Lucienne GASPARD

[ La Neuveville-lès-Raon (88) , 15/04/ 1922 – Golbey (88) , 20/03/ 2011 ]

institutrice

Biographie vosgienne

2005 — L’Est républicain

La servante au grand cœur



Depuis cinquante ans, Lucienne Gaspard exalte l’amitié entre la France et la Russie. Perpétuer le dialogue avec l’âme russe. Photo Vincent HOPÉ

Petite voix, petite taille, et grande douceur. Âme de l’association Vosges-peuples de Russie, Lucienne Gaspard trottine dans les allées de l’exposition-vente d’artisanat russe. Elle s’émerveille : Voyez comme tout ceci est fin, délicat ! De fait, des trésors de savoir-faire et d’ingéniosité ont été dépensés dans une série de boîtes à bijoux si belles, si subtiles. Ou dans des poupées-gigognes resplendissantes. Comme pour faire mieux éclater les couleurs dans un climat de grisaille.

Rencontre avec une cosmonaute

A sa manière, Lucienne poursuit le même but, la même démarche. Quand elle s’investit, patiente et discrète, dans les associations des Concerts classiques, du Concours de piano et des Amis du Musée. Son dévouement, son art à tenir les comptes voire à maîtriser la calligraphie font merveille. Et on ne se prive pas d’y recourir, même si la bénévole a déjà beaucoup donné. Chacun perçoit cette qualité d’écriture comme une infinie délicatesse, une forme de respect pour autrui. Des vertus plus si courantes aujourd’hui. L’ancienne institutrice a cultivé ces qualités lors de sa carrière d’institutrice à Domèvre-sur-Durbion puis à Champy : Pas de problème : c’était une école très calme ! Longtemps, elle a accompagné les efforts de son mari, le regretté Jean Gaspard, dans le rapprochement avec l’ex-Union Soviétique, devenue Russie : Mon mari y est allé sept fois. Moi jamais. Je n’aime pas les voyages.

Mais Lucienne a voyagé à sa manière, à travers les rencontres. Avec la cosmonaute Valentine Therechkova par exemple. Un souvenir impérissable : C’était au Congrès de Bordeaux de l’association France-URSS. Elle était sympa, elle parlait bien le français, elle était gaie !

Des musiciens à la maison

Avec son mari, technicien supérieur à l’ONF, Lucienne a eu huit enfants. Elle est douze fois grand-mère. Trois de ses petits-enfants habitent au Canada. D’autres enfants sont partis loin, en Allemagne et en Guyane ; un seul est resté dans les Vosges : On s’écrit par Internet, c’est pratique.

Eprise de littérature russe, Lucienne Gaspard prise particulièrement Tolstoï et le théâtre de Tchékov - la Cerisaie notamment. Et elle se réjouit de pointer sur le programme des Concerts Classiques la Symphonie Nr 1 ou un concerto pour violon de Tchaïkovski, au programme cette année. Une façon de perpétuer le dialogue avec l’âme russe.

Correspondance avec un professeur

Force est de reconnaître que depuis l’émergence de la nouvelle Russie, les liens se sont un peu distendus. Mais il restera toujours une trace enthousiaste, fervente, de la correspondance avec un professeur de Kiev - à présent capitale de l’Ukraine. Ou des multiples fois où elle a hébergé, dans sa maison de la rue Paul-Rosaye, les musiciens d’orchestres russes. Une autre façon de prolonger cette amitié est de soutenir l’enseignement de la langue à Épinal. Spaciba, Lucienne !

[ L’Est républicain , 14 novembre 2005, Jean-Paul VANNSON ]

2011 — Vosges Matin

Carnet
Lucienne Gaspard s’en est allée

Lucienne Gaspard s’est éteinte à l’âge de 88 ans.

Son regard pétillant de malice, sa grande générosité d’âme, ses petits mots gentils et ses traits d’esprit vont manquer à plus d’un. L’inexorable nouvelle de la disparition de Lucienne Gaspard s’est répandue comme une traînée de poudre ce dimanche. Endeuillant notamment le Concours international de piano, l’une des innombrables associations culturelles de la cité dont elle était une cheville ouvrière. Aussi discrète qu’efficace, Lucienne aura été, au fil des éditions, une vraie mamie d’accueil pour des centaines de candidats venus des quatre coins du monde qu’elle considérait comme ses petits protégés. Bon nombre d’entre eux ont d’ailleurs été accueillis chez elle et son cher Jean, un époux et véritable complice de tous les instants qu’elle avait eu la douleur de perdre il y a une dizaine d’années. Plus tard, elle avait été fortement affectée par la disparition d’un de ses huit fils, Michel.

Fidèle au possible, elle avait continué à faire vivre l’association France-URSS devenue depuis Amitiés France - Peuples de Russie après la disparition de son mari dont le nom a été associé à une salle du centre culturel de la rue Claude-Gelée.

Un endroit qui était comme un second domicile pour cette actrice incontournable de la vie culturelle spinalienne. Amoureuse de la musique classique, elle était évidemment secrétaire des associations organisatrices comme les Concerts classiques ou le Floréal, et, bien sûr, une auditrice fidèle. Pour rien au monde elle n’aurait manqué une sortie organisée par le Cercle d’art lyrique. Quand elle rentrait de ses voyages, parfois lointains, dans des opéras étrangers, elle savait raconter le plaisir qu’elle avait ressenti. On se souviendra de ses fameux c’était beau ! enthousiastes et forcément francs.

L’ancienne institutrice de l’école Christian-Champy savait écrire un mot attentionné avec une calligraphie exceptionnelle. Ses 80 ans passés, elle vous envoyait tout aussi bien des e-mails et avait décidé de se mettre à la harpe.

Parce qu’elle était curieuse de tout et surtout profondément humaine. Avec la disparition de Lucienne Gaspard, c’est une grande figure du monde culturel spinalien et une personnalité exceptionnellement attachante qui vient de disparaître.

Une cérémonie civile aura lieu demain jeudi à 15 h à la salle de cérémonie de la maison funéraire Saint-Michel, rue Émile-Zola, suivie de la crémation.

[ Vosges Matin , 23 mars 2011 ]

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