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Claude MANGIN

[ Pompierre (88) , 22/05/ 1808 Téloché (72) , 11/05/ 1881 (72 ans) ]

ecclésiastique

/ pseudonyme : AINGUIS

Biographie vosgienne

1881 — La Semaine religieuse de Saint-Dié

NOTICE SUR LE FRÈRE AINGUIS, DE POMPIERRE, RELIGIEUX DES ÉCOLES CHRÉTIENNES. — On lira avec plaisir et édification, cette notice que la Semaine religieuse de Laval a consacrée à un de nos compatriotes :

« Né au village de Pompierre, dans le département des Vosges, le 22 mai 1808, le jeune Claude Mangin manifesta dès son enfance une grande piété ; sa jeunesse, constamment édifiante, eut d'ailleurs le rare bonheur d'être gardée et soutenue par les conseils d'un vénérable prêtre, son parent, et grand vicaire de Monseigneur l'Évêque de Saint-Dié. Il avait dix-sept ans, l'âge où la nature suscite les rêves généreux, et où Dieu, qui aime les prémices, appelle les âmes prédestinées, lorsque, d'accord avec son directeur, il vint frapper à la porte du noviciat des bons Frères, à Paris. Malheureusement, les détails nous manquent sur cette période de sa vie, puisque presque tous ses contemporains sont morts. Au sortir du noviciat, il enseigna successivement à Saint-Germain-en-Laye, à Paris, à Saumur et à Troyes.

« La confiance qu'il inspira, dans ces différents postes, à ses supérieurs, le fit placer, en 1833, à la tête de la communauté de la Flèche ; il avait alors 25 ans. Là, durant quinze années, il obtint dans ses écoles les résultats les plus satisfaisants ; ses élèves y honorent encore sa mémoire, et le bruit de ses succès et de son dévouement parvint aux oreilles de Mgr Bouvier, évêque du Mans, qui fit des instances réitérées auprès de ses supérieurs pour le faire venir à Laval. C'est dans notre ville qu'il passa les trente-trois dernières années de sa vie.

« Sur ce nouveau théâtre, ses vertus jetèrent un nouvel éclat, qui semblait augmenter dans la mesure de ses devoirs, et ce n'est pas à Laval qu'il est besoin de louer son zèle et son dévouement à toute épreuve.

« Fidèle enfant du bienheureux de la Salle, sa première pensée fut pour les plus pauvres. La paroisse de Notre-Dame des Cordeliers n'avait pas d'école, et les enfants de l'extrémité du Faubourg devaient aller en classe jusqu'à la rue des Tuyaux. Le cher Frère, à force de démarches, parvint, avec le généreux concours des vrais amis de l'enseignement religieux, à ouvrir une belle école à 200 enfants de cette paroisse. Quelques années plus tard, une maison semblable s'élevait, sur son initiative personnelle, dans la paroisse d'Avenières, maison dont le berceau fut entouré de péripéties multiples et difficiles, mais qui est demeurée très-florissante jusqu'à ce jour.

« Le principe et l'appui de toute fondation vraiment chrétienne, c'est le tabernacle ; et le cher Frère souffrait de voir Notre-Seigneur si tristement logé dans le petit sanctuaire de Saint-Modestin. Bientôt, grâce aux quêtes admirablement persévérantes du pieux religieux, une élégante chapelle s'éleva dans la rue des Tuyaux, chapelle ouverte à toutes les œuvres catholiques, mais de préférence aux œuvres ouvrières. Les enfants des écoles, les apprentis de la société de Saint-Vincent-de-Paul, les membres des secours mutuels de Saint-François-Xavier s'y réunissent à jour fixe et à tour de rôle, au pied de l'autel, ouvrage, si je ne me trompe, d'un ancien élève des Frères ; bien des grâces et même plusieurs vocations se sont donné rendez-vous et ont pris naissance sous ces voûtes, élevées par la foi du serviteur fidèle, à l'amour du maître bien-aimé.

« Si l'âme ne vieillit pas chez lui, le corps finissait par s'user, sous l'effort d'un travail incessant. Pendant les quatre dernières années de sa vie, il fut déchargé de la direction des écoles, mais son activité charitable revêtit d'autres formes et lui suggéra de nouvelles industries pour procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes. L'œuvre des noviciats, destinée à recueillir et à préparer les recrues de l'enseignement congréganiste, eut la bonne fortune d'être sur son chemin, et lui dut un nouvel essor. L'aménité de son caractère, son activité persévérante, sa piété douce et vive, de nombreuses et sympathiques relations l'avaient fait l'homme providentiel de cette œuvre.

