Maurice POTTECHER
[
Bussang (88) , 19/10/
1867 –
Fontenay-sous-Bois (94) , 16/04/ 1960 ]
homme de lettres
Fondateur du Théâtre du Peuple de Bussang.
Auteur vosgien
Biographie vosgienne
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Si le Théâtre du Peuple n’avait pas pris le nom de son fondateur, Maurice Pottecher, qui se souviendrait encore que cet homme de lettres jouit en son temps, malgré la discrétion presque obstinée qu’il observa sa vie durant, d’une réputation bien méritée ?
Georges Duhamel a salué en lui « l’un des écrivains les plus désintéressés de sa génération ». Pourtant, il naquit à la littérature « porté » par des figures aussi illustres que Jules Renard, Alphonse Daudet ou encore Edmond de Goncourt, auxquels il dédicacera à chacun, témoignant de sa reconnaissance, l’une de ses nouvelles.
Il fut si bien l’ami de personnalités telles que Paul Claudel, Romain Rolland ou André Suarès que ses qualités d’écrivain furent trop vite oubliées. Justice doit lui être rendue. Car non seulement il fut l’inventeur du théâtre populaire - trop nombreux sont ceux qui l’oublient, attribuant ce mérite à Jean Vilar qui, lui-même, était le premier à en attribuer à Pottecher la paternité – non seulement il écrivit nombre de pièces pour son Théâtre du Peuple, mais encore laissa-t-il une œuvre de poète fort conséquente, bien que les anthologies l’aient oublié. Il est également l’auteur de nombre de contes, de deux romans, de plusieurs essais et d’un grand nombre d’articles.
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1867
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Il naît à Bussang le 19 octobre 1867. Son père, Benjamin Pottecher, est propriétaire de la petite usine locale, en même temps que maire du village. C’est lui qui contribue à l’édification d’un hôpital et d’un hospice de vieillard (toujours en activité) et d’une gare (désaffectée aujourd’hui), que Jules Ferry, alors sénateur du canton, inaugure en 1891. Benjamin Pottecher est un patron profondément républicain, dreyfusard et anticlérical, toujours soucieux de progrès social. C’est aussi un homme d’affaire avisé, qui n’hésite pas à parcourir l’Europe entière, de Londres à Moscou, de Berlin à Constantinople pour gagner de nouveaux marchés. En témoigne sa correspondance avec ses proches, publiée en partie par son petit-fils, Frédéric Pottecher, neveu de Maurice, dans son autobiographie A voix haute (Jean-Claude Lattès éditeur, 1977).
Dans ce milieu aisé et cultivé, Maurice Pottecher est un élève précoce. Pensionnaire au collège d’Epinal, il en sort bachelier avant seize ans. Après des études de rhétorique au Collège Sainte-Barbe à Paris, il étudie le droit à la Sorbonne, avant de se consacrer à la littérature. Ce penchant l’encourage à fréquenter les soirées qu’Alphonse Daudet organise chez lui pour ses amis écrivains ou artistes. Pottecher y rencontre nombre de « figures » de l’époque tel Marcel Schwob qui l’introduit à L’Echo de Paris, qui publie ses premiers articles (critiques théâtrales et musicales) et où il rencontre notamment Stéphane Mallarmé, André Gide ou Paul Claudel avec qui il entretiendra une longue amitié malgré de sérieuses divergences de vues et d’opinion. C’est encore Schwob qui lui fait connaître Jules Renard, avec lequel il correspondra jusqu’à la mort de ce dernier en 1909. Vers 1892, il se lie avec une jeune actrice qui, sous la direction de Lugné-Poe venait de créer la pièce d’Ibsen, La Dame de la mer, Camille de Saint-Maurice, dite Georgette Camée, rendue célèbre par la création des œuvres de Maeterlinck. Couple « libre » avant l’heure, qui n’officialisera son union que deux ans après la naissance de leur fille. A cette date Maurice Pottecher a déjà publié de nombreuses critiques dramatiques, un recueil de légendes, de nouvelles et de contes, Le Chemin du mensonge, et a écrit une première pièce, Amys et Amyl, qu’il a tenté de faire jouer sans succès à la Comédie-Française, alors sous l’emprise de Mounet-Sully. Cet épisode humiliant de sa jeune carrière, couplé à une lassitude grandissante du milieu intellectuel parisien pour lequel il semble peu fait, car trop modeste sans doute et trop timide, non seulement l’entraîne à se retirer peu à peu de la vie mondaine, mais raffermit son attachement à la province, sa province, ce pays de Bussang qui l’a vu naître.
