François LEMAIRE

[ Saulxures (67) , 09/09/ 1836 – Bruyères (88) , 18/05/ 1911 ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1911 — Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié

LEMAIRE François.- M. l'abbé Francois Lemaire, né à Saulxures-les-Saales le 9 septembre 1836, fut ordonné prêtre le 29 juin 1862. Nommé vicaire à Plainfaing le 11 juillet suivant, il devint curé de Viménil le 13 novembre 1867, de Saulcy-sur-Meurthe le 16 mars 1877, de Ce1les-sur-Plaine le 8 janvier 1884, de Champ-le-Duc le 1er mars 1892. Le 10 janvier 1908, il devenait aumônier de l'hôpital de Bruyères. Il y est pieusement décédé le 18 mai 1911.

Après un service chanté à Bruyères demain 20 mai, le corps sera transporté à Provenchères-sur-Fave où l'inhumation aura lieu dimanche.

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 19 mai 1911, 35-20, p. 317].

 

Un homme droit.- Les funérailles solennelles de M. l'Abbé François Lemaire, aumônier de l'hôpital de Bruyères, décédé le 18 mai, qui ont eu lieu samedi, ont été particulièrement imposantes. Nombreuses avaient été les marques de respect et d'affection, apportées par les amis du défunt, les malades de l'établissement et beaucoup de paroissiens de Bruyères et des environs, près du corps exposé pendant deux jours, revêtu des ornements sacerdotaux, dans un de ses appartements transformé en chapelle ardente ; bien plus nombreuse encore fut l'assistance pieuse et émue qui prit part au cortège et aux obsèques. Ces témoignages quasi unanimes de la vénération publique à l'adresse d'un vénérable prêtre de 75 ans, mort à la peine dans l'exercice d'un ministère délicat, n'ont pu manquer, par ce temps de scepticisme ambiant, de suggérer à bien des assistants, maintes réflexions édifiantes et pleines de réconfort. A 10 heures, la levée du corps est faite par M. le Curé-Doyen de Bruyères.

On se rend à l'église paroissiale dans l'ordre suivant : en tête et de chaque côté du convoi marchent les enfants de Champ-le-Duc, dernière paroisse dirigée par M. l'abbé Lemaire, conduits par leur curé, les élèves du Petit Séminaire, puis les confréries de la Sainte Vierge et le clergé, comptant vingt-quatre prêtres en surplis ; derrière le corbillard le neveu du défunt, M. Schneider, conduit le deuil ; viennent ensuite les membres de la Commission administrative de l'hôpital et ceux du Conseil municipal presque au complet, une foule d'hommes parmi lesquels on remarque plusieurs notabilités civiles et militaires, enfin une longue théorie de femmes et de jeunes filles. Le chapelet est récité par les enfants et les congréganistes pendant le trajet de l'hôpital à l'église. Aux envolées joyeuses des cloches, qui jamais ne sonnent le glas pour l'enterrement d'un prêtre, répondent au seuil de l'église les souhaits de bienvenue liturgiques du clergé chantant des antiennes, cadrant merveilleusement avec la circonstance : on dirait l'appel des anges à l'entrée des célestes parvis, invitant l'âme à aller recevoir la couronne qui lui est destinée, et lui offrant leurs bons offices, pour l'introduire triomphante dans le palais du Christ : Suscipiat te Christus qui vocavit te.

La messe de Requiem est chantée par M. l'abbé Michel, curé de Lépanges. M. le Curé-Doyen fait l'offrande ; à peine celle-ci terminée juste en même temps que la messe, il monte en chaire pour prononcer un éloquent panégyrique qui, pendant plus d'un quart d'heure, suspend toute l'assistance à ses lèvres :

Vir rectus. L'abbé Lemaire était un homme droit. Son adolescence, sa première jeunesse, il les a passées dans ce petit séminaire de Senaide, où il a reçu la formation du lévite d'autrefois et pris le pli particulier aux prêtres de l'ancienne école qui se plaisent à reporter sur ces années paisibles d'avant la guerre, des regards de convoitise en présence de l'agitation dont souffre la France aujourd'hui. Nommé vicaire à Plainfaing, paroisse pénible dans la montagne, il y commença son ministère laborieux, devint ensuite curé de Viménil où il était en 1870, lors de la mort de sa mère, dont il conduisit les restes, en traversant les lignes des soldats prussiens, à Provenchères où lui-même sera inhumé.

