2025 —
Vosges Matin
Vosges
Première Guerre mondiale : quand le cinéaste Jean Renoir était hospitalisé à Gérardmer
Éminent réalisateur et scénariste, Jean Renoir n’a pas pu vivre du 7e art toute sa vie. Comme beaucoup de jeunes hommes à l’époque, il est entré dans l’armée en 1913. Deux ans plus tard, il intègre le 6e Bataillon alpin de Chasseurs à Pied et patrouille dans les pentes du Hohneck… ce qui a failli lui coûter la vie. Retour sur une blessure vieille de 110 ans.

Né à Montmartre, mort à Beverly Hills, Jean Renoir aurait pu s’éteindre bien plus proche de chez nous qu’on ne le pense. Retour dans les années 1910. Jean est dans sa vingtaine et au creux de sa main, il ne tient ni plume, ni caméra , mais un fusil. Après validation de son bac en février 1913, il rentre au 1er Régiment de Dragons, à Joigny dans l’Yonne. La guerre éclate et le sergent Renoir lutte près d’Arras.
Par des informations glanées par Bernard Villette, Gérômois et ancien militaire retraité passionné, on apprend que Jean Renoir a demandé à être muté dans les Vosges. Il rentre dans le 6e Bataillon alpin de Chasseurs à Pied (6e BCP), où il est nommé sous-lieutenant à titre temporaire en février 1915.
Un trou rouge au côté droit
Le 27 avril au matin, Jean Renoir patrouille entre les lignes sur les pentes du Hohneck, près d’Orbey (68), au lieu-dit Le Creux d’Argent. Soudain, une balle vient fracturer son col du fémur, du côté de sa jambe droite.
Il y gagne une citation :
Officier extrêmement courageux et de très belle tenue au feu. S’est dépensé sans compter dans l’organisation défensive d’une position. A conduit une reconnaissance ayant pour but la démolition d’une chapelle occupée par l’ennemi. A réussi en partie dans cette action et a été blessé à la cuisse.
Éviter l’amputation à tout prix
Évacué en fin de journée, de nuit, à dos de mulet, il est conduit à l’hôpital de Gérardmer. La blessure n’est pas belle à voir, une gangrène gazeuse s’est formée. Une infection très grave qui détruit les tissus du corps et qui se développe dans une plaie profonde, sans oxygène. Le médecin parle d’amputation sous peine de mort. Jean Renoir refuse. Son humour, lui, n’a pas été touché, puisqu’il écrit à sa mère :
Le médecin me promet pour quelque temps une petite raideur à la jambe. Quelle veine ! J’aurai le “chic” officier !
Sa mère, Aline, qui, sitôt la nouvelle connue, se précipite à son chevet. Comme elle l’avait déjà fait peu de temps auparavant avec son autre fils, Pierre, lui aussi blessé au champ d’honneur cette fois près de Nancy. Cette dernière succombera quelques mois plus tard.
Par chance, le médecin-major Lucien Antoine Marcellin Laroyenne
qui aimait mieux laisser guérir que couper utilise un système de drainage des plaies qu’il a mis au point. La circulation d’eau distillée permet de ne sectionner que les parties touchées, ne raccourcissant la jambe du futur cinéaste
que de quatre centimètres et demi. Le reste de sa vie, il sera affecté par une légère claudication.
Un souvenir un peu particulier que lui laissera le département. Mais qui lui aura permis par la suite de mieux découvrir son père, Pierre Auguste. Ce père, pionnier de l’impressionnisme, qu’il connaît si mal, l’accompagnera en effet dans sa convalescence dans leur appartement parisien.
Simon IUNG
Vosges Matin, 27 octobre 2025.