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1895
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A partir de 1895, date de la création du Théâtre du Peuple, Pottecher, poursuivant son œuvre dramatique tout entière vouée à Bussang, mène avec Camille, qui a renoncé à sa carrière pour se dévouer à l’œuvre commune (c’est elle qui formera à la scène de Bussang des générations d’acteurs amateurs), une existence rangée. Il réside à Paris (un temps à Meudon), d’où il publie ses œuvres : deux romans, chez Albin Michel, l’un, La Clairière aux abeilles en 1910, et l’autre, Achille Placidat, l’homme aux lunettes magiques en 1925 ; un second recueil de contes, Les Joyeux contes de la cigogne d’Alsace (et autres bien honnêtes histoires) chez Paul Ollendorff en 1920 ; et un essai, Jules Ferry ou la tragédie de l’impopularité chez Gallimard en 1930.
A la poésie, comme au théâtre, il se consacre sa vie durant, publiant de nombreux poèmes dans des revues comme Mercure de France ou dans des recueils comme Le Chemin du repos dès 1900 ; Paroles d’un père en 1910 ; Les Chants de la tourmente en 1916 ; La Galère de Myrto en 1926 ; L’Appel des sirènes en 1930 ; Les Roses de la sagesse en 1938 et Le Collier de médailles, poèmes brefs en 1941. Il prête son concours à de nombreuses revues tant nationales, comme La Revue Hebdomadaire (à laquelle collabore notamment Emile Zola) ou Les Arts de la Vie (aux côtés de Marcel Proust), que régionales, dont Le Pays Lorrain pour des textes critiques, des légendes ou de courts récits.
Le couple voyage en Italie, en Allemagne (Pottecher est un fervent admirateur du festival de Bayreuth), en Algérie et en Tunisie. A la suite de la publication en 1899 de Le Théâtre du Peuple : Renaissance et destinée du théâtre populaire(éditions Paul Ollendorff), il devient le porte-parole d’une conception de l’art ouvert à tous les publics dans le respect du public, c’est-à-dire sans compromis ; un art qui ne cèderait ni à la tentation de la facilité ni à celle de la vulgarité et qui ne soit pas non plus moralisateur. Léon Tolstoï, parmi beaucoup d’autres, lui apporte son soutien. Romain Rolland lui dédicace en 1903 son ouvrage sur le théâtre du peuple et l’introduit à l’Ecole des Hautes Etudes Sociales pour y donner des conférences. D’autres suivront tant en province qu’à l’étranger.
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1918
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En 1918, le couple perd son fils, Jean, sur un champ de bataille de l’Aisne (en 1926, Maurice lui consacre un ouvrage, Un deux nommé Jean, ainsi qu’un poème, Devant l’abime publié en 1930. En 1918 le Théâtre du Peuple n’est plus qu’une ruine (durant la guerre, Bussang est un village frontalier, à portée de canons). Il faut trois ans pour le reconstruire. Dans l’entre-guerre Maurice Pottecher est nommé à l’Académie de Province (1925), il reçoit également le Prix de la Littérature régionaliste (1931) et il participe au congrès international du théâtre, qui se tient à Moscou en 1934.
A cette œuvre de théoricien s’ajoute celle, plus connue, du dramaturge. Il écrit une première pièce dès 1891, La Peine de l’esprit. Puis suivent, à partir de 1895 une trentaine d’œuvres dramatiques, toutes écrites pour la scène de Bussang, dans les registres les plus variés : des drames, comme Liberté (1898) ou La Passion de Jeanne d’Arc (1904) ; des comédies rustiques, comme Le Sotré de Noël (1898) ou C’est le vent ! (1900) ; des comédies comme Le Lundi de Pentecôte (1898) ; des tragédies, comme La Reine Violante (1906) ou L’Héritage (1900) et puis surtout des pièces légendaires, qui se révèlent au fil des saisons son genre de prédilection, avec des œuvres comme Le Château de Hans (1908), Amys et Amyl, joué pour la première fois en 1913, L’Anneau de Sakountala écrite en 1914, Jean de Calais en 1933 ou encore L’Empereur du Soleil Couchant en 1955. Des pièces qui sont non seulement destinées à divertir le plus grand nombre, mais qui ont aussi l’ambition d’ouvrir l’esprit, de nourrir l’imagination afin de transcender la réalité.
