Jean-François PELLET

[ Épinal (88) , 02/11/ 1781 – Épinal (88) , 13/02/ 1830 ]

avocat

Avocat au barreau d’Épinal, poète. / Le Barde des Vosges...

Auteur vosgien Biographie vosgienne

1833 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1833 / Charles Charton

PELLET François.- Né à Épinal le 2 novembre 1781 et mort le 13 février 1830, occupe un rang distingué parmi les avocats et les poètes qu’a produits le département des Vosges. Il partagea, pour ainsi dire, sa vie entre les devoirs de l’honorable profession qu’il exerçait et le culte des muses.

Entré de bonne heure dans la carrière du barreau, Pellet ne tarda pas à s’y faire une réputation qu’il sut maintenir jusqu’à la fin de sa vie. Défenseur aussi éloquent que généreux, il dut cette réputation à ses talents comme à sa philanthropie. On ne le vit jamais reculer devant une cause hérissée de difficultés ; au contraire il se chargea de préférence de celles qui offraient le moins de chances de succès, non pas pour composer de brillants plaidoyers, mais bien pour tendre une main secourable à des malheureux sans appui. Chaque session de la cour d’assises lui fournit de nombreuses occasions de satisfaire cet honorable penchant, et il ne se produisit point dans les Vosges de causes célèbres dont il ne devînt l’avocat consciencieux. Les intérêts de ses clients lui furent toujours aussi chers que les siens propres.

On se rappelle encore ses improvisations chaleureuses qui faisaient tant d’impression sur l’esprit des juges, et qui souvent arrachèrent l’innocence à l’infamie. Son désintéressement égala les talents dont il fit un si bel usage. Plus d’une fois, non content d’avoir écarté le glaive de la justice de la tête de ceux qu’il défendait, il leur ouvrit sa bourse, pourvut à leurs besoins et leur donna les moyens de s’affranchir de la misère. Ces actes fréquents de bienfaisance lui valurent l’attachement de ses concitoyens en même temps qu’ils lui acquirent l’estime de la magistrature et de l’administration, et contribuèrent à le faire nommer à l’emploi de directeur du dépôt de mendicité que l’on devait créer à Épinal, emploi qui aurait exigé autant les soins de l’ami de l’humanité que les travaux de l’homme éclairé.

Tous les genres de poésies furent familiers à Pellet. Le recueil publié par lui en 1829 sous le titre du Barde des Vosges, titre qu’il mérita si bien, présente un mélange varié d’odes, d’élégies, de dithyrambes, d’hellénides, de satires, d’épîtres, de romances, de tragédies. On trouve, dans le grand nombre de poèmes qu’il a mis au jour, des idées élevées, de nobles sentiments, rendus par des expressions neuves et hardies. En les parcourant, on s’étonne de la facilité avec laquelle le poète passait des sujets les plus graves aux sujets les plus légers.

Ainsi à côté de ses odes sur les Montagnes, sur les Vicissitudes des Empires, Les Tombes des Pharaons, À M. de Lamartine, où Pellet déposa de sublimes pensées, on rencontre les Tribulations d’un poète de province, le Projet de voyage dans les Vosges, Les Classiques et les Romantiques, poésies où sa verve se plut à lancer une foule de traits piquants ; comme poète, Pellet paya à la fois des tributs à la patrie, à la gloire, à l’amitié ; le patriotisme le plus pur lui inspira ses plus beaux vers, et une sensibilité exquise caractérise presque toutes ses productions.

Pellet ne prouva pas seulement par ses inspirations poétiques son attachement sincère à la patrie. Lorsque les événements désastreux de 1815 appelèrent la garde nationale à la défense du territoire français, il devint le chef de l’une de ces nombreuses compagnies que fournit le département des Vosges. Accompagné de sa jeune épouse, qui, comme lui, s’était armée pour combattre l’étranger, il se rendit sur nos frontières, mais le courage seul ne pouvant suffire, dans un temps où la France épuisée avait à repousser le choc de toutes les nations européennes, il eut le regret de voir son dévouement inutilement employé.

