1816 —
Biographie universelle ancienne et moderne / Michaud
GEORGEL (Jean-François), ex-jésuite, secrétaire d’ambassade et chargé des affaires de France à la cour de Vienne, grand-vicaire de l’évêché de Strasbourg, et en dernier lieu de celui de Nancy, né à Bruyères en Lorraine le 29 janvier 1731, est mort dans la même ville, le 14 novembre 1813.
Ses parents, quoique peu favorisés de la fortune, lui procurèrent une éducation très soignée. L’éclat de ses premières études le fit remarquer parmi les jésuites, dans l’ordre desquels il entra à l’âge de treize ans. Il enseigna d’une manière distinguée la rhétorique et les mathématiques, dans les collèges de Pont-à-Mousson, de Dijon et de Strasbourg. C’est dans cette dernière ville que sa réputation le fit connaître du prince Louis de Rohan, lequel parvint, en 1762, à se l’attacher entièrement. De ce moment, il accorda à l’abbé Georgel une haute confiance, qui s’accrut par les services que celui-ci lui rendit pendant l’ambassade de Vienne et dans d’autres circonstances importantes.
En 1771, le duc d’Aiguillon, qui avait succédé au duc de Choiseul dans la direction des affaires étrangères, voulant donner de l’éclat à son nouveau ministère, fit rappeler de l’ambassade de Vienne le baron de Breteuil, et nommer à sa place le prince Louis de Rohan. L’abbé Georgel dirigea tous les détails de l’ambassade pendant deux ans et demi ; il resta à Vienne comme chargé des affaires de France jusqu’à l’arrivée du nouvel ambassadeur.
Lorsque le prince Louis revint à Paris en 1774 à l’occasion de la mort de Louis XV, les mémoires qu’il envoya au cabinet de Versailles furent goûtés, autant par l’exactitude et l’étendue des détails que par la sagesse qui avait dirigé ses observations. Lui et le prince ambassadeur avaient donné l’éveil sur la connivence de la cour de Vienne pour le premier partage de la Pologne, qui eut lieu à cette époque : mais le duc d’Aiguillon, fasciné par les protestations réitérées de cette cour, repoussait opiniâtrement les insinuations qui lui étaient faites. Humilié lorsqu’il vit le partage consommé à son insu, ce ministre chercha sourdement à rejeter sur des hommes innocents une faute qu’il n’aurait dû attribuer qu’à l’imprévoyance de sa politique.
Étant revenu de Vienne, le prince Louis fut successivement nommé grand-aumônier de France, évêque de Strasbourg, cardinal, abbé de St-Waast, proviseur de Sorbonne, et administrateur de l’hôpital des Quinze-Vingts. En qualité de grand vicaire, l’abbé Georgel était chargé des détails attachés à ces hautes dignités : mais désapprouvant les liaisons du cardinal avec Cagliostro, avec la comtesse de la Motte, et avec d’autres personnages semblables, il s’éloigna insensiblement de ce prince, et n’eut plus avec lui, comme autrefois, de relations intimes et confidentielles ; il ne le voyait plus que pour lui soumettre son travail de vicaire-général.
Le cardinal de Rohan, lorsqu’il fut arrêté, le 15 août 1785, à l’occasion de la trop fameuse affaire du collier, sentit vivement les dangers de sa position : il vit le gouffre qu’il s’était creusé par ses imprudences, et pensa d’abord à l’abbé Georgel, le regardant comme le seul homme capable de diriger sa défense. Rappelé par le cardinal et par sa famille, l’abbé Georgel oublia facilement des torts provoqués par sa franchise et par son zèle ; il voua tous ses soins et ses veilles à la cause de son illustre et malheureux protecteur. Ce fut lui qui, malgré les efforts du baron de Breteuil, parvint à répandre quelque lumière sur cette affaire dont les inexplicables complications étonnaient la France et l’Europe.
Dans la quatrième section des Mémoires que l’abbé Georgel nous a laissés, il développe la marche de ce drame intéressant. On l’y voit luttant sans cesse contre la haine du baron de Breteuil, qui l’aurait fait arrêter si la reine elle-même ne s’y fût opposée, en assurant que depuis quelques années il n’existait plus de relations intimes entre lui et le prince Louis. Exilé à Mortagne-au-Perche, le 10 mars 1786, en vertu d’une lettre de cachet obtenue par ce ministre, il ne laissa pas de continuer à soutenir, quoique moins efficacement, ainsi que le baron l’avait bien prévu, le procès dont l’Europe attendait l’issue avec tant d’impatience.
Le parlement rendit enfin sa sentence, le 31 mai 1786. Le cardinal fut absous à la vérité devant la loi ; mais il ne fut point lavé, aux yeux des Français, du reproche d’avoir, par une légèreté impardonnable à un homme de son rang et de sa naissance, compromis si grièvement la majesté du trône. Le jour même du jugement, le roi lui ôta la grande-aumônerie de France, ainsi que le cordon-bleu, et l’envoya en exil dans son diocèse.
