Jean Baptiste Victor HUMBERT

[ Ranrupt (88) , 03/09/ 1846 – Senones (88) , 30/11/ 1911 ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1911 — Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié

HUMBERT Jean-Baptiste Victor.- M. l'abbé Jean-Baptiste-Victor Humbert, né à Ranrupt le 3 septembre 1846, fut ordonné prêtre le 25 mai 1872. Nommé vicaire à Bertrimoutier le 8 juin de la même année, il devint curé de Rainville en 1878, puis de La Petite-Raon le 24 juin 1884. Le 27 mai 1905 il prenait sa retraite dans sa paroisse, puis à l'hospice Saint-Joseph de Saint-Dié et enfin, en 1908, à l'hôpital de Senones où il est pieusement décédé le 30 novembre 1911.

Ses obsèques et l'inhumation ont eu lieu lundi dernier à La Petite-Raon.

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 8 décembre 1911, 35-49, p. 783].

 

Nécrologie.- Une belle et touchante manifestation de foi a eu lieu lundi 4 décembre, à La Petite-Raon. La population tout entière, pourrait-on dire, a conduit à sa dernière demeure M. l'abbé Victor Humbert, pendant vingt ans et plus curé de la paroisse, décédé à l'hospice de Senones où de cruelles infirmités l'avaient conduit depuis plusieurs années. Le bon pasteur avait voulu dormir son dernier sommeil au milieu de ses brebis toujours chères, dans le caveau qu'à sa demande la commune a ménagé pour les curés de la paroisse, sous la grande croix du cimetière, où l'attendait déjà son antéprédécesseur, M. l'abbé Calot, le constructeur de l'église. Je revois à cinquante ans de distance, comme si c'était hier, cette tête blondine d'adolescent, au moment où elle fit son apparition au Petit Séminaire de Châtel. C'était en octobre 1861. Avec ses cheveux bouclés, sa mansuétude, son sourire de bon garçon, il donna à tous l'impression d'une pâte excellente. Il arrivait en droite ligne de Ranrupt dont il devait prendre le nom, pour le distinguer un peu plus tard d'un autre Humbert qui arriva de Mattaincourt. Ce qui n'empêcha pas le délicieux Victor de recevoir un deuxième surnom qui résume le tout de son caractère et de sa personne. Il lui resta toute sa vie comme l'estampille propre à laquelle on le reconnaîtrait toujours.

Je ne sais si, dans le cours de ses études, il mérita ou subit la moindre punition. Il fit son bonhomme de chemin sur un tapis de velours où il ne trébucha pas. Il aimait le jeu comme les camarades, mais avec son tempérament propre, c'est-à-dire sans brusquerie ni emportement. Ses places eurent elles aussi la même physionomie. Il occupa régulièrement la bonne moitié de sa classe. Pieux et modeste, travailleur, conscience timorée, il parcourut de la sorte toute l'échelle qui devait le conduire au sacerdoce, où il arriva au sortir de cette guerre effroyable qui venait d'arracher, hélas ! son cher Ranrupt, non à son cœur, mais à la France.

Ce qu'il fut comme vicaire et comme curé, il ne m'appartient pas de le redire. Une voix plus autorisée que la mienne nous l'a raconté. Mais à en juger par le spectacle de ses funérailles, il ne démentit en rien la bonne affection que tous ses compagnons de jeunesse avaient gardée pour lui. Séminariste exemplaire et aimé, il était demeuré prêtre exemplaire et tout aussi aimé de ses paroissiens.

Aussi, l'église de La Petite-Raon était-elle bondée pour l'heure des derniers adieux. Avec toute la paroisse en deuil, et la municipalité en tête, une trentaine de prêtres, malgré le mauvais temps de pluie au milieu des brouillards qui n'ont cessé de régner, étaient venus, un peu de tous les côtés, prendre place sur ses bancs. On y distinguait quatre membres du Chapitre de la Cathédrale, M. Gand, supérieur du Grand Séminaire, M. Welker, chancelier de l'Évêché, M. le Chanoine Detté, l'ancien professeur de 1861, plusieurs de ses condisciples et de nombreux amis, sans compter le Directeur de la Semaine Religieuse dont, avec sa permission, l'auteur de cet article usurpe la place. D'autres, parmi ses contemporains de classe, avaient écrit pour exprimer le regret de leur absence forcée.

Le deuil était conduit par M. Mathieu, beau-frère du défunt, par ses deux sœurs, par ses neveux et nièces, assistés de deux prêtres, ses compatriotes de Ranrupt, M. l'abbé Jeandel et M. le Chanoine Leboube, directeur au Couvent des Sœurs de la Providence de Portieux. M. l'abbé Marchal, curé actuel de La Petite-Raon, s'effaçant entièrement devant son prédécesseur, avait fait toute chose du reste, avec ordre et délicatesse, de sorte que l'ordonnance de la cérémonie n'a rien laissé à désirer [Note 1].