Si Pellet, par des vers heureux, de même que par ses éloquents plaidoyers, excita l’admiration de ses concitoyens, sa vie privée le fit l’ami, l’égal de tous. Simple dans ses moeurs, dans ses goûts, il ne se livra jamais à des rêves d’orgueil et d’ambition. Il ne chercha point à profiter de ses talents pour se créer une fortune brillante, pour s’entourer de dehors fastueux et afficher un vain luxe. Il voulut vivre, au milieu de ses compatriotes, dans une position indépendante, mais dans une honnête aisance, et les avantages les plus flatteurs n’auraient pu le faire renoncer à cette résolution.

Les compagnies savantes tinrent à honneur de s’associer le Barde des Vosges. L’académie de Nancy fut une des premières sociétés qui se l’attachèrent. Aussitôt qu’elle s’organisa, la Société d’Émulation des Vosges lui marqua une place dans son sein. Souvent, au milieu de ses collègues, il récita avec son aimable facilité ses poésies qui se succédaient si rapidement ; ce furent eux, qui les premiers, entendirent la lecture de son poème intitulé : Les Classiques et les Romantiques, dont la publication devait avoir le plus triste résultat. En effet, ce poème, composé en 1826, fut revendiqué en 1829 par un plagiaire, et ses prétentions, soutenues avec une audace peu commune, entraînèrent un procès que les tribunaux de Paris furent appelés à juger.

Pellet, véritable auteur du poème, se vit obligé d’en disputer la propriété ; son beau-frère, M. Bresson, alors l’un des avocats les plus célèbres de la cour royale de Nancy, aujourd’hui procureur général près la cour royale de Metz, défendit ses droits dans cette lutte, ou le mensonge et la calomnie tentèrent en vain de ternir la réputation du poète vosgien : son adversaire, condamné à la honte, perdit son procès ; toutefois, son injuste agression affecta vivement le coeur trop sensible de Pellet. D’un autre côté, il était épuisé par les fatigues des dernières sessions de la cour d’assises. La maladie dont il avait ainsi contracté le germe éclata tout à coup à Paris, mais les rigueurs de l’hiver mémorable de 1829 ne purent le retenir dans les murs de la capitale ; il revint dans les Vosges et voulut mourir dans sa famille, au milieu de ses amis, des habitants de la ville d’Épinal qu’il décrivit d’une manière si touchante dans son Aspect du sol natal, et qui témoigna assez par ses larmes et ses regrets, combien lui fut amère sa séparation de l’homme de génie et de l’homme de bien qu’elle perdit tout à la fois. Néanmoins, ce témoignage d’attachement ne parut pas suffisant à ses concitoyens ; ils résolurent de lui élever un monument durable des sentiments qui les unissaient à lui, et sur sa tombe fut placée une colonne de marbre où l’amitié grava le nom du poète et ces vers extraits de ses oeuvres :

Cet asile en qui l’humble espère,
Où l’orgueil se voit confondu,
Est-ce champ, là-haut solitaire,
Où repose près de mon père
Plus d’un ami que j’ai perdu :
Où comme eux je suis attendu,
Et là regretté d’une mère,
D’une épouse à mes yeux si chère,
Plus tard tout me sera rendu
.

[Notice signée : Ch. Charton].

1845 — Le Département des Vosges / Henri Lepage, Charles Charton

François PELLET, né le 2 novembre 1782 [à Epinal], mort le 13 février 1830, occupe un rang distingué parmi les avocats et les poétes qu’a produits le département des Vosges.

Il a publié, en 1829, sous le titre du Barde des Vosges, un recueil contenant des odes, élégies, dithyrambes, satires, épitres, etc.

M. Pellet, aussi remarquable par ses vertus privées que par ses talents, emporta, en mourant, les regrets unanimes de ses concitoyens. Une notice biographique lui a été consacrée dans l’Annuaire de 1833.