« Un chrétien tel que lui se trouvait toujours des loisirs. Il les employa à mille démarches en faveur des associés de la Société de Saint-François-Xavier ; il visitait leurs malades, encourageait leurs mourants, accompagnait leurs morts jusqu'à la tombe, cherchait des ressources pour les nécessiteux, du travail pour les ouvriers sans ouvrage : le 21 mars dernier seulement, la maladie l'arrêta en chemin ; et il fut atteint d'une méningite.

« Il fut frappé en plein champ de bataille. C'est à Notre-Dame du Roncher, dernier théâtre de son dévouement, qu'il contracta le germe de sa maladie, c'est là aussi qu'il devait s'en aller mourir. En vain, dans un court séjour fait à Laval, entre l'attaque et la mort, les soins les plus affectueux lui furent-ils prodigués ; ils nous firent tout au plus gagner quelques semaines ; une amélioration passagère permit de le transporter au Roncher. On espérait encore que l'air de la campagne, la maison si bien exposée, les vastes appartements, la tranquillité du séjour, des sorties en voiture, des précautions attentives, les parfums du cloître, et surtout le bonheur d'une hospitalité dont lui-même avait peuplé les cellules, la paternelle bienveillance du frère visiteur, pourraient prolonger un peu cette précieuse existence. Dieu ne l'a pas permis.

« Quarante-cinq jours de souffrances, supportées avec une résignation angélique, furent pour lui le vestibule de l'éternité. À son âme, pour prendre ses ailes, il manquait encore les dernières épreuves, que Dieu veut au chevet de ses saints, pour purifier en eux ce qui pourrait y demeurer de la terre. Mais à la veille de mourir, au prêtre qui venait de lui appliquer l'indulgence de la bonne mort, il dit cette dernière parole bien digne des échos du cloître, avant d'aller réveiller ceux du ciel : Embrassons-nous, monsieur l'abbé, maintenant nous ne nous reverrons plus qu'en Paradis. Il avait 73 ans.

« Je n'ai rien dit des récompenses professionnelles que lui valurent son dévouement et son intelligence comme instituteur : que sont des couronnes mortelles sur une tombe, quand l'âme est déjà sans doute couronnée là-haut : mention honorable, première médaille, médaille d'argent, et, en décembre 1880, les palmes académiques vinrent tour à tour honorer sa robe et froisser sa modestie de religieux.

« Ses funérailles furent un triomphe ; Mgr l'Évêque de Laval attendait le cortège à l'église de Notre-Dame et voulut faire lui-même l'absoute ; tout le Chapitre et bon nombre d'ecclésiastiques remplissaient le chœur. Quatre frères et quatre membres du bureau des secours mutuels tenaient les cordons du poêle. M. Billion, maire de Laval, M. Marchal, ancien maire, des laïques de toute classe et de toute profession, des ouvriers, les enfants des écoles, beaucoup de riches et beaucoup de pauvres, l'accompagnèrent jusqu'au cimetière. Cortège funèbre magnifique, admirable manifestation, bel hommage rendu à l'humble vertu d'un homme qui avait fait beaucoup moins de bruit que de bien pendant sa vie !

« Dormez en paix, cher frère, sous la pierre tumulaire, où le respect vous a déposé dimanche et où nos regrets vous suivraient, si nous ne savions que, pour des âmes telles que la vôtre, l'humiliation de la tombe ne dure qu'une nuit, et qu'à l'aube de l'éternel lendemain les ossements glorifiés pour le ciel et par Dieu revivent. Exsultabunt Domino ossa humiliata.

On lit dans un journal religieux de la Mayenne :

« Dans sa vie, toute de dévouement, le F. Ainguis pratiquait la charité sous toutes les formes. Il était pauvre, et savait cependant secourir les infortunes dont on lui confiait le secret. Bien des ouvriers, bien des chefs d'ateliers ont connu sa discrète générosité dans ces moments de gêne et d'inquiétude que l'on n'ose point avouer au public, où moins encore on se résignerait à tendre la main. Dans ces heures pénibles, l'ouvrier est heureux d'ouvrir ses angoisses à un cœur de religieux. Aux enfants qui se pressaient nombreux dans ses écoles, le F. Ainguis faisait distribuer de temps à autre des vêtements confectionnés par de pieuses dames, auprès desquelles il s'était fait l'avocat des pauvres. Il se plaisait à visiter les malades, à les préparer à une mort chrétienne, à leur rendre les derniers devoirs, et à les ensevelir de ses mains. »

Ce bon frère était parent de M. Mougeot, ancien vicaire général de Saint-Dié, de M. Mangin, ancien chanoine, et comptait dans sa famille deux autres Frères des Écoles chrétiennes et plusieurs religieuses.
 

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