Pour l’abbé Georgel, il obtint l’autorisation de revenir dans sa ville natale : mais desservi auprès du cardinal par de perfides insinuations, il s’éloigna du monde et des affaires. Il commençait à goûter quelque repos au sein de sa famille, lorsque la Révolution vint mettre un terme à l’existence agréable et paisible dont il jouissait à Bruyères.
Arraché en 1793 au séjour délicieux qu’il avait embelli avec affection, il fut déporté en Suisse, d’où il alla s’établir à Fribourg-en-Brisgau. Là, étranger à toute espèce d’affaire publique, partageant ses moments entre l’étude et les exercices d’une piété solide et éclairée, il commença à revoir et à mettre en ordre ses Mémoires.
En 1799, âgé de soixante-huit ans, il fut jeté de nouveau dans l’agitation des affaires. Buonaparte venait de s’emparer de Malte : l’ordre de St-Jean de Jérusalem était menacé d’un anéantissement complet. Les langues de Provence, d’Auvergne, de France, n’existaient plus : celle d’Italie ne tenait qu’à un fil ; et le grand-maître Hompesch gardait un silence obstiné sur les raisons qui pouvaient l’avoir porté à rendre si promptement la capitale de l’ordre. Dans ces circonstances, la langue de Lithuanie prit la résolution d’offrir la grande-maîtrise au czar Paul 1er, espérant par cette protection arrêter dans sa ruine un ordre que plusieurs siècles de gloire avaient illustré et rendu si cher à la chrétienté. Les langues de Bohème, d’Allemagne et de Bavière, suivirent cet exemple ; elles envoyèrent à St-Pétersbourg des députés, pour offrir au monarque, qu’elles reconnaissaient pour leur grand-maître et protecteur, l’hommage de leur obéissance. La langue d’Allemagne, rassemblée à Heitersheim, résidence du grand-prieur, nomma pour députés le bailli de Pfürdt-Blumenberg (Ferette-Florimont), Pilier de la Langue, et le baron de Baden, commandeur de Wesel. L’abbé Georgel, dont le nom avait percé à travers l’obscurité de sa retraite, fut invité par le grand-prieur à venir prendre part aux délibérations, à rédiger les instructions pour les députés, à les accompagner en Russie, et à diriger leur travail comme conseiller de légation.
Il obtint enfin de rentrer en France en 1802. Le ministre des cultes Portalis lui offrit un évêché, qu’il refusa, sans doute par crainte de se trouver par-là trop rapproché de l’usurpateur, qu’il avait démasqué d’avance, en le peignant dans ses beaux moments avec des traits auxquels tout le monde le reconnaît aujourd’hui. Cependant, ne voulant point rester inutile dans un moment où il pouvait encore rendre de grands services à la religion, l’abbé Georgel accepta, sur les sollicitations de M. d’Osmond, éveque de Nancy, la place de vicaire-général du diocèse pour le département des Vôges. Ce poste lui convenait d’autant mieux, que son habitation chérie de Bruyères, qu’il avait retrouvée à son retour, était placée à peu près au centre du département. Sa manière d’administrer dans des temps si difficiles, ne fit qu’augmenter la confiance de l’évêque ; elle lui concilia l’estime des autorités civiles, ainsi que la vénération et l’attachement du clergé du département.
Pendant son exil, l’abbé Georgel avait mis en ordre les notes qu’il avait recueillies sur les événements de son temps ; il rédigea sur cela ses Mémoires, qu’il divisa en six sections. La section 1ère fait mention de la destruction des Jésuites ; la 2e, des dernières années du règne de Louis XV, ce qui comprend les ministères du duc de Choiseul, du duc d’Aiguillon et du chancelier Maupeou ; la 3e s’attache au règne de Louis XVI, et aux opérations de ses ministres, jusqu’à la convocation des notables ; la 4e donne des détails sur l’affaire du collier ; la 5e traite de la Révolution française jusqu’en 1803 ; dans la 6e, l’auteur nous a conservé les observations qu’il avait faites pendant son voyage à St-Pétersbourg en 1799 et 1800.
L’abbé Georgel est aussi l’auteur d’un Mémoire pour M. de Soubise, publié à Paris, 1771, in-8°, en réponse à l’écrit anonyme (de M. Gibert), intitulé : Mémoire sur les rangs et les honneurs de la cour.
Signé : Gley.
[in Biographie universelle, ancienne et moderne, ou Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes. Ouvrage rédigé par une société de gens de lettres et de savants. 1ère édition. Publiée sous la direction de M. Michaud.- Paris : chez L. G. Michaud, 1816.- Tome 17, pages 160-164].
1827 —
Annuaire administratif et statistique des Vosges 1827 / Charles Charton, p. 236
Abbé GEORGEL.- M. l’abbé Georgel, que ses mémoires ont fait connaître du monde politique et du monde littéraire, était né à Bruyères, où il est mort dans les fonctions de Provicaire de l’évêque de Nancy, pour le département des Vosges.
