2003 —
Le Grand livre des élus vosgiens
BARBIER Louis (Laurent Eugène)
(15 octobre 1877, Raincourt, Haute-Saône - 9 juillet 1966, Martinvelle)
• Maire de Martinvelle de 1926 à 1966.
• Conseiller général du canton de Monthureux-sur-Saône de 1934 à 1942 et de 1944 à 1945.
• Conseiller départemental des Vosges de 1942 à 1944.
• Industriel.
• Marié, deux enfants.
Le 9 juillet 1966, Martinvelle est en deuil. Elle vient de perdre Louis Barbier, son administrateur éclairé depuis quarante-et-un ans. Une longévité exceptionnelle pour cet industriel franc-comtois, venu se fixer, après guerre, dans ce petit village du sud-ouest des Vosges.
Né à Raincourt en Haute-Saône, Louis Barbier ne connaîtra jamais ses parents. Son père, Claude-François, disparaît après sa naissance et sa mère, Philomène Priozet, décède l’année suivante. Élevé tour à tour par ses grands-parents et son oncle, il obtient son certificat d’études primaires à Vitrey mais reste deux ans sans aller à l’école. Pris en charge par sa sœur Maria (1870-1930), mercière à Besançon, et par son frère Eugène (1872-1920), préparateur en pharmacie, il peut poursuivre beaucoup plus assidûment ses études. De l’école primaire de Champlitte, il intègre l’École nationale d’art et métiers de Châlons-sur-Marne. Il y reste trois ans.
Suite à un bref intermède comme dessinateur industriel en Normandie, il incorpore le 42e régiment d’infanterie de Belfort. Après son service militaire, sa carrière professionnelle le mène à sillonner son pays. Il se retrouve, dessinateur en automobiles et en ascenseurs à Paris, chef d’études et d’ateliers dans une fabrique de machines-outils à Rouen, puis à Wallers dans le Nord, agent commercial à Montbéliard, représentant-ingénieur à Cherbourg, à Seloncourt-Berne dans le Doubs, à Sellières dans le Jura…
Une vie professionnelle très éclectique qu’il partage aux côtés de son épouse Jeanne Billard et leurs deux enfants, Andrée et René. En 1918, la France et surtout les régions de l’Est, sont dans un cahot profond. Il faut reconstruire et de nouveau cultiver. À cette période, Louis Barbier est directeur de la forge haut-saônoise de Baignes près de Velle-le-Châtel. Il envisage de reprendre à son compte une fonderie ou un établissement industriel. Il entre en correspondance avec plusieurs entreprises et son avenir se dessine en Haute-Marne.
Cependant, à la suite de nouvelles annonces parues dans la presse, il reçoit une offre d’Albert Jannel de Martinvelle, qui fait part de son intention de vendre son usine de machines agricoles. C’est ainsi que Louis Barbier s’installe avec sa famille, le 31 décembre 1919 à Martinvelle. La société Jannel est une entreprise familiale qui a connu son heure de gloire au lendemain du second Empire. Elle se spécialise dans la fabrication de machines agricoles mais elle est également une fonderie de cloches, de bourdons et de carillons, de réputation nationale. Le déclin de cette usine s’amorce à l’aube du XXe siècle et la Grande Guerre signe son arrêt. Son dernier propriétaire, Albert Jannel, ne peut pérenniser la société familiale ; aussi, préfère-t-il vendre l’usine et ses dépendances. De son côté, Louis Barbier fait preuve d’une grande confiance dans l’avenir de son nouvel établissement et dans ses possibilités de développement. Sous sa direction, la production des machines agricoles se poursuit dans la lignée de ses prédécesseurs ; faneuses, moissonneuses, faucheuses, batteuses, râteaux… mais comme pour la maison Jannel, la guerre modifie fortement les conditions de production. Après une embellie toute relative des affaires, un énorme incendie ravage, dans la nuit du 14 au 15 février 1950, différents ateliers et le bureau de Louis Barbier. De plus, soumise à la concurrence et aux bouleversements économiques et politiques, l’usine, comme la plupart des manufacturiers de machines agricoles françaises, ne peut échapper au déclin.
Louis Barbier, c’est aussi un engagement pendant près d’un demi-siècle, dans la vie publique départementale. En 1926, il est élu maire de sa commune, une fonction qu’il assume jusqu’à l’heure de son décès. Après une tentative avortée comme conseiller d’arrondissement, il est élu le 7 octobre 1934, conseiller général du canton de Monthureux-sur-Saône et conseiller départemental, huit ans après.
L’industriel vosgien disparaît à l’âge de 89 ans et repose au cimetière de Martinvelle, aux côtés de son épouse décédée en 1946 à l’hôpital de Luxeuil-les-Bains. La croix de chevalier de la Légion d’honneur, reçue le 11 janvier 1959 des mains de Lucien Carcassès, préfet des Vosges, récompense sa féconde carrière politique et industrielle.
[
Bertrand MUNIER
, Le Grand livre des élus vosgiens ]