Pottecher a, en effet, une conception de la littérature et du théâtre aux antipodes du naturalisme. Le miroir qu’il tend au lecteur ou au spectateur doit permettre à celui-ci d’accéder à une dimension supérieure. Mieux : il doit lui révéler cette dimension. Pottecher est un idéaliste, à l’instar de Romain Rolland, avec qui il correspond quelques quarante ans durant, jusqu’à la disparition de ce dernier en 1944. Sa poésie, comme son théâtre, est toute entière imprégnée de cette idée de l’individu qui, luttant contre les tentations terrestres, accède au plus haut degré d’humanité. Dans le dépassement de lui-même, de ses vanités, l’homme trouve sa raison d’être, malgré l’absurdité d’un monde sans dieu. Pottecher est un homme de foi, bien que la religion, à ses yeux, est un leurre, un mensonge. Homme de convictions, il reste fidèle jusqu’à son dernier souffle à sa conception du théâtre populaire qui, avec Firmin Gémier d’abord, puis Jean Vilar, trouve ses prolongements et les adaptations nécessaires aux évolutions de la société.
Enfin, les Vosges doivent à Maurice Pottecher non seulement son Théâtre Populaire, bien vivant bon an mal an, malgré les difficultés récurrentes liées d’une part à sa succession et liées, d’autres part à la nécessité d’évoluer sans trahir ses fondements, mais aussi une œuvre abondante et riche qui sait ce qu’elle doit à ce pays de Lorraine, à ses paysages, à sa culture et à son peuple ; qui dit son attachement sans chauvinisme, en gardant l’esprit ouvert sur le monde tout entier.
Fortement imprégné de culture gréco-latine, Maurice Pottecher fut à la fois un philosophe, un moraliste et un poète, toujours soucieux d’expliquer sa démarche. Ses pièces, comme l’ensemble de ses textes poétiques ou critiques sont très souvent précédés d’une introduction ou d’une préface où il explique sa méthode. Pour ses pièces légendaires, par exemple, il y raconte comment il est allé puiser aux sources, dans des bibliothèques où il s’est emparé de quelques ouvrages pour en reconstituer la genèse, et, partant de là, recréer un objet littéraire qui fasse sens à son époque, c’est-à-dire qui ait un sens pour ses contemporains. La légende est pour lui un terreau qu’il rend capable de produire quelque chose de neuf et d’original. En théoricien qu’il se plaisait à être, il n’a cessé de travailler la forme, comme un sculpteur la matière. A chacune de ses pièces, à chacun de ses poèmes correspondent un style, un procédé narratif, un rythme propre. Sa technique de la rime, comme de la prose n’a cessé d’évoluer, de se renouveler. Sa conscience d’écrivain est à se prix. De même qu’il reste obstinément fidèle à sa conception du théâtre tout au long de son existence, Maurice Pottecher est resté fidèle à sa terre natale. Il y est revenu chaque été, sa vie durant, au point de choisir de s’y établir définitivement à la fin de son existence, précisément dans cet hospice que son père avait fait bâtir pour ces concitoyens au siècle passé. Ironie du sort, c’est au cours d’un déplacement en région parisienne, chez sa fille, Marie-Anne, qu’il meurt, le 16 avril 1960.
Dans Le Collier de médailles, poèmes brefs, dont la préface est écrite en 1941, on peut lire ce poème en forme d’autoportrait :
Partout la terre est belle où fleurit un beau rêve :
Mais c’est du sol natal que monte en nous la sève.
Ce monde, heureux qui part pour en faire le tour :
Heureux à qui fait signe un clocher, au retour !
J’ai parcouru, léger, des pays plus prospères :
Mais je me suis assis sur le sol de mes pères.
Notice rédigée par Claire Strohm, libraire au Moulin des lettres, à Epinal.
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