[Tome 2, p. 201].

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

PELLET Jean-François.- Avocat, naquit à Épinal, le 2 novembre 1782. Il embrassa, après de fortes études, la profession d’avocat et l’honora d’une manière toute particulière. Partout où il devinait un innocent ou un coupable repentant, il apportait ses conseils, ses consolations et sa bourse aussi, qui, en s’ouvrant généreusement pour éloigner la misère, mettait du moins les malheureux détenus à l’abri de la douleur physique. Son œil exercé savait distinguer l’innocent du coupable, et si parfois, malgré les efforts de son éloquente parole, une condamnation venait frapper un prévenu que sa conscience ne croyait point coupable, il étudiait la procédure sous toutes ses faces, afin de découvrir quelque vice de forme qui pût motiver la cassation de l’arrêt.

C’est ainsi qu’il a sauvé la vie à une personne qui existe encore dans l’arrondissement d’Épinal, et que la cour d’assises des Vosges avait condamnée à mort. Il ne se contenta pas de faire annuler, par la cour suprême, cet arrêt de condamnation ; il se rendit à Nancy, où l’affaire avait été renvoyée, et grâce à son éloquence, à ses profondes convictions, qu’il fit partager aux jurés, il obtint un verdict d’acquittement. La personne que Pellet venait de sauver était indigente ; il le savait, mais qu’importe ! la vie d’un homme était pour lui une récompense plus belle qu’une fortune tout entière. C’est ainsi qu’il faisait toujours ; aussi que de prières et de bénédictions sur sa vie !

De même que chez toutes les intelligences d’élite, l’amour de la patrie était pour lui un culte. En 1814, il se mit à la tête d’une compagnie franche et se battit pour l’indépendance nationale. Patriote éclairé, il défendit les libertés publiques contre les envahissements de la restauration, et compta, au nombre de ses amis, le général La Fayette, le duc de Choiseul, le général Drouot et Benjamin Constant [Note 1].

Dans ses heures de loisir, Pellet se laissait aller à la rêverie, et le poète remplaçait l’avocat. Doué d’une imagination brillante, qui n’a jamais nui à la sûreté de son jugement, il a chanté tour à tour Dieu, la patrie, la gloire, l’amour du sol natal, les vicissitudes des empires ! Encouragé dès son début par le chevalier de Boufflers , par Delille et par Palissot, son Barde des Vosges eut plus tard pour admirateur le chantre des Méditations et des Harmonies, M. de Lamartine [Note 2].

La poésie, qu’il aimait de toutes les forces de son âme, n’a point été ingrate pour lui : elle lui a inspiré de beaux et nobles chants. Ils renferment quelques parties faibles, sans doute, mais on y chercherait vainement un vers adulateur. Pellet savait qu’ils déshonorent, et voulait conserver intact de toute souillure son titre glorieux de poète.

Cependant, le moment était venu où la poésie, comme si elle eût été jalouse du bonheur qu’elle versait abondamment dans l’âme du Barde des Vosges, devait lui être fatale. Un intrigant, Massey de Tyronne, presque inconnu dans le domaine de la littérature, publia sous son nom un poème écrit par Pellet [Note 3], et pour comble d’impudeur, accusa de plagiat son véritable auteur. Pellet, indigné, court à Paris et dépose une plainte contre Massey, qui sort du Palais de Justice courbé sous le poids d’un flétrissant arrêt.

Mais le voyage entrepris par Pellet au milieu d’un hiver rigoureux, les soins inséparables d’un tel procès, avaient déterminé en lui les germes d’une affection de poitrine. Un repos absolu eût été nécessaire, mais Pellet ayant hâte de revenir au milieu des siens, ne voulut écouter aucun conseil ; il quitta Paris ; son mal s’aggrava par suite des fatigues d’un aussi long voyage, et la mort vint l’enlever à ses nombreux amis, quelques moments après son arrivée à Épinal, le 13 février 1830.