1829 —
Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel
GEORGEL Jean-François.- Ex-jésuite, grand vicaire du diocèse de Strasbourg, secrétaire d’ambassade, etc., né à Bruyères en 1730, mort en 1813 ; enseigna, d’une manière distinguée, la rhétorique et les mathématiques au collège de Pont-à-Mousson pendant 18 ans ; ayant eu occasion de se faire connaître du prince Louis de Rohan, ce dernier se l’attacha, l’honora de toute sa confiance, et l’abbé Georgel y répondit par le plus entier dévouement : il lui en donna bien des preuves.
Le prince nommé ambassadeur à Vienne en 1772, l’abbé l’accompagna ; il acquit promptement des connaissances assez profondes en diplomatie, et dirigea avec beaucoup d’habileté tout ce qui concernait la mission dont il était le principal ressort. Il paraît qu’il n’a pas tenu à lui, que la cour de France ne fût informée du projet de partage de la Pologne et qu’elle prît des mesures convenables pour s’y opposer. Lorsque l’affaire du collier éclata avec la dame de la Motte, en 1785, le prince fut arrêté ; averti à temps qu’on allait se saisir de ses papiers, Georgel sut en soustraire ceux qui auraient compromis son protecteur : un arrêt du parlement, favorable au prince, le fit mettre en liberté ; mais peu de temps après une lettre de cachet atteint l’abbé, qu’on relégua à Mortagne.
Libre de se retirer dans sa ville natale, il y resta jusqu’au moment où la révolution vint l’en tirer, et lui fit chercher un asile à Fribourg-en-Brisgau. Il revint à Bruyères lors de la promulgation du sénatus-consul de 1801 ; et fut nommé, par Mgr l’évêque de Nancy, Provicaire pour le département des Vosges : il avait refusé un évêché et était lié d’amitié avec les personnages les plus célèbres de son siècle.
Ses seules productions sont : Mémoire sur les rangs et les honneurs de la cour ou Mémoire de M. de Soubise, in-8°, 1771 ; Mémoires pour servir à l’histoire des événements de la fin du 18e siècle, depuis 1760 jusqu’en 1806, 6 vol. in-8°, 1818. Dans cet ouvrage, plein d’intérêt et très curieux, il donne le détail du fameux procès du collier, suit la révolution française dans ses différentes phases et émet ses observations sur ses causes, ses progrès, ses suites et sa fin désastreuse.
L’abbé Georgel avait beaucoup d’esprit, le sens droit, et l’habitude de voir : il était par conséquent très en état d’apprécier les événements et de les juger ; cependant, le jugement qu’il en porte laisse à désirer moins de partialité, et plus d’égard pour une princesse célèbre par son courage et ses malheurs.
1836 —
Annuaire administratif et statistique des Vosges 1836 / Charles Charton
L’abbé Georgel.- Parmi les hommes illustres dont s’honore le département des Vosges, l’abbé Georgel occupe à juste titre un rang distingué. Son mérite littéraire, les talents qu’il a déployés dans la carrière diplomatique, le rôle qu’il a joué, la part qu’il a prise dans les événements qui ont précédé et peut-être précipité la révolution de 1793, les services qu’il a rendus à son pays ont attaché à son nom une incontestable célébrité.
M. Georgel naquit à Bruyères le 29 janvier 1731, de parents peu aisés qui employèrent le peu de bien qu’ils possédaient à lui procurer les bienfaits de l’éducation. Les jésuites, ses maîtres, frappés des progrès dont furent marqués ses premiers pas, les jésuites à la perspicacité desquels ses heureuses dispositions ne purent échapper, firent tout pour gagner à leur ordre cette gloire naissante, et l’abbé Georgel fut d’abord jésuite. Il remplit pendant dix-huit ans, avec la réputation de professeur habile, une chaire d’humanités et de mathématiques dans leurs collèges de Pont-à-Mousson, de Dijon et de Strasbourg.
Ce fut dans cette dernière ville que son mérite fixa les regards du prince Louis de Rohan, alors coadjuteur du prince évêque, son oncle ; et lorsqu’au mois d’août 1762, un arrêt du parlement apprit à la France que la compagnie de Jésus avait cessé d’exister, ce prince, plein d’affection pour l’abbé Georgel, voulut se l’attacher et l’honora d’une confiance toute particulière qui fut payée par un dévouement sans bornes. Sous ce puissant patronage, l’abbé Georgel devint successivement grand vicaire de l’évêché de Strasbourg et de la grande aumônerie de France, administrateur de l’hospice des Quinze-Vingts, prieur de Ségur en Auvergne, etc.
Dix ans après, le duc d’Aiguillon, alors ministre des affaires étrangères, jeta les yeux sur le prince de Rohan pour l’ambassade extraordinaire de Vienne, et lui adjoignit l’abbé Georgel en qualité de secrétaire. Ici commence sa vie politique, pour laquelle il semblait né et dans laquelle il fit paraître une habileté peu commune. Le prince de Rohan, trop ami du faste et peut-être accablé du poids de son importante mission, en laissa la direction presque toute entière à son secrétaire. Celui-ci, qui avait su mettre heureusement à profit l’intervalle que Iui avaient laissé les immenses préparatifs de départ du prince de Rohan, pour s’instruire et pénétrer dans les mystères de la politique, ne tarda pas à prouver qu’il savait allier l’adresse d’un vieux diplomate à l’habileté de l’écrivain.
