André Chastant, garagiste et maire de Cheniménil, a la grande joie d'annoncer, le 3 janvier 1928, la naissance de sa fille Françoise. Trente ans plus tard et contre toute attente, elle suit les traces de son père et devient maire du petit village de Bois-de-Champ. Françoise Chastant rencontre son destin quand elle épouse, en 1951, à Nancy, Bernard Thomas, officier de la marine marchande, avec qui elle sillonne la planète. De leur union naissent trois enfants : Manuella, Pascale et Anne.
En 1957, la famille Thomas quitte la cité de Stanislas pour la région natale de Bois-de-Champ. Les élections municipales de 1959 conduisent Françoise Thomas à la tête de la commune, sans être candidate. Elue conseillère municipale à la surprise générale, les élus locaux lui donnent aussitôt les clés de la mairie. Jeune et nouvelle élue de la circonscription, Françoise Thomas est sollicitée pour le poste de conseiller général en remplacement de son oncle André, démissionnaire. Le président de l'assemblée départementale, Jean Vilmain, soutient activement sa candidature. Indépendamment de ses mérites propres, le maire de Bois-de-Champ porte le nom d'une dynastie de conseillers généraux du cru. Ce patronyme lui vaut évidemment de nombreux ralliements, d'autant plus que son oncle, en qui a vibré la fibre avunculaire, a lancé aux électeurs un appel les invitant à reporter sur elle la confiance qu'ils lui ont durant quelque vingt ans, manifestée avec ferveur.
Outre Françoise Thomas, Paul Baradel, exploitant forestier déjà présent en 1961 et surtout Jean-Pierre Lavallée, maire du chef-lieu, briguent cette succession. Le premier tour n'apporte pas la décision, sept voix séparent les deux favoris. Par contre, le dimanche 11 septembre 1966 et pour seulement trente-sept voix d'avance, Françoise Thomas est élue. Pour la seconde fois de son histoire, le conseil général des Vosges accueille une femme et pour la première fois, deux femmes siègent sur les bancs du même hémicycle : Marcelle Chanaux pour le canton de Lamarche et évidemment Françoise Thomas.
La nouvelle élue se définit ainsi : Je suis sans appartenance politique, aussi éloignée d'un progressisme aventureux que d'un conservatisme dépassé, et j'inscris à mon programme la sauvegarde des libertés communales et départementales et la défense des intérêts locaux et cantonaux. J'ai toujours souhaité le maintien d'un climat amical entre toutes les communes. Reconduite aisément dans ses fonctions sept mois plus tard face uniquement à Paul Baradel et, en 1973, face à l'ouvrier métallurgiste Maurice Saint-Gilles, elle est mise en difficulté au renouvellement cantonal de 1979. Battue au second tour de scrutin par Bernard Meyer, maire de Les Poulières, elle est également victime du maintien d'André Bernière, maire de Mortagne. Malgré le décès de son mari en 1975, Françoise Thomas reste attachée à Bois-de-Champ et demeure longtemps à proximité de la mairie, sa seconde maison pendant des années, avant de résider à Remiremont.