Les œuvres poétiques de Pellet ont été réunies en un vol. in-18, qui porte pour titre : Le Barde des Vosges ; il a été imprimé à Paris en 1829.

 

Note 1 : Pellet ayant adressé à Benjamin Constant quelques-unes de ses poésies, celui-ci l’en remerciait ainsi le 25 mars 1822 : Il est impossible d’exprimer de plus nobles pensées en plus belle poésie. Je connais depuis longtemps le talent distingué dont la nature vous a doué, et je voudrais que vous pussiez le cultiver à Paris. Malgré les circonstances qui sont loin d’être favorables à ceux qui ont de généreuses pensées, et qui ne sacrifient pas à la faction victorieuse leurs opinions et leurs souvenirs, je ne puis m’empêcher d’espérer que le temps reviendra, où Paris sera le sanctuaire des lettres. Il faut, pour cela, qu’il redevienne celui de la liberté.
Nous ne pouvons maintenant que conserver, pour une génération plus heureuse, les traditions qu’on voudrait effacer de tous les esprits et de tous les livres ; mais vous exprimez bien mieux que nous les idées qui doivent relever l’espèce humaine, et vos vers se graveront bien mieux dans les mémoires, et réchaufferont bien plus sûrement les imaginations que notre prose, improvisée à la hâte, au milieu des hurlements d’Iroquois modernes. Si vous étiez à la chambre, vous seriez Orphée au milieu des barbares de la Thrace, et vous partageriez peut-être sa destinée, car tout ce qui est vérité, génie ou élévation, devient odieux
.
J’espère, lui disait-il dans une autre lettre, que la cause qui inspire de si nobles pensées, n’inspirera pas de moins nobles actions.
Etienne portait aussi à Pellet une vive affection : il lui écrivait le 17 mai 1815 : Je félicite en même temps le bon poète et le bon français, et j’acquiers aujourd’hui la conviction que le pays des Vosges offre des modèles à nos écrivains comme à nos guerriers.

Note 2 : Le barde des Vosges a reçu de nombreuses félicitations de M. de Lamartine ; le célèbre poète lui écrivait de Plombières, le 16 juin 1822 : J’ai reçu, avec la plus vive reconnaissance, l’ode sublime que vous avez bien voulu m’adresser ; il n’appartient qu’au grand talent d’être généreux : voilà pourquoi vous l’êtes si fort à mon égard ; je regrette infiniment de n’avoir pas connu plus tôt de si beaux vers, et encore plus les sentiments bienveillants et flatteurs dont ils sont pleins pour moi ; je vous en aurais témoigné déjà ma sensibilité et mon admiration, j’aurais essayé même de vous les exprimer dans notre langue à tous deux, mais je me serais reconnu vaincu d’avance, car je ne ferai certainement jamais de plus belles strophes que quelques-unes de celles que j’ai sous les yeux, et entre autres :
Ainsi quand des clartés de la céleste voûte, etc.
Je ne renonce cependant pas à ce plaisir, quand ma mauvaise santé me permettra de me livrer à la plus douce des inspirations, celle de la reconnaissance et de l’amitié.
Les deux odes que vous avez jointes à la mienne m’ont paru d’une égale beauté, surtout celle sur les
Montagnes. Je les ai déjà relues plusieurs fois. Ce n’est point sans raison que vous vous peignez dans vos solitudes :
Libre est le coeur bercé d’une palme future.
Cette palme ne peut vous manquer, si tout ce que je voudrais connaître ressemble à ce que je connais.
M. de Lamartine écrivait encore à Pellet, de Saint-Point : Quels beaux vers, Monsieur! c’est toujours mon premier et mon dernier mot quand je reçois les vôtres ! Ces hellénides sont vraiment superbes ; il n’y a, comme dans tout ce que j’ai vu de vous, que du trop ! C’est un beau défaut !

Note 3 : Les Classiques et les Romantiques.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

PELLET (Jean-François). Jean-François Pellet, né à Épinal en 1782, montra de bonne heure des dispositions pour la poésie. Il embrassa la carrière du barreau, il était éloquent, mais il continua de cultiver les muses.

