Au cur des années troubles de la guerre dindépendance des États-Unis, la rousse Emmeline retrouve le journal de sa grand-mère, née en Vieille France. Elle y découvre la terrible histoire de Magnolias, la plantation de cannes à sucre où elle a grandi. Fille farouche, au sang bouillonnant de son ancêtre, la chevrière vosgienne, Emmeline se lance alors dans une quête de mémoire sur ses origines, celles de M. Forestier, son tuteur, et de la Grande Maison dans les entours du delta et des bayous. Cest aussi le récit de la soif de vivre de cette adolescente flamboyante, de son amour ardent pour Vicente Ruz de la Torre, jusquau tonnerre final dans la foudre et les flammes, sabattant sur ce coin de Louisiane dont Dieu a détourné les yeux.
Porté par une langue foisonnante et métissée, Pierre Pelot nous entraîne dans une épopée envoûtante où la vengeance ne cessera de changer de camp, et où les secrets ne restent jamais longtemps ensevelis. (4ème de couverture, 2013).
La petite histoire... Ce roman s'inscrit dans la lignée, sans en être une suite, de L'Ombre des Voyageuses.

Dans leur dos le soleil sécrasait sur les crêtes méandreuses des forêts, au-delà de la Grande Rivière Saint-Louis également appelée Mississippi.
Elles venaient de loin, haut sur la rive est du fleuve, halées eût-on dit par lélan sans fin déployé des eaux brunes, dun endroit qui ne portait plus son nom premier sinon pour un nombre réduit de gens, et si ce nombre avait été paravant important, il était désormais descendu dessous celui des morts ayant connu le lieu, ceux qui y avaient vécu à un moment, fût-ce un instant écorché dans le lit du temps, ceux qui navaient fait quy passer sans véritablement sy attarder, et puis ceux qui en avaient perdu jusquau moindre relent de souvenance suivies dautres routes promptement prises dans une hâte égale à celle doublier.
Elles marchaient, leur allure ajustée au déroulé ininterrompu des fronces et plissés du courant boueux.
Deux femmes blanches.
Depuis plusieurs jours et nuits, plutôt de nuit et plutôt au revers des chemins et des pistes que sur leur dos franc, marchant. Elles navaient pris le fleuve quà deux occasions, une première sur une sorte de radeau de troncs trouvé en délaissement au talus de la berge et qui sétait disloqué sous leur agenouillement racrapoté moins dun mile anglais plus bas, la seconde fois dans une barque à fond plat manoeuvrée à la perche par un nègre efflanqué, que sa présence solitaire faisait paraître telle une excroissance incongrue à peine vivante dans lépaisseur étranglée du paysage végétal, « vêtu » dune malheureuse chemise trouée de toutes parts, couverte de vase séchée, sans même un caleçon, et qui tremblait tellement deffroi après les avoir laissées monter à son bord (navoir pas pu les en empêcher) quil en avait presque aussitôt échoué son embarcation contre un embâcle de cyprès chauves hérissant le bord de rive.
Si elles ne disaient rien à cet instant, mâchoires serrées, sur la piste de terre molle ravaudée de fascines, le silence sétait mis à peser demblée de son poids sur leur départ.
Aux premiers pas déjà elles se taisaient et cest ainsi quelles avaient parcouru le long trajet jusques ici, sans que leur expression pût traduire quelque information que ce fût qui eût renseigné sur la position de leur avancée par rapport au but quelles sétaient mis en tête datteindre, quelque part plus ou moins loin dans le presque soir jaune faufilé derrière elles dessous la barre épaisse nuageuse, ou même au-delà dune nouvelle nuit tombée.
Des éclairs en silence hurlupaient la frange des nues dencre qui barraient le soufre du couchant dessus le fleuve réverbérant et sur toute la longueur plate de lhorizon. Les répons à ces semonces parvenaient suintant des ténébreuses lourdeurs abyssales célestes : faibles grommellements, vagues grognonneries hoquetantes, ronronnements roulés dans la gorge des nuages. Où il ne flambait pas ses dernières incandescences, le ciel était de cendre, dun gris bleuté uniforme, pesant comme une bâche tendue hermétique et qui poussait sans doute avant lheure le jour vérolé vers son crépuscule.
Page créée le lundi 23 octobre 2017. |