2003 —
Le Grand livre des élus vosgiens
PHULPIN Louis (Quirin)
(13 juillet 1814, Saint-Dié - 19 août 1881, Saint-Dié)
• Maire de Saint-Dié de 1865 à 1869
• Conseiller général du canton de Saint-Dié de 1861 à 1871
• Banquier
• Célibataire
Louis Phulpin est le second enfant de Joseph-Antoine Phulpin, négociant à Saint-Dié, qui prend pour épouse, le 12 juillet 1809, sa cousine Germaine-Charlotte Febvrel. Suite au décès du comte d'Ollone, des élections cantonales sont inéluctables en Déodatie. Louis Phulpin, banquier et maire de la ville de Saint-Dié, dépose sa candidature et déclare : Engagé par mes amis et fort de l'assentiment de monsieur le préfet des Vosges, je me mets sur les rangs pour remplir au conseil général la place laissée vacante par la mort si regrettable de monsieur le comte d'Ollone. Pour justifier à mes yeux cette prétention, j'ai dû me souvenir, qu'initié de bonne heure à d'importantes affaires, j'ai aussi dirigé mon activité sur celles qui ont rapport à la chose publique, membre du conseil municipal depuis 1845, et de l'administration communale de Saint-Dié depuis dix ans, il n'est, en effet, aucun intérêt sérieux pour notre pays dont je me sois occupé avec zèle, sinon avec succès. Et si aujourd'hui je désire siéger au conseil général, c'est que dans ma sphère d'action ainsi élargie, je pourrais donner de plus grandes preuves de mon dévouement à notre arrondissement.
Elu conseiller général, son poste lui est renouvelé en 1870, malgré les antagonismes que lui ont créés certaines difficultés de caractère, notamment au sein du conseil municipal déodatien. Un an après, à la suite de l'annexion de plusieurs communes vosgiennes à la région alsacienne, l'organigramme du conseil général des Vosges est modifié et Louis Phulpin abandonne son dernier mandat électif. Par décret en date du 26 août 1865, il avait été élu maire de Saint-Dié à la place de Charles Gachotte. Quatre ans plus tard, il donne sa démission et son prédécesseur retrouve son fauteuil.
En mars 1870, il est désigné pour faire partie du conseil de la Haute Cour qui doit juger le prince Pierre Bonaparte qui tua d'un coup de revolver le journaliste Victor Noir. Ce meurtre donne lieu à de violentes manifestations populaires contre le régime en place. Le jeune Victor Noir, rédacteur de La Marseillaise, est mort d'une balle qu'il a reçue en pleine poitrine chez le prince Pierre-Napoléon Bonaparte, et ce tragique événement est depuis cinq jours le douloureux entretien de tout Paris. C'était en 1870 et ce fut véritablement un coup de tonnerre sur la capitale que racontait ainsi le journal L'Illustration. Le trône de Napoléon III vacilla ; le prince en question étant son cousin germain, fils de Lucien Bonaparte, neveu de Napoléon Bonaparte.
Le début de cette histoire est dans les Vosges, la fin au cimetière parisien du Père-Lachaise où repose depuis 1891 ce Victor Noir, né en 1848 à Attigny près de Darney. Les obsèques de Victor Noir sont uniques dans l'Histoire de France. Entouré de 100 à 200 000 personnes, le cercueil traverse les Champs-Élysées, encadré par l'infanterie et la cavalerie, car la haine populaire contre l'Empereur est à son apogée. Sur le tombeau définitif du Vosgien, cité par tous les guides du Père-Lachaise comme l'un des 40 plus originaux, le gisant est représenté, en bordure du carré 92, pas très loin du Mur des Fédérés, en l'état de sa mort, allongé sur le trottoir de l'hôtel princier. Le haut-de-forme à la main, le haut du pantalon défait, le visage poupin, Victor est d'un réalisme stupéfiant. Son auteur, Dalou, y a laissé le trou de la balle, comme le sculpteur Rollin. Tous les jours encore aujourd'hui, des roses rouges fanent sur ce symbole de la virilité, au relief patiné par les baisers et les caresses des visiteuses, des femmes en mal d'enfant. Il est vrai que les surplis du pantalon s'y prêtent... Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1864, Louis Phulpin décède le 19 août 1881 à Saint-Dié.
[
Bertrand MUNIER
, Le Grand livre des élus vosgiens ]