Il publia en 1810 une ode sur les Vicissitudes des empires, où il semblait annoncer les malheurs qui s’approchaient. Cette pièce obtint les éloges du chevalier de Boufflers dans le Mercure de France. Lors de l’invasion, en 1814, Pellet combattit les ennemis de son pays à la tète d’une compagnie franche.

Il est à remarquer que Madame Pellet servait dans cette compagnie, sous les habits d’un simple soldat. Son mari déposait en même temps ses sentiments patriotiques dans une ode intitulée : La première Invasion.

Plus tard, il chanta l’insurrection des Grecs et leurs exploits dans deux pièces intitulées : Le Réveil de la Grèce et le Dévouement.

Pellet jouissait de l’estime publique ; il fut souvent nommé bâtonnier de l’ordre des avocats à Épinal. Le général Lafayette et le duc de Choiseul l’honoraient de leur amitié. Son Ode sur les montagnes et ses pièces intitulées : L’Aspect du sol natal, Paris et les Vosges, Doutes philosophiques, font autant d’honneur à ses nobles sentiments qu’à son talent poétique.

Membre de la société littéraire d’Épinal, il y lut beaucoup de pièces de sa composition : il les réunit toutes, et les publia en 1827, sous ce titre : Le Barde des Vosges, in-8°. La 2e édition, qui parut en 1829 (Paris, in-18), contient quelques pièces de moins que la première, et de plus, une tragédie, Constantin-le-Grand, des fragments d’une traduction de l’Hercule furieux de Sénèque, et un petit poème intitulé : Les Classiques et les Romantiques, qui fut l’occasion d’un procès, où l’on vit jusqu’où pouvait aller l’audace d’un plagiaire. Massey de Tyronne avait reçu d’un ami de Pellet le manuscrit de ce poème pour en traiter avec un libraire, et le faire imprimer à Paris. Il le publia en son nom, dans les premiers mois de 1829, sous ce titre : Les deux Écoles, ou essais satiriques sur quelques Illustres modernes.

Hors huit vers qu’il y supprima, et quelques mots qu’il y changea, c’était absolument le poème de Pellet, tel qu’il l’avait lu à Épinal, en manuscrit, dès 1826.

L’ouvrage fut annoncé dans les journaux, avec des éloges donnés à celui qu’on en croyait l’auteur. Ce plagiat n’eut peut-être pas eu d’autres suites, si Massey de Tyronne, ayant appris la publication des Classiques et des Romantiques, n’eut revendiqué ce poème comme sien, et accusé Pellet de se l’être faussement attribué.

Attaqué dans son honneur et dans sa propriété, Pellet rendit plainte en diffamation et en abus de confiance contre Massey de Tyronne, qui fut condamné en première instance. Les agitations d’une vie nouvelle, des fatigues inséparables causées par ce procès que Pellet était venu soutenir à Paris, abrégèrent sa vie. Il succomba le 13 février 1830, quelques jours après son retour dans son département. Sa mort souleva l’opinion publique contre son adversaire. Pellet ne laissant point de fortune, on ouvrit une souscription pour fournir aux frais du procès sur l’appel interjeté par Massey de Tyronne, qui fut encore condamné. Le dernier ouvrage sorti de la plume de Pellet est une Ode à M. de Lamartine sur la mort de sa mère (Paris, 1830).

C’est un de ses meilleurs ouvrages. Pellet avait de la verve, de l’imagination et du génie lyrique ; mais son style n’est pas toujours correct. Il était bienfaisant, et on l’a vu souvent plaider les causes des malheureux par un sentiment naturel de bienfaisance.

Peu d’hommes ont laissé un meilleur souvenir. Pellet était Vosgien de cœur et d’âme. Il était né pour donner à son peuple la gloire et la liberté.

