2003 —
Le Grand livre des élus vosgiens
PONCELET Christian (Raymond Aimé)
(24 mars 1928, Blaise, Ardennes)
• Premier adjoint au maire de Remiremont de 1965 à 1983
• Maire de Remiremont de 1983 à 2001
• Conseiller général du canton de Remiremont depuis 1963
• Président du conseil général des Vosges depuis 1976
• Conseiller régional de Lorraine de 1977 à 1988 et du 22 mars 1992 au 6 avril 1992
• Député des Vosges de 1962 à 1972
• Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé des Affaires sociales du 6 juillet 1972 au 28 mars 1973
• Secrétaire d'État auprès du ministre du Travail, de l'Emploi et de la Population du 12 avril 1973 au 27 février 1974
• Secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre chargé de la fonction publique du 1er mars 1974 au 27 mai 1974
• Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, chargé du Budget du 18 juin 1974 à août 1976 (cabinet Chirac) puis jusqu'en mars 1977 (cabinet Barre)
• Secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement du 1er avril au 26 septembre 1977
• Sénateur des Vosges depuis 1977
• Président du Sénat depuis 1998
• Marié, deux enfants
Après François de Neufchâteau et Jules Ferry, Christian Poncelet entre le 1er octobre 1998 au panthéon des hommes politiques vosgiens en devenant président du Sénat. Ce succès, parmi tant d'autres, est l'aboutissement de trente-six années de travail. Les premiers propos du nouveau président vont droit au cœur de sa mère : Je suis issu d'un milieu modeste, elle a fait tellement de sacrifices pour nous élever avec mes trois frères... ! Laquelle répond : Je suis fière de lui. Il est honnête et il aime la France. Tout comme ses frères, je l'ai élevé chrétiennement et j'en suis heureuse… Car l'étonnante carrière de Christian Poncelet n'est pas celle, au début, d'un politicien professionnel. Bien qu'originaire du petit village de Blaise dans les Ardennes, c'est le département des Vosges qui propulse Christian Poncelet au devant de la scène politique nationale.
Raoul Poncelet et son épouse Raymonde Chamillard sont agriculteurs et Christian et ses frères participent aux travaux de l'exploitation familiale. Tenté par la terre qu'il aime profondément, le futur édile sait malgré tout qu'il faut choisir un autre métier. Il est étudiant au collège de Rethel dans les Ardennes quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Son père et son oncle partent aux combats, tandis que la famille Poncelet quitte la région et se retrouve sur les routes de la France. La longue colonne de réfugiés s'arrête à Montargis, bloquée par les divisions allemandes. Quand sonne l'Armistice, c'est le grand retour à la maison, mais les Allemands sont toujours omniprésents. Rethel est en zone rouge et qui plus est, les jeunes gens risquent d'être incorporés. Afin d'être définitivement à l'abri, Christian Poncelet est envoyé en Algérie près d'Oran, décision prise par la famille.
À la Libération, il quitte les bords de la Méditerranée pour regagner la ferme ardennaise. Il devance l'appel et entre à l'Ecole militaire des Transmissions à Montargis. Cette formation le passionne, aussi se dirige-t-il ensuite vers les concours techniques et l'Ecole nationale professionnelle des télécommunications, tout en poursuivant ses études au collège Saint-Sulpice à Paris. Contrôleurs des télécommunications, il entre au syndicat CFTC (confédération française des travailleurs chrétiens) et accède au comité national confédéral du syndicat. Les événements d'Algérie, la crainte d'une guerre civile, les changements incessants dans la classe politique, font que désormais, Christian Poncelet s'intéresse à la politique et veut en être acteur. Auparavant, il donne son nom à Yvette Miclot, jeune vosgienne originaire de Saulxures-sur-Moselotte. Leur union est scellée le 31 décembre 1949 et le couple Poncelet a le bonheur d'avoir deux enfants, Laurence et Danièle.
Pressenti afin de se présenter aux législatives de 1962, Christian Poncelet est confirmé dans sa candidature dans le département de son épouse. La circonscription de Remiremont accueille son nouveau député avec enthousiasme. Le départ anticipé, pour raisons de santé, du maire Jean-Marie Grenier, confirme l'implantation de Christian Poncelet. Après avoir rejoint le Palais-Bourbon, le nouvel élu romarimontain veut s'investir également pour sa nouvelle ville. Les élections municipales de mars 1965 lui offrent l'opportunité de partir à la conquête de la cité des Chanoinesses. Ce sera l'élection municipale la plus disputée de Christian Poncelet. Sa Liste d'Union pour la Rénovation et l'expansion de Remiremont est opposée à celle du maire sortant.