La haute considération dont il se vit bientôt entouré, que ses travaux lui avaient acquise et que ses ennemis ne purent lui faire perdre, justifia le choix que l’on avait fait de lui. Ce qui surtout devait faire ressortir la profondeur de sa politique, c’est la persévérance avec laquelle il ne cessa d’attirer les regards du duc d’Aiguillon sur la malheureuse Pologne, dont les puissances du nord méditaient secrètement le partage. Soit imprévoyance, soit qu’il se laissât fasciner par les astucieuses protestations du prince de Kaunitz, soit qu’il ne put imaginer qu’au mépris du droit sacré des nations, la Russie, la Prusse et l’Autriche songeassent sérieusement à commettre cet affreux attentat, ce ministre ferma les yeux ; et ce crime politique, qui n’était qu’un coup d’essai, et pour les esprits plus clairvoyants, le présage de cet autre partage de 1793 qui a rayé la Pologne du tableau des royaumes de l’Europe, ce crime fut consommé.
La conduite du duc d’Aiguillon, lors de l’asservissement de la Pologne, de cette terre de héros dont les malheurs excitent si vivement aujourd’hui notre sympathie, a imprimé à sa mémoire une flétrissure indélébile. Et si dévoré de dépit et peut-être de remords, ce ministre inhabile chercha, par de coupables insinuations, à faire retomber l’animadversion publique sur l’ambassade de Vienne, la cour et le peuple ne furent pas longtemps abusés ; l’abbé Georgel, par un mémoire justificatif dont la véracité ne pouvait être mise en doute, prouva que si le contrepoids des états de l’Europe se trouvait détruit par l’effet de ce partage, le soupçon, soit d’imprévoyance soit de complicité, devait tomber autre part que sur l’ambassade de Vienne : aussi sa gloire est-elle restée pure de toute atteinte. Si encore, à la mort de Louis XV, l’abbé Georgel ne put conjurer le rappel du prince de Rohan, il put du moins reconnaître, par la distinction flatteuse dont il fut l’objet, que son aptitude et ses services n’avaient point été mis en oubli. Pendant un an et jusqu’à l’arrivée à Vienne du successeur du prince de Rohan, il fut chargé seul, près de cette cour, des affaires de France. Et qu’on ne dise point que la faveur eut une part à cette nomination : l’abbé Georgel, sans nom, sans fortune, à une époque où la naissance tenait souvent lieu de tout, ne dut cet honneur qu’au souvenir des services signalés qu’il avait rendus lorsque, pendant son ambassade, le prince de Rohan usait de la permission de voyager en Pologne, en Bohème et en Hongrie. L’abbé Georgel avait alors saisi le fil de la correspondance secrète du cabinet de Vienne avec les autres cabinets de l’Europe et en avait transmis à Paris le détail circonstancié, ce qui jetait le plus grand jour sur les intentions de l’Autriche.
Le ministère qui venait de succéder à celui du duc d’Aiguillon, pénétré de la puissance de moyens de l’abbé Georgel, en prolongeant ses pouvoirs, lui demanda un tableau statistique des états de la monarchie autrichienne, avec un mémoire détaillé de ses relations politiques avec les cabinets de Berlin, Saint-Pétersbourg et Constantinople. S’il remplit cette tâche avec le succès qu’on en attendait, c’est ce qui ne saurait être l’objet d’un doute, puisqu’à son arrivée à Paris, ce travail reçut la vive approbation des comtes de Maurepas, du Muy et de Vergennes, et que son auteur fut comblé des marques toutes particulières de leur confiance. Nous verrons plus tard les effets de l’opinion favorable que l’Allemagne avait conçue de sa haute capacité. Toutefois, les ministres de France professèrent si hautement leur estime pour sa personne, que bientôt son amitié fut recherchée par les personnages les plus distingués par leur mérite et leur naissance.
L’abbé Georgel jouissait de la plus grande faveur, lorsque arriva cet événement funeste qui eut du retentissement dans toute l’Europe et qui, au moment où les divers pouvoirs de l’état empiétaient sur les prérogatives royales, hâta, comme on sait, la fin du drame sanglant de 1793 : je veux dire l’affaire du Collier.
