. Après un procès de plusieurs années, François Terel résigne sa coadjutorerie une première fois en 1610, moyennant une pension, puis reprend son titre. Lignarius est rétabli dans ses droits en 1611, après un long séjour à Rome pour y plaider sa cause.
Durant son séjour à Rome, la réforme bénédictine est introduite à Senones. Par un bref du 6 mai 1612 le pape avait commissionné l’évêque de Toul pour ce faire mais, compte tenu de l’opposition manifestée par le comte de Salm, cette réforme ne peut être effective qu’en 1618, lorsque quatre religieux anciennement à Senones, ayant fait leur profession dans la congrégation de Saint Vanne, y sont réintroduits, malgré l’opposition manifestée par l’abbé Lignarius depuis Rome en 1616, 1619 et 1620.
A la demande du résident lorrain à Rome, l’abbé dom Lignarius prend pour coadjuteur le prince Nicolas François de Lorraine en 1625. François Terel ayant résigné en 1624 en faveur du même, moyennant une pension de 600 ducats d’or, le prince Nicolas François devient abbé de Senones à la mort de dom Lignarius. Le prince ayant été fait évêque de Verdun la même année, cardinale en 1627, et ayant déjà plusieurs autres bénéfices, dom Calmet date de 1625 la mise en commende de son abbaye, commende qui ne cessera qu’en 1668 avec l’élection de dom Joachim Vivin.
Bibl. : Calmet (dom A.).- Histoire de Senones, édition Dinago.- Saint-Dié, 1877-1880, p. 281-332.
[
Albert Ronsin
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