1879 — Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim

PELLET.- Poète, dit le Barde des Vosges, né à Epinal.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

PELLET Jean-François.- [Né à Épinal en] 1782. Doué d’une imagination brillante, d’une sensibilité vive, épris d’un ardent amour de la renommée, élevé au sein d’une révolution sociale, grandi au milieu du cliquetis des armes, Pellet embrassa la carrière du barreau et celle de la poésie, et il parcourut l’une et l’autre avec gloire.

Il se distingua surtout comme avocat de cour d’assises. Partout où il devinait un innocent, et même un coupable non perdu de scélératesse, il lui apportait vaillamment l’appui de son talent, ses conseils, ses consolations et sa puissante parole. Sa bourse même s’ouvrait généreusement, quand il rencontrait la misère ; aussi plaidait-il avec autant d’ardeur pour un indigent, dont il n’attendait rien, que pour le riche, dont il pouvait attendre une large rémunération : la vie d’un homme sauvé de la mort ou du déshonneur était pour lui la plus belle des récompenses. C’était un noble coeur.

L’amour de la patrie était pour lui un culte, et l’on s’étonne qu’en un siècle tout livré aux enivrements de la gloire militaire, Pellet n’ait pas été soldat. Ce n’était point le courage qui lui manquait ; car, en 1814, il se mit à la tête d’une compagnie franche et se battit pour l’indépendance nationale : l’amour de l’étude l’emporta chez lui sur l’amour de la gloire militaire. Patriote sincère, citoyen sérieux, voulant pour les autres le droit comme pour lui-même, il embrassa cependant, sous la Restauration, le parti de ce libéralisme qui ne sut pas assez voir, en combattant les abus, qu’il perdait la cause de l’autorité, et par là même celle de la liberté : qui ne sait obéir quand c’est le devoir, ne saura jamais être vraiment libre. Pellet compta au nombre de ses amis La Fayette, le duc de Choiseul et Benjamin Constant.

Notre brillant avocat fut aussi poète, et il trouva de beaux vers pour chanter la patrie, la gloire, le sol natal et les vicissitudes des empires. Un pas de plus, l’élévation de son âme dans la sphère des idées religieuses, et il devenait un de nos grands auteurs ; il était de taille à se mesurer avec les maîtres. Encouragé, dans ses débuts, par Boufflers, Palissot el Delille, le barde vosgien s’attira de nombreuses félicitations de Lamartine. Malheureusement Pellet dépensa une trop grande part de son talent à rimer des bouquets à Chloris : il ne sut pas se dégager des fadeurs du XVIIIe siècle.

Le poète spinalien périt victime d’une misérable larronnerie : un plagiaire eut l’audace d’imprimer, sous son propre nom, un poème que Pellet lui avait confié, et pour comble d’impudeur, il accusa l’auteur de plagiat. L’avocat, indigné, courut à Paris, intenta un procès, plaida lui-même et gagna sa cause. C’était pendant un hiver trop rigoureux : une menace de fluxion de poitrine aurait dû le forcer au repos ; il ne voulut point céder au conseil des médecins ; il quitta Paris ; son mal se développa dans la fatigue d’un voyage, alors si long et si incommode, et la mort vint l’enlever à ses nombreux amis, quelques moments après son arrivée à Épinal, le 13 février 1830.

Les oeuvres poétiques de Pellet ont été réunies en un volume, sous le titre de Barde des Vosges, et imprimées à Paris en 1829. Nous en extrayons les passages suivants :

Moi, que le ciel plaça près du bruit des cascades,
Qui trompant des mortels les regards indiscrets
Et gravissant ces rocs suspendus en arcades,
Cent fois des Oréades
Ai surpris les secrets.

Fidèle ami des lieux qui m’ont vu naître
Attaché sans retour à mes lacs, mes torrents,
J’y coulerai mes jours indifférents
Heureux de fuir, peu jaloux de connaître
Et le séjour des rois et la faveur des grands.

(Les Montagnes).