Il serait hors de sujet d’entrer dans le récit de ce fameux procès, l’un des événements qui signalèrent la fin du dix-huitième siècle ; mais il est à propos de dire que, profondément affligé d’avoir été le jouet d’une infernale mystification, et surtout d’avoir perdu sans retour les bonnes grâces de sa souveraine, étourdi par le chagrin d’être traduit, lui prince de l’église, devant le parlement, comme accusé de faux et coupable du crime de lèse-majesté, et par cela même hors d’état de jouir de toute la tranquillité d’âme et de toute la présence d’esprit indispensables en pareils cas, le prince de Rohan s’était entièrement déchargé sur l’abbé Georgel du soin de réunir les matériaux nécessaires à sa défense. L’abbé Georgel, malgré les périls d’une lutte engagée avec une reine de France, ayant à combattre, dans une cause en apparence désespérée, les célébrités du barreau, sut avec tant d’art démêler le tissu d’intrigues, dissiper les ténèbres qui enveloppaient cette mystérieuse affaire ; il fit paraître la vérité dans un jour si lumineux, qu’il fut facile aux deux célèbres avocats à qui son travail fut soumis de faire tomber l’accusation, et qu’il intervint un arrêt du parlement qui renvoya le prince de Rohan absous.
L’abbé Georgel, dans ses mémoires, a traité ce sujet avec l’énergie et l’extension qu’il demandait. Il a jeté assez de jour sur cette malheureuse affaire du Collier pour éclairer l’opinion.
Outré du dépit que causait à la reine cet humiliant échec, le roi fit ôter au prince de Rohan le cordon bleu, et la grande aumônerie de France ; et l’arrêt qui exilait l’abbé Georgel à Mortagne, dans le Perche, arrêt qui avait été rendu peu auparavant dans le but vain de paralyser ses efforts en faveur du prince de Rohan dans l’affaire du Collier, cet arrêt ne fut point rapporté ; mais à la faveur du crédit dont il jouissait, la permission de passer le temps de son exil à Bruyères, sa ville natale, lui fut accordée.
A peine y goûtait-il le repos que son âge déjà avancé et les fatigues d’une vie pleine d’agitation lui rendaient si nécessaire, que la révolution de 1793 vint l’en arracher. Déporté en Suisse et retiré à Fribourg en Brisgau, il donnait la majeure partie de son temps à l’étude des belles lettres, quand il se vit de nouveau appelé à jouer un rôle dans les affaires politiques. Adjoint à la députation que le grand prieuré d’Allemagne envoya en 1799 à Paul 1er, empereur de Russie, il se fit remarquer de ce monarque qui le décora de l’ordre de Saint Jean de Jérusalem, le gratifia d’une pension de cent ducats sur le grand prieuré d’Allemagne, et le chargea d’une mission près du comte de Cobentzel, ambassadeur d’Autriche en Russie, dans le but de sonder les dispositions de son cabinet et de prévenir la rupture qui semblait devoir prochainement éclater entre les deux cours de Vienne et de Saint-Pétersbourg. Malgré les fatigues et les dangers inséparables d’un si long voyage à l’époque dont nous parlons, l’abbé Georgel fit une étude approfondie des usages, des moeurs, du caractère et de l’esprit politique de ce peuple alors peu connu.
Il nous a transmis dans ses mémoires le fruit de ses savantes observations : on n’y lit pas sans plaisir ce qu’il a écrit touchant la cour de Louis XVIII à Mittau, où il fut admis. Les portraits des principaux seigneurs de la cour de Russie y sont tracés avec cette finesse, cette délicatesse de style qui caractérisent particulièrement ces mémoires. Revenu à Fribourg, après un voyage de seize cents lieues, l’abbé Georgel pensait y terminer sa carrière, lorsqu’il put enfin ramener ses pas vers sa patrie. Retiré à Bruyères dans son habitation qu’il avait embellie avec goût, et après avoir refusé les honneurs de l’épiscopat que M. de Portalis lui avait offert à la publication du concordat, il n’aspirait plus qu’au bonheur de couler en paix et loin des affaires le reste de ses jours déjà si longs et déjà si remplis ; mais il dut céder aux vives instances de M. d’Osmont, évêque de Nancy, qui lui conféra le titre et les fonctions de provicaire général pour le département des Vosges. Partagé entre l’étude et l’exercice de ses fonctions, il mit la dernière main à ses mémoires. La multiplicité des faits qu’ils rapportent et qui se rattachent à une époque si mémorable de notre histoire, le développement des idées de l’abbé Georgel sur la politique en général, matière où il a excellé, et sur les causes de la révolution de 1793, y soutiennent l’intérêt exprimé d ailleurs par tous les charmes d’un style riche, élégant et pur. Si la vérité y essuie quelque part de légers outrages ; si la plume de l’abbé Georgel a laissé couler trop de fiel sur le caractère de quelques-uns des personnages qu’il met en scène ; ces mémoires (imprimés à Paris en 1817 en six volumes in-8°) ne sont pas moins pour leur auteur le témoignage du plus beau talent.
Atteint en juillet 1813 d’une maladie grave, l’abbé Georgel ne se fit point illusion sur ses suites. Après avoir marqué lui-même l’emplacement de son tombeau, et fait travailler sous ses yeux à l’érection du monument qui devait renfermer ses cendres, il expira le 14 novembre de la même année à l’âge de 83 ans.
1845 —
Le Département des Vosges / Henri Lepage, Charles Charton
L’abbé GEORGEL (Jean—François), né a Bruyères en 1731, mort dans cette ville en 1813.