Jamais, de mémoire d'anciens romarimontains, qui plus est en consultant les archives, l'électeur local ne s'est trouvé devant un tel choix en nombre de candidats briguant l'octroi d'un fauteuil au salon Jeanne-d'Arc. Jamais, une fois de plus, on n'a vu un tel pourcentage de votants ! Jamais encore, un dépouillement de scrutin n'a été aussi long (le panachage était encore en vigueur). Jamais aussi, avec une telle abondance de candidats et une telle participation, le corps électoral n'a élu aussi peu de personnes au premier tour. Un seul !... On s'attend généralement à plusieurs. mais un seul ! Christian Poncelet est finalement reçu au second tour et devient le premier adjoint de Pierre Bucher, puis en 1971, de Gilbert Zaug.
Il prend les rênes de la ville en 1983 et ne connaîtra plus d'élections municipales aussi tourmentées. En 1963, il rejoint l'assemblée départementale et fréquente sans interruption les travées du conseil général des Vosges. Une institution qu'il est amené à présider le 16 mars 1976, suite à la défaite inattendue de l'industriel de Rambervillers, Jean Vilmain. Mais une date retiendra son attention au sein de cette assemblée : celle du mercredi 24 mars 1982. Réélu par 18 voix contre 13 à son concurrent senonais André Valentin, il entame à cette date, une tâche autrement plus lourde que celle qu’il avait auparavant. En effet, Christian Poncelet devient le patron de l'exécutif départemental, en vertu des pouvoirs qu'il reçoit officiellement du préfet Hubert Blanc.
Au cours de sa carrière parlementaire, il se fait surtout remarquer pour son activité au sein de la commission de la Production et des Échanges à l'Assemblée dont il est secrétaire puis vice-président. Toutefois, l'essentiel de ses travaux touche aux questions sociales. Délaissant son poste de député au profit de son suppléant fressiot, Emile Boileau, Christian Poncelet entre pour la première fois, le 6 juillet 1972, au Gouvernement. Le président Georges Pompidou, sur la proposition de son Premier ministre Pierre Messmer, le nomme secrétaire d'Etat chargé des Affaires sociales. Au deuxième et troisième gouvernement Messmer, il est secrétaire d'Etat auprès du ministre du Travail, puis auprès du Premier ministre chargé de la Fonction publique. Si le départ prématuré du président Pompidou entraîne fatalement de multiples changements, Christian Poncelet demeure toujours membre du gouvernement. Nommé en juin 1974 secrétaire d'Etat au Budget dans le gouvernement Chirac, en août 1976 il conserve son poste dans le premier cabinet Barre et au second cabinet, il est secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement ; son chef de cabinet est alors Philippe Séguin.
Christian Poncelet quitte le gouvernement en septembre 1977, lorsqu'il est élu sénateur des Vosges. À ses côtés apparaît l'ancien député de la Plaine, Albert Voilquin. Tous deux succèdent à Louis Courroy et Henri Parisot. Mais l'apogée de la brillante carrière politique de Christian Poncelet est évidemment son élection, en 1998, à la présidence du Sénat, également appelé Haute-Assemblée. Une confiance qui lui sera réitérée trois ans plus tard. Présent dans les Vosges depuis 1962, il affronte régulièrement le verdict des électeurs. Aux échéances municipales et cantonales de mars 2001, Christian Poncelet est conforté dans sa popularité. Chaleureusement plébiscité par ses concitoyens, le président de l'exécutif départemental est sujet au cumul des mandats. Il rend son écharpe tricolore et quitte à regret l'hôtel de ville romarimontain, ne pouvant même plus siéger comme simple conseiller municipal. C'est le cœur lourd que je dois me soumettre à la règle, malgré la tristesse de devoir m'éloigner quelque peu d'une ville qui m'a tout donné, qui a fait ce que je suis et que je chéris par dessus-tout.
En janvier 2003, il est élu à l'Académie des sciences morales et politiques et voit, à travers cet honneur, l'aboutissement d'une carrière remarquable où la notion d'humanisme a une place prépondérante. À cet Institut de France, créé par la Convention nationale, supprimé par Napoléon Ier et rétabli en 1832, Christian Poncelet rejoint, entre autre, les Premiers ministres Raymond Barre et Pierre Messmer.
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Bertrand MUNIER
, Le Grand livre des élus vosgiens ]