A la fin, mais avant l'absoute qu'il devait donner, M. l'abbé Roussel, curé-doyen de Senones, est monté en chaire et, dans un langage particulièrement heureux, avec une émotion que tout le monde a partagée, et cette éloquence qui monte naturellement du cœur aux lèvres, nous a redit les bénédictions de Dieu sur celui qui n'était plus. D'abord sur sa famille si profondément religieuse, sur son vénérable père, vieil instituteur des temps anciens dont le dévouement et le zèle avaient fait, au cours de sa longue carrière à Ranrupt, le plus précieux des auxiliaires de son curé. Admirable type du maître d'école d'autrefois, que l'on ne rencontre que très rarement aujourd'hui, collaborateur de l'apostolat chrétien dans la paroisse, rôle qui valut au père la récompense d'un fils qui serait le prêtre excellent dont on célèbre en ce moment les solennelles funérailles. Après quoi, passant du père à ce fils, l'orateur n'a pas eu de peine à y reconnaître l'héritage des vertus familiales, doublé des grâces propres au caractère sacerdotal : sa bonté, son affabilité avec ses paroissiens, la douceur proverbiale qui fut le trait distinctif de sa physionomie, son zèle, sa foi profonde, son grand esprit de prière, sa dévotion à la Sainte Vierge, son amour pour le Sacré-Cœur, sa résignation touchante, sa longue patience enfin qui plus d'une fois dut être héroïque, à la montée douloureuse de ce calvaire de souffrances qu'il avait eu à parcourir pendant les cinq ou six dernières années de sa vie.

A ces traits, chacun des amis du cher défunt n'a pu s'empêcher de reconnaître son portrait, tel qu'il l'avait contemplé dès sa première jeunesse et pendant toute sa vie.

Bienheureux les doux, Beati mites, dit l'Évangile, car ils possèderont la terre ! Au lendemain de la disparition de ce prêtre modèle, on serait tenté d'ajouter : Bienheureux les doux ; car ils possèderont le ciel ! Ils le possèderont, parce que souvent aussi ils sont les forts et les vaillants. Chez l'abbé Humbert il en fut ainsi.

Au cours de son vicariat de Bertrimoutier, en 1878, un incendie assez considérable ayant éclaté au domicile du principal habitant de la localité, notre ami y accomplit de telles prouesses qu'il reçut un mois plus tard, la lettre ci-après, par laquelle il convient de clore cette trop courte notice nécrologique.

PRÉFECTURE DES VOSGES
CABINET DU PRÉFET
Épinal, le 23 août 1878.
Monsieur le Vicaire,
Par un rapport du 19 de ce mois, M. le Sous-Préfet de Saint-Dié me signale votre belle conduite lors de l'incendie qui a éclaté dans la nuit du 22 juillet dernier, au domicile de M. Masson, maire de Bertrimoutier.
Je suis heureux, Monsieur le Vicaire, de pouvoir vous témoigner toute ma satisfaction pour le courage et le dévouement que vous avez montrés dans cette circonstance.
Recevez, Monsieur le Vicaire, l'assurance de ma considération très distinguée.
Le Préfet des Vosges,
Pour le Préfet empêché :
Le Secrétaire général délégué,
Ed. Vatin.

Homme doux, mais pasteur profondément dévoué, ce fut là l'abbé Humbert tout entier. Aussi le même prêtre qui faisait montre de sa vaillance, au milieu des flammes d'un incendie, devait-il, dans une autre circonstance, difficile aussi, celle-là, faire montre de ses larmes. Après avoir prononcé le texte de son premier sermon de curé, dans la paroisse de Rainville où il venait d'arriver, un souvenir pénible s'empara de lui. Alors n'y tenant plus, sous le coup d'une émotion poignante, il fit demi tour à la grille du chœur et sans plus regagna l'autel. Là paroisse au courant comprit mieux cette éloquence muette que toutes les paroles qu'il aurait pu prononcer. Elle fut émue de l'émotion de son nouveau curé qui, ce jour-là, conquit d'un seul coup le cœur de toutes ses ouailles.

Né en 1846, l'abbé Victor Humbert était entré, depuis quelques mois, dans sa soixante-sixième année.

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 8 décembre 1911, 35-49, p. 788-791. Signé : Louis Colin].

 

Note 1 : Là, MM. les ecclésiastiques (qui ne devraient jamais avoir d'autre place aux obsèques d'un de leurs confrères) furent invités à aller les premiers à l'offrande. Après eux vinrent les confréries, puis la famille et enfin 1es autres assistants (N.D.L.R.).


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