Il fit ses études chez les Jésuites qui le gagnèrent à leur ordre, et remplit avec distinction, pendant dix-huit ans, les fonctions de professeur d’humanités et de mathématiques aux colléges de Pont-à-Mousson, de Dijon et de Strasbourg.
Il fut successivement grand—vicaire de l’évêché de Strasbourg, administrateur de l’hospice des Quinze-Vingts, prieur de Ségur en Auvergne, secrétaire d’ambassade a Vienne, sous le cardinal de Rohan, adjoint à la députation que le grand prieuré d’Allemagne envoya à Paul Ier, empereur de Russie, et enfin provicaire—général du département des Vosges.
Il a joué un grand rôle dans la célèbre affaire du Collier et a laissé des mémoires sur la politique en général et sur les causes de la révolution (Paris, 1817).
Une notice biographique sur l’abbé Georgel a été insérée dans l’Annuaire de 1836.
1848 —
Biographie vosgienne / François Vuillemin
L’abbé GEORGEL.- Né à Bruyères, le 29 janvier 1731, mort le 14 novembre 1813, entra très jeune chez les jésuites, où il se fit remarquer par ses connaissances variées. Il enseigna pendant dix-huit ans, avec beaucoup de succès les humanités et les mathématiques dans les collèges que les jésuites possédaient à Pont-à-Mousson, à Dijon et à Strasbourg.
C’est pendant son séjour dans cette dernière ville, qu’il fixa l’attention du prince Louis de Rohan, coadjuteur du prince-évêque, qui ne tarda pas à lui donner des preuves de la plus grande affection. Quand, en août 1762, un arrêt du parlement eut dissous la compagnie de Jésus, il se l’attacha et le fit successivement nommer grand vicaire de l’évêché de Strasbourg et de la grande aumônerie de France, administrateur de l’hospice des Quinze-Vingts, etc. L’abbé Georgel voua à son bienfaiteur un dévouement qui ne fit que s’accroître avec le temps.
En 1772, le prince de Rohan ayant été nommé ambassadeur à Vienne, obtint que l’abbé Georgel lui serait adjoint en qualité de secrétaire. Ami du faste, et peu versé dans l’art de la diplomatie, le prince laissa à son secrétaire le soin de traiter toutes les affaires importantes, et celui-ci s’en acquitta à merveille. Il soupçonna bientôt les projets du prince de Kaunitz, et ne cessa d’attirer l’attention du duc d’Aiguillon, ministre des affaires étrangères en France, sur la Pologne, dont on méditait sourdement le partage. Le duc d’Aiguillon n’en demeura pas moins dans l’inactivité la plus complète ; le partage s’opéra, et quand, écrasé sous le poids du mépris public, le ministre voulut se justifier en accusant l’ambassade de Vienne, l’abbé Georgel publia un mémoire énergique, dans lequel il démontra que cette ambassade avait fait, près de la cour de France, les démarches les plus pressantes pour empêcher le démembrement de la Pologne.
Après le rappel du prince de Rohan, il resta seul chargé de l’ambassade jusqu’à l’arrivée de son successeur, c’est-à-dire pendant plus d’un an. Le nouveau ministre des affaires étrangères lui demanda un mémoire sur les relations politiques de l’Autriche avec les cabinets de Berlin, de Saint-Pétersbourg et de Constantinople. Ce mémoire fut tellement remarquable, qu’il reçut la haute approbation des comtes de Maurepas, du Muy et de Vergennes, qui comblèrent l’auteur de marques de distinction.
La reconnaissance que l’abbé Georgel avait vouée au prince de Rohan lui fit un devoir de l’aider de son intelligence et de ses conseils, lors du célèbre procès du collier. Il prépara tous les matériaux de la défense, et parvint, à force d’efforts, à jeter quelque jour sur cette mystérieuse affaire. Le prince de Rohan fut mis en liberté, mais l’abbé Georgel partagea sa disgrâce. Le roi retira au prince le cordon bleu et la grande aumônerie de France, et exila l’abbé Georgel à Mortagne, dans le Perche ; mais grâce à l’intervention de puissants amis, il obtint l’autorisation de se retirer à Bruyères, sa patrie.
En 1793, il fut contraint de quitter cette ville pour échapper à la proscription. Il se fixa à Fribourg, et employa ses loisirs à mettre en ordre les matériaux qu’il avait recueillis, et à préparer ses mémoires. Il remplit aussi, pendant son exil, une mission diplomatique que lui confia l’empereur Paul Ier, qui l’avait remarqué. Ce souverain le récompensa en le décorant de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem.
Revenu à Bruyères à la fin des orages révolutionnaires, il refusa un évêché qui lui fut offert par M. de Portalis, à la publication du concordat, et il fallut toutes les instances de M. d’Osmont, évêque de Nancy, pour le décider à accepter les fonctions de provicaire-général pour le département des Vosges.