Devenu curé de Saulcy, il en restaura l'église délabrée et lutta courageusement contre l'enseignement sectaire. Cet acte d'énergie et de haute moralité lui valut la suppression de son traitement, mais il reçut les éloges mérités de son Évêque, Monseigneur de Briey. Il avait obéi à sa conscience en défendant l'âme des enfants. Il était doublement récompensé par le témoignage de celle-ci et les félicitations de son chef hiérarchique.

De Saulcy, il passa à la cure de Celles. Là aussi, il ne peut pas ne pas parler. Il parle donc et il agit, comme saint Jean-Baptiste, non respiciens personam. Sans regarder à qui il s'adresse ; il en souffre encore ; mais sa conscience d'homme droit est satisfaite et triomphe. On lui donne la cure de Champ-le-Duc qui était loin d'être une sinécure. Il a soixante ans déjà, mais toujours actif et zélé, toujours inflexible dans les questions de principe, il fait jusqu'au bout son devoir, jouit de l'estime de ses paroissiens et se fait par son obligeance sans bornes, des amis qui toujours lui sont restés fidèles.

La dernière étape de cette vie d'apôtre de la vérité devenu septuagénaire, devait être la moins longue et la moins pénible, sinon la moins douloureuse. Nommé aumônier à l'hôpital de Bruyères, l'abbé Lemaire devait s'y éteindre après avoir pendant trois ans instruit, consolé, confessé et administré un grand nombre de malades civils et militaires et rendu à ses collègues tous les services en son pouvoir.

Vendredi 4 mai, malgré son extrême faiblesse et l'acuité des souffrances continuelles que lui causait une cruelle maladie de foie, il avait voulu encore célébrer la Sainte Messe, soutenu à l'autel par l'enfant de chœur. A son panégyriste qui lui reprochait cet acte comme imprudent : J'espérais aujourd'hui mourir au saint Autel, mêler mes souffrances au Sang de mon Sauveur, avait-il répondu simplement.

Ses derniers moments furent ceux du juste. Il avait dit le soir à qui lui demandait comment il allait : Je vais comme un homme qui sera mort demain, et le lendemain il n'était plus de ce monde. Il s'était endormi pieusement dans le Seigneur, - pendant qu'à son chevet priaient son confesseur et des religieuses -, le visage embelli par le doux rayonnement des clartés de l'espérance.

Dans un bel élan oratoire, M. le Chanoine Marchal a terminé le panégyrique dont les courts extraits ci-dessus ne peuvent rendre l'enchaînement, ni la chaleur, ni le naturel d'expression. O cher confrère, vous n'avez pas encore fini votre fécond ministère ; aux noces d'or que nous nous réjouissions de célébrer ici et que vous allez fêter là-haut, pensez à nous, vous êtes prêtre pour l'éternité, tu es sacerdos in æternum. Recevez votre récompense, mais, du sein de Dieu, puisez pour vos parents, vos anciens paroissiens, la maison hospitalière que vous avez quittée, enfin pour la ville de Bruyères les bénédictions du Ciel.

Après l'absoute donnée par M. l'abbé Pierre, curé d'Archettes, au chant de l'Immolavi, qu'on ne peut entendre sans être profondément remué pour peu que la foi catholique ait des racines dans le cœur, le cortège funèbre a quitté l'église et pris le chemin de la gare, où après les dernières prières, psalmodiées par tous les prêtres présents, le glorieux signe de notre Rédemption fut tracé par tous les assistants sur le cercueil du prêtre pour remplacer la poignée de main des adieux.

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 26 mai 1911, 35-21, p. 336-339. Signé : C. R.].


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