Charles TIHAY

[ Nossoncourt (88) , 1820 – Gugney-aux-Aulx (88) , 17/12/ 1885 ]

ecclésiastique

Inventeur du roulement à billes.

Biographie vosgienne

1946 — La Liberté de l’Est

Parce qu’il s’était assis un peu rudement par terre,
l’abbé Tihay,
curé de La Vacheresse,
fut l’inventeur du roulement à billes

Vosgien, lui aussi, le metteur au point de la merveille s’appelait… Vosgien


Tous nos lecteurs savent ce que c’est qu’un roulement à billes, système destiné, en mécanique, à diminuer les frottements entre le coussinet et le tourillon. Il est formé de deux bagues concentriques, les billes roulant dans une gorge creusée à l’extérieur de la bague interne. Le roulement à billes, d’abord utilisé dans la construction des bicyclettes, vit son emploi étendu aux turbines hydrauliques, puis au moteur à explosion et aux moteurs électriques. On n’ignore point son importance dans l’industrie aéronautique. L’un des principaux objectifs de la R.A.F. durant cette guerre était du reste l’industrie allemande des roulements à billes.

Ce qu’on ne sait pas, c’est que son inventeur, Charles Tihay, était un Vosgien cent pour cent. Son nom est tombé dans l’oubli, à nous de le faire revivre.

Rénovateur de l’orgue par le monocorde

Né en 1820 à Nossoncourt, près de Rambervillers, Charles Tihay entra à 28 ans dans la carrière ecclésiastique. D’abord professeur au collège ecclésiastique de Lamarche, puis vicaire d’Harsault, il devint curé de La Vacheresse, canton de Bulgnéville, en 1856, et garda ce poste jusqu’en 1871. Il fut alors nommé curé de Gugney-aux-Aulx où il vécut jusqu’à sa mort, survenue le 17 décembre 1885.

C’était un homme doux et bienveillant, charitable, méditatif et ingénieux. Son système de chiques mobiles, comme on l’appela au début, ne fut pas sa seule invention. Il trouva aussi le monocorde, destiné à produire avec moins de frais les effets puissants de l’orgue. Comme tous les inventeurs, du reste, il ne savait pas exploiter ses trouvailles.

De la sonnerie de cloche…

C’est durant son passage à La Vacheresse qu’il inventa le roulement à billes, procédé qu’il appliqua à la sonnerie des cloches et qui fut utilisé en premier pour les clochers de Raon-aux-Bois et Prez-sous-La-Fauche. Il eut un collaborateur précieux en la personne du maréchal-ferrant de La Vacheresse, Vosgien (1823-1906), fils, père et grand-père de maréchaux-forgerons.

Comment son invention prit-elle corps ? Nous avons interrogé à ce sujet le descendant actuel de Vosgien, qui est lui-même forgeron, habile mécanicien, apiculteur renommé par surcroît. Comme toujours, le hasard et l’intuition sont à l’origine. L’abbé Tihay se trouvait dans une grange : il glissa sur ses petits pois et se trouva assis par terre un peu rudement. Rentré chez lui, il médita sur cet incident, s’amusant à faire rouler son bréviaire sur des billes de gosses. Et l’idée jaillit, lumineuse. Il avait répété l’histoire d’Archimède dans sa baignoire, ou de Galilée découvrant les lois du mouvement varié en observant dans une église de Pise les oscillations d’une lampe.

M. Vosgien a conservé quelques outils, matrices et modèles de son grand-père. Les billes de cloche avaient un gros diamètre. Elles étaient en acier très dur. Dans des expériences plus récentes, une bille de 19 cm placée entre deux plans d’acier cémenté, à supporté une pression de vingt tonnes.

On coupait un lingot, qui était forgé et dégrossi à la lime, pesé, d’après une bille échantillon, puis étampé. Dans la matrice, la bille tourne toute seule à chaque coup de marteau ; à la fin, on la bat presque froide pour la durcir. Pour introduire les billes entre les anneaux, on utilisait une encoche pratiquée dans celui des deux qui ne tourne pas, encoche refermée ensuite par une pièce rapportée. Ou bien on utilisait des anneaux coupés qu’on soudait ensuite. Aujourd’hui, anneaux et billes sont emboîtés à la presse hydraulique.

...à la circulation ferroviaire

Ne prévoyant sans doute pas la portée de son invention, et n’ayant pas l’esprit commercial, l’inventeur en céda le brevet à un industriel qui sut le mettre en valeur. Inventeur et acheteur ne s’accordèrent pas, et comme Vosgien, méfiant, avait gardé quelques secrets, l’acheteur eu des mécomptes au début. Un système appliqué à Lyon à des roues de wagons aboutit à un fiasco complet. Mais plus tard, les savants et ingénieurs allemands, anglais, français aussi, surent perfectionner ou plutôt mettre à profit le système.

L’originale figure de Charles Tihay mérite d’être tiré de l’oubli. Qui prendra l’initiative de poser une petite plaque commémorative sur sa tombe si elle existe encore ?

Jean Bossu

[ La Liberté de l’Est , juillet 1946 ]

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