Les Mémoires de l’abbé Georgel ont été publiés à Paris, en 1817 (6 vol. in-8°). Bien que l’auteur ne soit pas toujours très impartial pour quelques-uns des personnages dont il a esquissé les portraits, cet ouvrage est remarquable et contient une foule de renseignements précieux sur les événements qui ont précédé la révolution française.
1866 —
Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien
GEORGEL (l’abbé), né à Bruyères, le 29 janvier 1731, est mort le 14 novembre 1813.
Pendant 18 ans, il enseigna les humanités et les mathématiques dans les collèges de Jésuites à Pont-à-Mousson, à Dijon et à Strasbourg. Le prince Louis de Rohan le prit en grande affection et le fit nommer vicaire de l’évêché de Strasbourg et de la grande aumônerie de France, et administrateur de l’hospice des Quinze-Vingts. Le prince de Rohan fut appelé en 1772 à l’ambassade de Vienne, l’abbé Georgel le suivit, et fut chargé de traiter lui-même toutes les affaires difficiles et importantes. Ce fut l’abbé Georgel qui s’aperçut le premier des projets de partage de la Pologne qui s’effectua malgré les observations du fidèle secrétaire. En suite de cet acte, le prince fut rappelé, et l’abbé Georgel fut chargé de l’ambassade jusqu’à l’arrivée du nouvel ambassadeur qui n’eut lieu qu’un an après.
Sur les ordres du gouvernement, l’abbé fit un mémoire sur les relations politiques de l’Autriche avec la Prusse, la Russie et la Turquie. L’auteur fut comblé de marques d’approbation pour son travail remarquable.
Après le célèbre procès du Collier, où il avait pris parti pour le prince de Rohan qu’il défendit chaleureusement, Georgel, accablé de disgrâces, se retira à Bruyères, qu’il quitta en 1793 pour échapper à la mort. Il se rendit à Fribourg où il écrivit ses mémoires.
L’empereur Paul 1er lui confia une mission politique qu’il remplit avec tant de succès, que ce souverain le décora de l’ordre de saint Jean de Jérusalem. Après la tourmente, l’abbé Georgel revint à Bruyères, refusa un évêché que M. de Portalis lui offrit et accepta, non sans l’avoir plusieurs fois refusé, le provicaire général pour le département des Vosges. On peut considérer l’humble abbé comme une des grandes célébrités vosgiennes.
1879 —
Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim
GEORGEL Jean-François.- Abbé, jésuite, né à Épinal (1731-1813).
1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
Abbé GEORGEL.- [Bruyères] a donné naissance à plusieurs personnages, dont le plus célèbre fut l’abbé Georgel. Né en 1731, il entra fort jeune chez les Jésuites, où il se fit bientôt remarquer par ses talents. Il enseigna les humanités et les mathématiques pendant dix-huit ans, avec un grand succès, dans les Universités de Pont-à-Mousson, de Dijon et de Strasbourg, et dans cette dernière ville se fixa sur lui l’attention du prince Louis de Rohan, coadjuteur, puis évêque de Strasbourg, qui ne tarda pas à lui donner des preuves de son affection.
La compagnie de Jésus ayant été dissoute en 1762, le prince s’attacha l’abbé Georgel en qualité de grand vicaire, comme évêque d’abord, et ensuite comme étant grand aumônier de France. Devenu cardinal et nommé ambassadeur à Vienne, le prince de Rohan choisit l’abbé Georgel pour secrétaire d’ambassade. Ami du faste et des loisirs, il lui laissa le soin de toutes les affaires, qui tombèrent ainsi en bonnes mains. Le secrétaire éventa les projets du ministre Kaunitz, qui donnait dans l’idée de Frédéric II de Prusse et de Catherine II de Russie, relativement à la Pologne, dont on méditait sourdement le partage ; mais la France, livrée au philosophisme et aux plaisirs, ne sut rien faire de sérieux pour l’empêcher.
Après le rappel du cardinal, l’abbé Georgel demeura chargé des affaires de France à Vienne, pendant plus d’un an ; puis la reconnaissance le rappela près de son bienfaiteur. Le malheureux prince s’était laissé jouer par des aventuriers dans la trop fameuse comédie du Collier de la Reine : son grand vicaire se fit un devoir de l’aider de ses conseils et de son intelligence dans le procès qui s’ensuivit. Il prépara la défense du cardinal, qui fut mis en liberté ; mais en disgrâce. La grande aumônerie lui fut retirée, et son trop zélé défenseur fut interné à Mortagne, dans le Perche ; d’ou il obtint cependant de revenir à Bruyères.
En 93, l’abbé Georgel, fidèle à Dieu et à l’Église, fut contraint de quitter sa patrie, pour éviter la mort. Il alla fixer à Fribourg sa tente, et il y employa son temps à préparer les matériaux de ses Mémoires. L’empereur de Russie, Paul Ier, ayant eu occasion de le connaître, l’employa utilement à une mission diplomatique, dont il le récompensa par la décoration de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. La fin de l’orage révolutionnaire le ramena dans son pays.