Quel foudre a renversé ce colosse de gloire ?
Que sont-ils devenus ces enfants de l’orgueil ?
Regarde, ils ne s’ont plus !... du roi de la victoire
Le génie a planté sur leur vaste cercueil.
Des cris de mort retentissait leur route ;
Tels qu’un torrent fougueux, ils marchaient à grand bruit ;
L’heure a sonné, le colosse est détruit.
Ils vont conter leur sanglante déroute
Aux pâles habitants de l’infernale nuit.
.. ...
Ainsi tout passe ; ainsi ma patrie elle-même,
Après avoir dompté cent peuples belliqueux,
Précipitée un jour de sa grandeur suprême,
S’en ira dans l’oubli se confondre avec eux ;
Et quand le temps, ce dieu de la vitesse,
Aura mis au tombeau notre règne expiré,
Peut-être alors quelque barde inspiré,
Touchant sa harpe aux lieux où fut Lutèce
N’entendra que le chant qu’il aura soupiré.

(Vicissitudes des Empires).

Il faut lire ces deux pièces entières ; lire aussi l’Ode à Lamartine, les Tombes des Pharaons, le Réveil de la Grèce, le Dévouement, et une tragédie de Constantin le Grand.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

PELLET (Jean-François).- Le Barde des Vosges naquit à Épinal le 2 novembre 1782. Il y exerça avec distinction la profession d’avocat, mais il s’y est surtout fait connaître comme poète et poète vosgien ; ce sont surtout les beautés de notre pays qu’il a chantées.

Capitaine d’une compagnie franche en 1814, il défendit les Vosges. Encouragé dans ses essais par Delille, par Lamartine, il se consacra presque entièrement à la poésie, et il a laissé un volume de vers : Le Barde des Vosges, qui, malgré de fréquentes faiblesses, est encore une des meilleures oeuvres poétiques inspirées par la nature vosgienne.

Après un procès à Paris contre un contrefacteur on plutôt un plagiaire, Pellet rentra à Épinal, malade, et il succomba le 13 février 1830.

1930 — Le Pays lorrain

Dans le journal Le Temps (6 mars 1930), M. Max de Fourcauld rappelle le plagiat dont fut victime, en 1830, le bâtonnier Pellet, d’Epinal, surnommé le Barde des Vosges : un sieur Massey de Tyrone avait publié sous son propre nom des poésies que Pellet lui avait confiées pour trouver un éditeur.
br> Non content d’avoir plagié ce dernier, il le diffama, cela lui valut une condamnation à 200 fr d’amende et à 300 fr de dommages-intérêts avec affichage du jugement. René Perrout a relaté cette curieuse affaire dans un de ses ouvrages.

L’avocat qui intervint pour Pellet fut non pasq Me Pinet seul comme le dit M. de Fourcauld, mais Léopold Bresson, lequel avait donné pour cela sa démission de conseiller à la Cour de Nancy. Rentré dans la magistrature, il devint conseiller à la Cour de Cassation. [Voir sur Bresson Le Pays lorrain, t. XVIII (1926), p. 241].


[ Le Pays Lorrain , mars 1930, p. 192, signé Charles Sadoul ]

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

PELLET (Jean-François) dit Le Barde des Vosges, avocat et poète
Epinal, 2 novembre 1781 – Epinal, 13 février 1830


Fils de Jean-Joseph Pellet et de Barbe Lemarquis, il entre à l’Ecole centrale du département des Vosges en 1796 et y poursuit ses études jusqu’en 1799. C’est un esprit brillant servi par une excellente mémoire, mais il se révèle être un étudiant turbulent, délaissant souvent ses devoirs pour la salle d’armes. Tenant tête au milieu familial, il désire ardemment entamer une carrière littéraire et adresse en 1804 deux pièces de vers à l’Académie de Stanislas de Nancy : Le Printemps d’un jeune homme et Le Centenaire. La même année, il compose une Ode à Bonaparte, 1er Consul et le 2 décembre il fait partie, en tant qu’officier de la Garde nationale, d’une délégation vosgienne envoyée à Paris pour assister au sacre de Napoléon Ier. Il aurait, selon la tradition, obtenu une minute d’audience de la part du nouvel empereur.

