2005 —
L’Est républicain
La servante au grand cœur
Depuis cinquante ans, Lucienne Gaspard exalte l’amitié entre la France et la Russie.
Perpétuer le dialogue avec l’âme russe. Photo Vincent HOPÉ
Petite voix, petite taille, et grande douceur. Âme de l’association
Vosges-peuples de Russie, Lucienne Gaspard trottine dans les allées de l’exposition-vente d’artisanat russe. Elle s’émerveille :
Voyez comme tout ceci est fin, délicat ! De fait, des trésors de savoir-faire et d’ingéniosité ont été dépensés dans une série de boîtes à bijoux si belles, si subtiles. Ou dans des poupées-gigognes resplendissantes. Comme pour faire mieux éclater les couleurs dans un climat de grisaille.
Rencontre avec une cosmonaute
A sa manière, Lucienne poursuit le même but, la même démarche. Quand elle s’investit, patiente et discrète, dans les associations des
Concerts classiques, du
Concours de piano et des
Amis du Musée. Son dévouement, son art à tenir les comptes voire à maîtriser la calligraphie font merveille. Et on ne se prive pas d’y recourir, même si la bénévole a déjà beaucoup donné. Chacun perçoit cette qualité d’écriture comme une infinie délicatesse, une forme de respect pour autrui. Des vertus plus si courantes aujourd’hui. L’ancienne institutrice a cultivé ces qualités lors de sa carrière d’institutrice à Domèvre-sur-Durbion puis à Champy :
Pas de problème : c’était une école très calme ! Longtemps, elle a accompagné les efforts de son mari, le regretté Jean Gaspard, dans le rapprochement avec l’ex-Union Soviétique, devenue Russie :
Mon mari y est allé sept fois. Moi jamais. Je n’aime pas les voyages.
Mais Lucienne a voyagé à sa manière, à travers les rencontres. Avec la cosmonaute Valentine Therechkova par exemple. Un souvenir impérissable :
C’était au Congrès de Bordeaux de l’association France-URSS. Elle était sympa, elle parlait bien le français, elle était gaie !
Des musiciens à la maison
Avec son mari, technicien supérieur à l’ONF, Lucienne a eu huit enfants. Elle est douze fois grand-mère. Trois de ses petits-enfants habitent au Canada. D’autres enfants sont partis loin, en Allemagne et en Guyane ; un seul est resté dans les Vosges :
On s’écrit par Internet, c’est pratique.
Eprise de littérature russe, Lucienne Gaspard prise particulièrement Tolstoï et le théâtre de Tchékov - la Cerisaie notamment. Et elle se réjouit de pointer sur le programme des Concerts Classiques la
Symphonie Nr 1 ou un concerto pour violon de Tchaïkovski, au programme cette année. Une façon de perpétuer le dialogue avec l’âme russe.
Correspondance avec un professeur
Force est de reconnaître que depuis l’émergence de la nouvelle Russie, les liens se sont un peu distendus. Mais il restera toujours une trace enthousiaste, fervente, de la correspondance avec un professeur de Kiev - à présent capitale de l’Ukraine. Ou des multiples fois où elle a hébergé, dans sa maison de la rue Paul-Rosaye, les musiciens d’orchestres russes. Une autre façon de prolonger cette amitié est de soutenir l’enseignement de la langue à Épinal.
Spaciba, Lucienne !
[
L’Est républicain , 14 novembre 2005, Jean-Paul VANNSON ]