A la publication du Concordat, le ministre Portalis lui offrit un évêché ; l’abbé Georgel le refusa par scrupule de conscience : en bon gallican, il ne croyait pas à la légitimité de l’acte de pouvoir extraordinaire dont avait usé le Souverain Pontife.
L’évêque de Nancy, Mgr d’Osmond, voulut lui faire accepter le titre et les fonctions de provicaire général pour les Vosges : les mêmes scrupules l’arrêtèrent ; il finit cependant par céder à des instances réitérées plusieurs fois, et dans ce poste honorable il contribua puissamment à reconstruire, en nos contrées, l’édifice religieux abattu par la tempête.
L’abbé Georgel mourut en 1813, chargé d’ans et de mérites. Ses mémoires, écrits avec une vigueur de style et un entraînement remarquables, contiennent une foule de renseignements précieux. Ils furent imprimés en 1817, quatre ans après sa mort, et forment six gros volumes in-8°.
1889 —
Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier
GEORGEL (Melchior Jean-François).- L’abbé Georgel est né à Bruyères le 29 janvier 1731. Admis dans l’ordre des jésuites, il professa les humanités et les mathématiques à l’université de Pont-à-Mousson et aux collèges de Dijon et de Strasbourg.
C’est dans cette ville qu’il fut apprécié par le cardinal de Rohan, alors coadjuteur de l’évêque. Il devint, en 1762, grand-vicaire de l’évêché de Strasbourg et administrateur de l’hospice des Quinze-Vingts. Il accompagna en 1772 le prince dans son ambassade à Vienne et y rendit de grands services.
Dans le fameux procès du collier, l’abbé Georgel aida le prince de Rohan, aussi partagea-t-il sa disgrâce ; il fut exilé d’abord à Mortagne, dans le Perche, puis autorisé à résider à Bruyères. Il fut de nouveau chassé de cet asile par la Révolution à laquelle il refusa le serment constitutionnel ; il émigra à Fribourg en Brisgau. Il rentra en France après le Concordat et se fixa à Bruyères. Mgr d’Osmond, évêque de Nancy, le nomma son pro-vicaire général pour les Vosges après la suppression de l’évêché de Saint-Dié. Il a publié ses Mémoires en six volumes.
L’abbé Georgel est mort à Bruyères le 14 novembre 1813.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
GEORGEL (Melchior Jean François), ecclésiastique
Bruyères, 29 janvier 1731 - Bruyères, 14 novembre 1813

Élève au collège de Pont-à-Mousson à 15 ans, il fait profession dans l’ordre des Jésuites en 1747. Il est professeur à Langres puis à l’Université de Pont-à-Mousson (1751-1753), ensuite à Nancy. Il part faire sa théologie à Strasbourg. Il est ordonné prêtre en 1759 et est affecté au collège de Dijon de 1759 à 1762. Secrétaire de Louis René de Rohan, coadjuteur de son oncle l’évêque de Strasbourg, il le suit lors de son ambassade à Vienne en 1771 ; il ne rentre en France qu’en 1775 et devient l’ami du ministre Maurepas.
En 1776, il est de nouveau à Strasbourg auprès du coadjuteur et il s’entremet activement pour lui faire obtenir le chapeau de cardinal en 1778. En 1779, Louis René de Rohan étant devenu évêque, Georgel est nommé grand vicaire de l’évêché et vicaire général de la Grande Aumônerie de France. En décembre, étant pour quelques jours à Bruyères et s’étant ému de l’incendie qui y avait eu lieu, il fait octroyer à la ville par le cardinal un secours de 100 livres. En froid avec le cardinal à cause de ses relations avec Mme de La Motte, il n’est pas mêlé à l’Affaire du Collier de la Reine, mais quand Rohan est arrêté, il tente de l’aider à sortir de prison. Devenu suspect, il est exilé à Mortagne le 12 juin 1786, puis à Bruyères où il vit de ses pensions. Il refuse le serment constitutionnel et est invité à quitter la France en 1793 pour la Suisse, puis il se fixe à Fribourg-en-Brisgau où il séjourne jusqu’en 1801. En 1799, il est secrétaire de la délégation allemande des chevaliers de Malte qui est chargée d’offrir au tsar Paul 1er la grande maîtrise de l’ordre.
Il revient à Bruyères en 1802, refuse un évêché mais accepte d’être le provicaire général de l’évêque de Nancy, Mgr d’Osmond, pour le département des Vosges dont l’évêché n’a pas été rétabli. Son action pour le rétablissement du culte a été remarquable.
Lors de son exil, il rédigea ses célèbres
Mémoires pour servir à l’histoire des événements de la fin du XVIII° siècle depuis 1760 jusqu’en 1806-1810 par un contemporain impartial (Paris 1817, 6 vol.).
Bibl. : Baumont (G.).-
Une heure avec l’abbé Georgel, de Bruyères (1731-1813), in
Bulletin de la Société Philomatique Vosgienne, tome LV-LVI, 1929-1930, p. 235-251.
Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastique, tome XX, col. 569-570.
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Albert Ronsin
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