Cependant, comme tout un chacun, Pellet fait son droit. En 1806, son diplôme de licence obtenu à Strasbourg, il s’inscrit comme avocat au barreau d’Epinal. Il est encouragé dans cette voie par son parrain et confident l’abbé Georgel, de Bruyères. Des succès éclatants en cour d’assises et une grande générosité lui gagnent l’affection et l’administration des Vosgiens. En mars 1812, il épouse Julie Philippe, fille d’un ancien juge au tribunal civil d’Epinal. Lors de l’invasion, en 1814, il s’engage dans les partisans, combat près d’Epinal et participe à la défense de Longwy. Il compose alors La première invasion et sous la Restauration prend part au mouvement libéral d’opposition en se liant d’amitié avec les généraux Lafayette et Drouot, avec Benjamin Constant, Lafitte et le poète vosgien Albert Montémont, avec lequel il entretient une correspondance suivie. Comme lui, il adhère à la Franc-Maçonnerie, loge de la Parfaite Union, en 1819.

Alors que sa carrière d’avocat se poursuit (il devient bâtonnier de son ordre), il est nommé en 1825 secrétaire de la Société d’Emulation du département des Vosges, alors naissante, où il s’occupe de la section des Sciences et Belles Lettres. Tous les loisirs que lui laissent ses fonctions multiples sont consacrés à parfaire sa culture classique (il étudie Salluste, Tacite, Thucydide et les Tragiques grecs) et à augmenter sa production poétique. Il donne une tragédie, Constantin le Grand, jouée en 1821 à Nancy avec quelque succès. Il traduit aussi Byron. Très influencé par les Méditations poétiques de Lamartine parues en 1820, il entre en relation avec le maître de Mâcon et a peut-être une entrevue avec lui lors d’une cure effectuée par ce dernier aux eaux de Plombières en juin 1822. C’est pour lui l’occasion de deux poèmes de circonstances : Ode à Monsieur de Lamartine et A Monsieur de Lamartine sur la mort de sa mère.

En 1827, l’ensemble de ses œuvres poétiques est regroupé et publié en un recueil intitulé Le Barde des Vosges qui deviendra son surnom. Une deuxième édition paraît en 1829. Poésie lyrique et poèmes de circonstance y font bon ménage et donnent à leur auteur une certaine notoriété. La popularité de Pellet est telle que son ami Montémont lui consacre un couplet de son chant fameux, la Vosgienne. Le 19 septembre 1828, le Barde des Vosges donne lecture à la Société d’Emulation d’un poème intitulé Les Classiques et les Romantiques. Il confie son manuscrit à un ami se rendant à Paris qui lui promet de trouver un éditeur.

Quelque temps plus tard Pellet constate avec stupeur que son poème a été plagié intégralement par un certain Massey de Tyrone sous le titre des Deux écoles ou essai satyrique sur quelques illustres modernes. Après enquête et confirmation de son ami Montémont, il porte plainte et poursuit son adversaire en correctionnelle. Bien que souffrant, il se rend à Paris où il plaide lui-même sa cause à l’audience du 20 janvier 1830 et fait condamner Massey de Tyrone aux dommages et intérêts. Mais ce voyage lui est fatal. Rentré très affaibli à Epinal, il y décède le 13 février. On grave sur sa tombe, qui existe toujours, des vers tirés d’une de ses poésies, Aspect du sol natal, qu’il avait, au cours d’une trop brève existence, si bien décrit.


Bibl. : Bossu (Jean).– article sur Pellet, Liberté de l’Est, 8.2.1976.
Jamin (Evelyne).– Jean-François Pellet, le Barde des Vosges, in Le Pays de Remiremont, 1986, n°8, p.73-78 et Mémoire de maîtrise sur le même sujet (Université de Nancy II).


[ Pierre Heili ]

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